Diplomatie

Barrage de la Renaissance : l’Éthiopie, l’Égypte et le Soudan prêts à trouver un accord

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Mis à jour le 07 juillet 2020 à 13h15
Vidéoconférence sur le barrage de la Renaissance entre les ministres de l’Eau et de l’Irrigation éthiopiens, égyptiens et soudanais, le 9 juin 2020, vue de Khartoum.

Vidéoconférence sur le barrage de la Renaissance entre les ministres de l’Eau et de l’Irrigation éthiopiens, égyptiens et soudanais, le 9 juin 2020, vue de Khartoum. © © ASHRAF SHAZLY / AFP

L’entrée en jeu de l’Union africaine pourrait relancer les négociations autour de l’épineux dossier du grand barrage de la Renaissance. Mais ce sera un vrai test pour l’organisation panafricaine

À l’arrêt depuis plusieurs mois, les négociations entre l’Éthiopie, l’Égypte et le Soudan, concernant la réalisation du grand barrage éthiopien de la Renaissance, ont connu une avancée significative ces deux dernières semaines, avec l’implication directe de l’Union africaine (UA) pour mener les discussions sur ce dossier qui, depuis bientôt dix ans, empoisonne les relations entre les trois pays.

Le fait que, début juin, l’Éthiopie ait menacé de commencer à remplir le réservoir dans les deux semaines a sérieusement inquiété les Égyptiens, qui ont immédiatement demandé au Conseil de sécurité des Nations unies de se saisir de la question. Le sujet a donc été inscrit à l’ordre du jour des 29 et 30 juin, le temps que Le Caire démontre le lien existant entre gestion de l’eau et sécurité internationale.

De l’ONU à l’Union africaine

Les représentants des trois pays se sont succédé à la barre pour défendre leurs positions, pour confirmer également à l’unanimité que « plus de 90 % des problèmes sont aujourd’hui résolus » et surtout accepter « la médiation de l’UA » afin de tenter de régler définitivement les 10 % restants.

Presque une victoire pour l’Égypte et le Soudan, tant l’Éthiopie semblait réticente à impliquer une nouvelle partie dans les négociations. « Elle ne souhaitait même pas que le sujet soit abordé par le Conseil de sécurité », affirme un diplomate africain à New York.

L’échec de la médiation des États-Unis, accusés par Addis-Abeba de soutenir ouvertement les Égyptiens, était encore dans toutes les mémoires. Après cinq réunions (organisées entre novembre 2019 et février 2020, dans les trois capitales africaines), l’Éthiopie avait en effet refusé de se déplacer à Washington pour le sixième et dernier rendez-vous, celui qui devait justement officialiser les progrès enregistrés lors des rounds précédents.

En décidant de porter cette affaire devant le Conseil de sécurité, et donc devant la communauté internationale, l’Égypte a passablement agacé Cyril Ramaphosa, président en exercice de l’UA et partisan de « trouver des solutions africaines à des problèmes africains », comme le résume un cadre de l’organisation à Addis-Abeba.

Le président sud-africain a donc décidé d’organiser en urgence et par visioconférence une réunion extraordinaire du bureau de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’UA, le 26 juin dernier, soit quelques jours seulement avant les sessions prévues à l’ONU.

Accélération des discussions

Cyril Ramaphosa et les membres du bureau, constitué du Congolais Félix Tshisekedi, du Kényan Uhuru Kenyatta, du Malien Ibrahim Boubacar Keïta et de l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi, ont échangé avec le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, et avec son homologue soudanais, Abdalla Hamdok, pour entendre les différents points de vue.

Après plusieurs heures de discussion, la situation a suffisamment bien évoluée pour que le Bureau se félicite en fin de soirée dans un communiqué « de voir les trois parties s’abstenir de prendre des mesures qui pourraient entraver une solution acceptable », tout en demandant au Conseil de sécurité des Nations unies « de prendre note du fait que l’UA est désormais saisie de la question ».

L’UA prévoit de relancer le dialogue « dans les deux semaines »

Quelques heures plus tard, la présidence égyptienne parlait d’un « accord final légalement contraignant pour prévenir toute action unilatérale ». De son côté, Abdalla Hamdok précisait que « la mise en eau du barrage [était] reportée jusqu’à ce qu’un accord soit trouvé ». Selon le communiqué du 26 juin dernier, l’UA prévoit de relancer le dialogue « dans les deux semaines ». C’est-à-dire vers le 13 juillet au plus tard.

Un test « très sérieux » pour l’UA

Le Conseil de sécurité a depuis confirmé le leadership de l’UA sur le dossier. « C’est un test très sérieux pour l’organisation panafricaine qui va devoir obtenir des résultats sans disposer d’aucun moyen de coercition. Les pays vont devoir faire preuve de bonne volonté pour régler définitivement les 10 % en suspens », veut croire un diplomate onusien.

Les trois pays doivent se mettre d’accord sur le fonctionnement du barrage en cas de sécheresse

Si les questions de mise en service et de gestion du barrage semblent aujourd’hui avoir trouvé leurs réponses, reste aux trois pays à se mettre d’accord sur le fonctionnement du barrage en période de sécheresse et sur les mécanismes de résolution d’éventuels différends.

« Si aucun progrès n’est enregistré dans les prochains mois, le Conseil de sécurité se laisse le droit de se ressaisir du dossier », explique notre représentant africain à New York. Ce que personne ne souhaite voir arriver, en Afrique et au sein même du Conseil, où la France et la Chine soutiennent clairement la tenue d’un dialogue intra-africain.

« L’ONU ne doit intervenir qu’en dernier ressort sinon les positions risquent de se tendre encore davantage », craint un représentant du Soudan qui, dans cette histoire, cherche surtout à maintenir l’équilibre, en ménageant les susceptibilités de ses deux voisins.

Toujours attendu pour la fin 2022, le futur plus grand barrage hydroélectrique d’Afrique, construit sur le Nil bleu, disposera d’une capacité de production de 6 000 mégawatts, pour un investissement estimé à près de 5 milliards de dollars.

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