Dossier

Cet article est issu du dossier «Finance - Six mois qui ont ébranlé la BAD»

Voir tout le sommaire
Banque de développement

Affaire Adesina : les États-Unis se rangent au mandat du panel de « revue »

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 03 juillet 2020 à 17h51
Steven Mnuchin, le secrétaire américain au Trésor, lors de sa prestation de serment.

Steven Mnuchin, le secrétaire américain au Trésor, lors de sa prestation de serment. © Vice-président Pence/Twitter

Washington, qui réclamait une nouvelle enquête sur les allégations contre le président de la BAD, s’est félicité de la sélection du « panel indépendant », malgré les limites de son mandat.

« Je me félicite de la décision des gouverneurs de la Banque africaine de développement de procéder à un examen indépendant des travaux du comité d’éthique de la Banque et de la nomination d’un groupe de haut niveau dirigé par l’ancienne présidente irlandaise Mary Robinson pour mener cet examen », a indiqué Steven Mnuchin, le secrétaire d’État américain au Trésor dans un communiqué publié le 2 juillet. Cette déclaration marque une sensible évolution de la part de l’administration américaine.

En effet, dans un courrier du 22 mai – ayant fuité dans la presse – adressé à Nialé Kaba, présidente du bureau des gouverneurs de la BAD, le grand argentier américain se démarquait nettement de la position de la ministre ivoirienne du Plan.

Cette dernière, début mai, avait recommandé au conseil des gouverneurs d’approuver le rapport du comité d’éthique de la Banque qui rejetait les allégations portées par des lanceurs d’alertes contre le président de l’institution. « Nous avons de profondes réserves quant à l’intégrité du processus [suivi par le Comité d’éthique]. Nous vous demandons plutôt d’ouvrir une enquête approfondie sur les allégations en faisant appel aux services d’un enquêteur externe indépendant de haut niveau professionnel. Nous soulignons que le fait d’entreprendre une évaluation indépendante des faits, à quelque stade que ce soit, ne va pas à l’encontre de la présomption d’innocence », insistait le courrier de fin mai repris notamment par la presse nigériane.

Plus de référence à une « enquête approfondie »

Dans la déclaration du 02 juillet, le secrétaire au Trésor américain ne réclame plus une nouvelle enquête concernant les allégations en elle-même (les « faits ») mais plutôt une revue indépendante du travail du comité d’éthique.

Ce dernier – invoquant les stipulations des règlements internes de la BAD – avait sollicité des lanceurs d’alerte qu’ils fournissent les preuves de leurs allégations. Ce que ces derniers n’avaient pas réalisé, mettant en avant des risques de représailles et la nécessaire protection de leur anonymat. Un dialogue de sourds ayant mené, en partie, au rejet des charges contre Akinwumi Adesina.

Ce dernier avait toutefois envoyé au Comité d’éthique un lourd dossier de défense, de plus de cent pages, répondant point par point aux allégations des lanceurs d’alerte et qui a été inclus dans le rapport final du comité d’éthique.

La demande d’une enquête indépendante reprenant « à zéro » l’examen des faits reprochés au patron de la BAD n’a pas été retenue par le bureau des gouverneurs.

Le panel : une solution intermédiaire, au périmètre limité

Ce dernier a opté pour la solution intermédiaire « d’une évaluation ou d’un examen » du rapport du comité « y compris, mais pas exclusivement, les annexes, les emails, les lettres et tout autre document utilisé » dans sa préparation. Tout comme « de tous les documents soumis par le président de la Banque africaine de développement », selon les termes de référence de l’appel à candidatures consulté par Jeune Afrique.

Le mandat du panel de revue n’exclut pas que ce dernier sollicite d’autres documents, ni que ses membres puissent se rendre à Abidjan, au siège de la BAD, pour conduire leur mission. Mais la possibilité d’interviewer directement les lanceurs d’alertes ou d’autres personnalités de la direction mises en cause par ces derniers n’est nullement mentionné explicitement dans la mission du panel ni l’énoncé de ses pouvoirs.

Par ailleurs, l’appel à candidature rappelle que cette mission doit être réalisée dans un délai « de deux à quatre semaines » au maximum, afin que ses conclusions soient disponibles avant l’élection du président de la BAD, prévue durant les assemblées annuelles du 25 au 27 août 2020.

« Entreprendre un examen indépendant [du rapport] est tout à fait conforme à la présomption d’innocence. Les institutions financières internationales doivent adhérer aux normes les plus élevées de gouvernance et de transparence, et la décision de procéder à un examen indépendant démontre la force de la Banque africaine de développement », a conclu le ministre des Finances de l’administration de Donald Trump.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte