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Cet article est issu du dossier «Finance - Six mois qui ont ébranlé la BAD»

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Banque de développement

Affaire Adesina : deux figures africaines anti-corruption autour de Mary Robinson

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Mis à jour le 03 juillet 2020 à 16h20
Le Gambien Hassan Jallow et le Sud-Africain Leonard McCarthy entoureront Mary Robinson dans la revue indépendante de l'enquête interne sur Akinwumi Adesina à la BAD.

Le Gambien Hassan Jallow et le Sud-Africain Leonard McCarthy entoureront Mary Robinson dans la revue indépendante de l'enquête interne sur Akinwumi Adesina à la BAD. © RICCARDO GANGALE/AP/SIPA - Evan Vucci/AP/SIPA

Le Gambien Hassan B. Jallow et le Sud-Africain Leonard F. McCarthy vont mener, aux côtés de l’ex-présidente irlandaise Mary Robinson, la « revue indépendante » annoncée par la BAD début juin.

Ils ont dit oui à une nouvelle mission difficile. Le Gambien Hassan B. Jallow et le Sud-Africain Leonard F. McCarthy, deux figures africaines de la justice, rejoignent l’ancienne présidente irlandaise, Mary Robinson, pour mener la « revue indépendante » promise début juin par le bureau du conseil des gouverneurs de la Banque africaine de développement (BAD).

L’annonce, envoyée par communiqué dans la soirée du 1er juillet, met fin à un suspens de presque un mois sur l’identité du ou des « experts indépendants de haut-niveau » devant passer au crible le rapport d’audit interne qui a disculpé le Nigérian Akinwumi Adesina, le patron de la BAD, des accusations de mauvaise gouvernance portées contre lui début janvier par un groupe de lanceurs d’alerte internes.


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Avec ce casting de trois personnalités, le bureau du conseil des gouverneurs affiche un panel de haut vol, insistant sur le choix d’individus « ayant une expérience et une intégrité professionnelle incontestables, ainsi qu’une réputation internationale avérée ».

Procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda

Aux côtés de l’Irlandaise Mary Robinson, ancienne avocate et haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme aujourd’hui présidente de l’ONG promotrice de la bonne gouvernance « The Elders », siègent deux pointures africaines habituées des dossiers sensibles : l’actuel président de la Cour Suprême de Gambie et l’ancien patron de l’unité anti-corruption « Scorpions » en Afrique du Sud.

Ministre de la Justice sous Dawda Jawara – premier président gambien post-indépendance renversé par Yahya Jammeh -, puis juge à la Cour Suprême jusqu’en 2002, le Gambien Hassan Bubacar Jallow s’est imposé comme une figure de la justice internationale au sein des tribunaux de l’ONU. Juge à la cour d’appel du Tribunal spécial pour la Sierra Leone pendant un an, il devient en 2003 procureur du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). À ce poste, qu’il occupe pendant douze ans, jusqu’à la fermeture du tribunal en 2015, il mène la chasse contre les responsables du génocide rwandais.

De retour dans son pays depuis 2017, après la fin du règne autoritaire de Yahya Jammeh, il est devenu le premier magistrat du pays, nommé président de la Cour suprême par le nouveau chef de l’État, Adama Barrow. « Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire en sorte que la justice soit conforme aux attentes de la communauté, aux normes internationales requises», avait-il déclaré lors de la cérémonie d’investiture.

Visage de la lutte anticorruption à la Banque mondiale

Davantage financier, le profil du Sud-Africain Leonard Frank McCarthy, n’en est pas moins solide. Ancien chef des « Scorpions » – cette unité créée en Afrique du Sud pour combattre la corruption sous la présidence Thabo Mbeki et ayant visé de nombreuses personnalités de l’ANC -, il est nommé vice-président pour l’intégrité à la Banque mondiale en 2008.

Durant ses neuf ans d’exercice, il est le chef de proue de la lutte contre la fraude au sein de l’institution et dans les projets qu’elle finance, revendiquant près de 1 500 actions (enquêtes, sanctions, audits, rapports) en faveur d’une plus grande transparence.

Depuis son départ de la banque en 2017, il dirige sa propre société de conseil à destination des entreprises et des institutions publiques, LFMcCarthy Associates, dont le siège est à Washington aux États-Unis.

Périmètre de la « revue indépendante » encore inconnu

Après la publication de l’audit interne de la BAD, plusieurs voix se sont élevées, notamment celle des États-Unis via le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, pour réclamer une nouvelle enquête.  Le bureau du conseil des gouverneurs a alors réagi, début juin, avec l’annonce d’une « revue indépendante » cantonnée à l’examen du rapport d’audit, ce qui n’a pas empêché les critiques de continuer, cinq anciens vice-présidents de l’institution réclamant par la suite une enquête reprenant l’ensemble des éléments de l’affaire.

Alors que le périmètre de la « revue » n’a pas été clarifié, le trio présidé par Mary Robinson, dont Jeune Afrique avait confirmé la participation dès le 26 juin, devra rendre ses conclusions dans un délai de « deux à quatre semaines maximum ». C’est peu dire qu’il va officier dans un contexte tendu avec la lourde tâche de mettre fin à la tempête qui secoue l’institution et son patron, seul candidat à sa réélection en août, depuis le début de l’année.

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