Banque commerciale

Coup de frein abrupt à la croissance rapide d’Oragroup

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Mis à jour le 08 juillet 2020 à 08h50
Façade d'une agence de la banque Orabank à Abidjan, en Côte d'Ivoire, en mars 2016.

Façade d'une agence de la banque Orabank à Abidjan, en Côte d'Ivoire, en mars 2016. © Jacques Torregano pour Jeune Afrique

Malgré des performances solides en Côte d’Ivoire, le groupe panafricain, affecté par la crise du Covid-19, affiche une rentabilité en net recul.

Après des années de croissance forte et régulière, Oragroup marque un coup d’arrêt. Au premier trimestre 2020, son résultat net a chuté de 84 % à 643 millions de F CFA (près de 1 million d’euros), contre 4 milliards un an plus tôt. Depuis 2015, son bénéfice a augmenté en moyenne d’un tiers à 50 % par an pour atteindre 18,3 milliards de F CFA en 2019*.

Mais ce rythme de croissance a connu un brusque ralentissement depuis le début de l’année. Durant les trois premiers mois de l’année, le PNB du groupe dirigé depuis un an par Ferdinand Ngon Kemoum a stagné à 37,4 milliards de F CFA (+1,5 %), tandis que le bénéfice avant impôts et le résultat net reculaient respectivement de deux tiers et de plus de 80 %. Une baisse des activités due à « la contraction des marges sur les opérations de change dans la zone Cemac et Uemoa. Cette performance du PNB a entraîné une dégradation du coefficient d’exploitation », explique à Jeune Afrique la direction financière d’Oragroup. Ce dernier est présent dans douze pays d’Afrique subsaharienne, dont la Côte d’Ivoire, le Togo, le Sénégal, la Mauritanie et le Gabon.

Pas de forte chute des cours en Bourse

Les équipes d’Oragroup parient sur sa diversification géographique pour amortir les effets de la crise économique et sanitaire du Covid-19. Les performances des filiales en Côte d’Ivoire et en Mauritanie ont ainsi permis d’amortir le choc dans les autres pays d’implantation. « Le résultat avant impôts de ces filiales combinées est en hausse de 50 % », explique la direction financière du groupe. Orabank Côte d’Ivoire, dirigé depuis quelques mois par Losseni Diabaté, un ancien d’Ecobank, a contribué pour 19 % à cette hausse, tandis que Orabank Mauritanie pour 80 %. De quoi amortir en partie les baisses très importantes constatées. « Toutes les autres entités connaissent une baisse du résultat avant impôt de 100 % comparée au 1er trimestre 2019 », reconnaît Oragroup.

Il faut cependant noter que Orabank Mauritanie, dirigée depuis 2018 par Pierre Marazzato, ancien de Société générale, est l’une des plus petites filiales du groupe, avec à peine 80 millions d’euros  au bilan, pour seulement 2 % des dépôts de la clientèle sur la place de Nouakchott. Deuxième filiale ouest-africaine d’Oragroup, avec 436 millions d’euros d’actifs au bilan à la fin 2017, Orabank Côte d’Ivoire reste loin des leaders, avec moins de 5 % des dépôts.

À la Bourse d’Abidjan, où Oragroup est coté depuis avril 2019, l’annonce des contre-performances du premier trimestre n’a cependant pas entraîné une chute plus prononcée du titre, qui s’échange autour de 3945 F CFA, contre 4000 F CFA en juillet 2019. « L’ensemble des secteurs d’activités ont tiré le marché à la baisse comme l’expriment les indices BRVM Composite et BRVM 10 qui ont respectivement enregistré des pertes de -13,73 % et -14,08 % pour s’afficher à 135,86 et 126,12 », explique Joseph Axel Raynier Niangue. Pour l’analyste financier de Phoenix Capital Management, « avec le Covid-19, et les restrictions de circulations consécutives, les investisseurs ont retiré leurs billes dans l’attente des signaux qui rassurent les marchés. »

De son côté, le groupe bancaire reste optimiste et met en avant son modèle d’affaires « robuste et très diversifié », moteur d’une croissance de long terme. Il rappelle que son total bilan a été multiplié par sept en dix ans, et peut compter sur actionnariat permettant de créer des synergies et de la valeur au sein du groupe. Pour rappel, la caisse publique de retraite de Côte d’Ivoire, IPS-CGRAE, est devenue actionnaire majoritaire du groupe bancaire panafricain, avec 61,45 % de son capital, après le retrait du capital-investisseur Emerging Capital Partners (ECP) en novembre dernier.

*Depuis son introduction à la BRVM, en avril 2019, Oragroup a adopté le référentiel comptable international IFRS, entraînant une réécriture de ses résultats consolidés. Par exemple, le bénéfice net de l’année 2018 a ainsi été ramené de 29,8 milliards de F CFA (normes Ohada) à 12,5 milliards (normes IFRS), sans toutefois affecter le taux de progression annuel. Sous les nouvelles normes, la croissance du bénéfice a été de 48 % entre 2018 et 2019, tandis que le produit net bancaire (PNB) a progressé de 15,7 % à 149,8 milliards de F CFA. Le total de bilan a lui aussi connu une hausse à deux chiffres (22 %) pour atteindre 2 634 milliards de F CFA (4 milliards d’euros).

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