Environnement

[Chronique] Au Botswana, le mystère d’une hécatombe éléphantesque

|
Mis à jour le 13 octobre 2020 à 13h46

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Glez

Glez ©

La mort inexpliquée de 350 pachydermes, en quelques semaines au Botswana, pourrait laisser l’opinion internationale indifférente.

Encore cerné par la pandémie du coronavirus, l’humain le moins hypocondriaque a remisé ses velléités antispécistes au placard des causes avortées. Même la réputation des vedettes de la cause animale – les espèces en voie de disparition – a pâti de la mise en lumière du pangolin, présumé vecteur du virus et star involontaire d’une crise sanitaire.

Le sort des éléphants est-il de nature à sonner le rappel de la solidarité humaine, lui qui a toujours peuplé l’imaginaire graphique des petits caucasiens ?

Toujours « menacé d’extinction », excepté dans de très rares zones où il est bien protégé, l’éléphant d’Afrique subit actuellement, au Botswana, une explosion de son taux de mortalité. Dans le delta de l’Okavango, quelque 350 Loxodonta africana sont morts de cause inconnue en l’espace d’environ deux mois. Une hécatombe sans précédent qui – si elle devait se maintenir – promettrait un désastre pour la préservation de l’espèce.

Les scientifiques rappellent que le continent ne compte, dans son ensemble, qu’environ 415 000 individus, contre 3 à 5 millions au début du XXe siècle. À lui seul, le pays d’Afrique australe abrite un tiers de la population africaine d’éléphants en déclin.

Contamination par un agent pathogène ?

Si Gaborone a levé, en mai 2019, l’interdiction de la chasse à l’éléphant, la main du prédateur humain ne saurait expliquer ces récentes morts en série. D’abord, les cadavres des pachydermes n’avaient pas été amputés de leur défense, objectifs traditionnels de la traque. Ensuite, les chasseurs présumés auraient sans doute utilisé leur habituel cyanure, conduisant à la contamination d’animaux en cascade, notamment charognards. Aucune victime collatérale n’a pourtant été découverte aux abords de cette mystérieuse hécatombe…

Le comportement des éléphants observés pourrait trahir une attaque de leur système neurologique.

Le quotidien britannique The Guardian formule l’hypothèse d’une contamination par un agent pathogène inconnu, 70 % des décès ayant apparemment eu lieu autour de points d’eau. Mais le gouvernement du Botswana n’a encore publié aucun résultat d’analyse des échantillons prélevés sur les animaux morts.

Ce manque de célérité afflige les associations qui œuvrent pour la protection des animaux, mais aussi les tenants de l’écotourisme, deuxième source de revenus botswanais après les diamants. Le comportement récent des éléphants observés – leur manière de tourner en rond – pourrait trahir une attaque de leur système neurologique.

Sans doute l’opinion se réveillerait-elle, s’il devait être formellement question d’une maladie susceptible d’être propagée à la population humaine. Dans l’esprit du survivant du coronavirus, le « fait divers » animal se muerait alors en nouvelle crise de santé publique…

Newsletter :
déjà 250 000 inscrits !

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte