Sécurité

Affaire Omar Radi : ce que dit le rapport de la DGSSI marocaine

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 03 juillet 2020 à 18h33
Le journaliste-activiste Omar Radi, s'adressant aux médias à sa sortie d'audition.

Le journaliste-activiste Omar Radi, s'adressant aux médias à sa sortie d'audition. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Accusé par Amnesty International d’avoir piraté le smartphone du journaliste Omar Radi, le Maroc dénonce une campagne de diffamation infondée. Jeune Afrique a eu accès aux explications de la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI).

Le chef du gouvernement marocain Saâdedine El Othmani a écrit le 1er juillet à la Secrétaire générale d’Amnesty International (AI) Julie Verhaar, pour lui demander de « fournir les preuves » des accusations d’espionnage électronique du journaliste et activiste Omar Radi, ainsi que de l’universitaire dissident Maâti Monjib, contenues dans une enquête que cette ONG a rendue publique le 21 juin conjointement avec « Forbidden stories », un consortium regroupant 17 médias internationaux.

Selon Amnesty, le téléphone portable des deux militants aurait été infecté en 2019 puis début 2020 par le logiciel Pegasus de la société israélienne NSO, spécialisée dans la conception et la gestion de logiciels espions, ce qui aurait permis à la police marocaine de connaître le contenu de leurs messages et d’enregistrer leurs conversations.

En octobre 2019, l’ONG avait déjà accusé l’appareil sécuritaire marocain d’avoir recours à Pegasus, tout comme elle avait pointé une quinzaine de gouvernements à travers le monde (du Bahreïn au Mexique en passant par l’Arabie saoudite et le Rwanda) de s’être offert les services de NSO – dirigée par d’anciens membres de l’unité 8200 de Tsahal – afin d’espionner leurs opposants. Cette fois, c’est la médiatisation inédite de ce rapport via « Forbidden stories » qui a poussé Rabat à réagir.

« Acharnement systématique »

Tout en dénonçant un « acharnement systématique » à l’encontre du royaume, les autorités marocaines – et particulièrement la DGST que dirige Abdellatif Hammouchi – démentent être en possession de ce logiciel d’attaque israélien par injection de réseau et, si l’on en croit un document interne auquel Jeune Afrique a eu accès, avancent la thèse de l’imprudence du journaliste-activiste.

Omar Radi aurait omis d’effectuer les mises à jour de sécurité sur son iPhone et continué de naviguer sur des sites non sécurisés et non chiffrés

Selon ce rapport de la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) relevant de la Défense nationale, Omar Radi aurait en effet omis d’effectuer les mises à jour de sécurité sur son iPhone et continué de naviguer sur des sites non sécurisés et non chiffrés, « alors même que la DGSSI publie régulièrement des bulletins de sécurité décrivant les correctifs à installer pour éviter toute intrusion malveillante, y compris par des logiciels espions ».

(Défense nationale)

(Défense nationale) © Un des bulletins de sécurité émis par la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI).

Quatre de ces bulletins d’alerte, émanant du centre de veille, de détection et de réaction aux attaques informatiques, organisme dépendant de la DGSSI et concernant les vulnérabilités dans les produits Apple (notamment le navigateur Safari propre au système IOS), ont ainsi été diffusés très peu de temps avant chacune des quatre « infections réseau » relevées par l’enquête d’Amenesty sur le smartphone d’Omar Radi. En d’autres termes : si le journaliste-activiste a été piraté via le logiciel Pegasus, sa propre négligence en serait la cause. Et rien ne prouve que cette cyberattaque provienne de la police marocaine.

La réponse d’Amnesty « devra comprendre toutes les preuves matérielles auxquelles elle a eu recours pour porter préjudice au Maroc » insiste le chef du gouvernement. En attendant et sans que ces affaires soient à ce stade liées, la justice a ouvert une enquête sur Omar Radi pour « atteinte présumée à la sécurité de l’État », « financements de l’étranger » et « liens avec un officier de liaison d’un pays étranger ».

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