Politique

Annexion de la Cisjordanie : Netanyahou temporise

Réservé aux abonnés | | Par - à Jérusalem
Mis à jour le 02 juillet 2020 à 14h39
Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien.

Benyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien. © Debbie Hill/AP/SIPA

Ce 1er juillet devait marquer le début du passage sous souveraineté israélienne d’une partie de la Cisjordanie. Mais face à la réprobation générale et aux risques d’embrasement, Benyamin Netanyahou semble contraint de repousser l’échéance.

Les Palestiniens avaient pris date à leur manière : une « journée de la colère » pour protester contre l’annexion programmée de nouveaux pans de territoires par l’État hébreu, illégale au regard du droit international. « C’est une déclaration de guerre à notre peuple » avait averti le Hamas, à l’origine de l’appel à manifester dans toute la Cisjordanie ainsi qu’en différents points de la bande de Gaza, qu’il contrôle d’une main de fer.

Ce mercredi, d’importants rassemblements ont bien eu lieu dans les grandes villes palestiniennes, sans toutefois être émaillés d’incidents avec les forces de sécurité israéliennes. Point de soulèvement ou d’effusion de sang, comme lors de l’inauguration à Jérusalem, le 14 mai 2018, de l’ambassade américaine. La troisième Intifada attendra.

Torrent de réactions hostiles

Manque-t-il aux Palestiniens une étincelle ? Ou sont-ils tout bonnement résignés, conscients que les ambitions territoriales de Benyamin Netanyahou, quelle que soit leur ampleur, ne font qu’acter une réalité sur le terrain contre laquelle ils ne peuvent plus grand-chose ? Pourtant, sa démarche unilatérale a provoqué un torrent de réactions hostiles.

Diplomatiques, quand l’Union européenne évoque à demi-mots le risque de sanctions, que la Jordanie menace de rompre ses accords de paix avec Israël, que le président Mahmoud Abbas jure qu’il est proche de démanteler l’Autorité palestinienne, ou encore que les pétromonarchies du Golfe somment Tel-Aviv de choisir entre l’annexion et la normalisation. Militaires, quand les factions armées de Gaza menacent de faire parler leurs armes et missiles pour torpiller toute volonté annexionniste israélienne.

Ces mises en garde ont-elles eu raison de l’indéboulonnable « Bibi » ? S’il est un signe qui n’a trompé personne ces derniers jours, c’est le silence presque embarrassant du chef du gouvernement israélien. À l’évidence, la promesse électorale faite pour la première fois à ses partisans en septembre dernier s’est transformée en un périlleux casse-tête.

« Processus complexe »

Dimanche, alors que la presse de droite consacre ses titres à la semaine historique que s’apprête à vivre le pays, « Bibi » évite le sujet en Conseil des ministres, distillant le doute sur ses intentions. Un peu plus tard, en marge d’une réunion du Likoud à la Knesset, il tente une première clarification : « Je parlerai au moment voulu. C’est un processus complexe, avec de nombreux paramètres politiques et sécuritaires que je ne peux détailler », explique-t-il aux représentants de son parti.

Présenté en janvier dernier à Washington, le plan Trump a tout du « deal du siècle » pour l’État hébreu. Il assoit son emprise sur près de 30 % de la Cisjordanie, notamment la vallée stratégique du Jourdain, et « légalise » une grande partie des colonies construites sur ce territoire. Le Premier ministre israélien y voit l’occasion de faire d’une pierre deux coups : marquer à jamais son règne politique et faire taire ses détracteurs qui lui reprochent d’être l’éternel homme du « statu quo » avec les Palestiniens.

C’est compter sans l’opposition du puissant Yesha, l’organe représentatif des colons israéliens, fermement opposés à un plan dont la finalité repose sur la création d’un État Palestinien. « Il nous a promis la souveraineté, et rien ne se passe. Qu’il tienne ses engagements », ironise David Elhayani, chef du conseil des implantations juives de Judée-Samarie (Cisjordanie).

Parmi les options, le transfert de zones C, actuellement contrôlées par Israël, à l’Autorité de Ramallah

Mardi, l’équation s’est un peu plus corsée pour Netanyahou. En visite à Jérusalem, Avi Berkowitz, l’un des proches conseillers de Donald Trump, a rejeté tout principe d’annexion israélienne sans geste important ou contrepartie à l’égard des Palestiniens, y compris territorial. Parmi les options mises sur la table, le transfert de zones C, actuellement contrôlées par Israël, à l’Autorité de Ramallah. En interne, « Bibi » n’est guère plus aidé par sa coalition.

Son ministre de la défense, Benny Gantz, avec lequel il codirige le gouvernement depuis mai, ose le désavouer publiquement : « La date du 1er juillet n’est pas sacrée, le plan américain doit être appliqué avec l’aval de nos partenaires dans la région et avec les Palestiniens afin d’aboutir à un accord qui bénéficie à tous. »

S’il est un redoutable stratège, rompu aux coups de maître diplomatiques, Netanyahou apparaît cette fois en grande difficulté. D’autant que, en pleine crise sanitaire et économique, seuls 5 % des Israéliens considèrent aujourd’hui que l’annexion doit être la priorité de leur gouvernement.

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