Politique

RDC : Ronsard Malonda sera-t-il le prochain président de la Ceni ?

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Mis à jour le 03 juillet 2020 à 00h19
A l'entrée d'un bureau de vote de Kinshasa, le 30 décembre 2018.

A l'entrée d'un bureau de vote de Kinshasa, le 30 décembre 2018. © Jerome Delay/AP/SIPA

Le processus de nomination du président de la commission électorale congolaise est au cœur d’un nouveau bras de fer, sur fond de pressions politiques. Un candidat est pressenti, mais son profil fait débat. En jeu : la crédibilité du scrutin de 2023.

C’est une homélie aux allures de mise garde. « Les jours à venir seront difficiles. Je tiens ici à demander au peuple de se tenir en ordre de marche, a lancé le cardinal Fridolin Ambongo lors de son allocution pour le soixantième anniversaire de l’indépendance de la RDC. Lorsque le moment viendra, lorsqu’ils s’obstineront à faire passer ces lois et ces personnages à la tête de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante], il faudra qu’ils nous trouvent sur leur chemin. »

L’avertissement sera-t-il entendu ? La succession de Corneille Nangaa à la tête de la Ceni est en tout cas l’autre feuilleton qui a, en marge de la polémique sur la réforme judiciaire, alimenté la chronique à Kinshasa ces dernières semaines.

À trois ans des prochaines élections, les tractations pour le renouvellement du bureau qui a organisé le scrutin controversé de décembre 2018 battent leur plein. « De ce choix dépendra une grande partie de la crédibilité des futures élections. C’est une bombe à retardement », glisse un opposant.

« Nangaa bis »

En RDC, la désignation du nouveau président de la Ceni revient aux chefs des confessions religieuses du pays. Réunis les 8 et 9 juin sous l’égide du cardinal Fridolin Ambongo, ils ne sont pas parvenus à s’entendre sur le profil adéquat. Depuis, des blocages persistent.

Deux lignes s’affrontent. La première, menée par les kimbanguistes et soutenue par cinq autres confessions (la communauté islamique, l’Union des Églises indépendantes du Congo, l’Église du réveil du Congo, l’Église orthodoxe et l’Armée du salut), opte pour Ronsard Malonda, secrétaire exécutif national de la Ceni depuis 2015. Mais la candidature de ce dernier rencontre l’opposition ferme de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et des protestants de l’Église du Christ au Congo (ECC).

Nous cherchons quelqu’un qui n’aurait pas de parrain politique

Successivement superviseur technique national, expert juriste et directeur national des opérations, Ronsard Malonda comptabilise plus de quinze ans d’expérience au sein de la Ceni. Il a notamment participé à la gestion de trois cycles électoraux, qui ont tous fait l’objet d’importantes polémiques. « Nous avons émis tellement de critiques après les élections de 2018 qu’il serait indécent de soutenir la candidature de quelqu’un qui a participé à l’organisation de ce scrutin et qui a joué un rôle auprès des acteurs que nous connaissons tous. Ronsard Malonda est un Nangaa bis », estime l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Cenco. Le critère de « moralité » doit être clé, ajoute-t-il, avant de préciser : « Nous cherchons quelqu’un qui n’aurait pas de parrain politique. »

« Malonda n’est ni condamné ni soupçonné, c’est un fils-maison de la Ceni. On n’en devient pas président du jour au lendemain, il faut de l’expérience », défend un membre de la majorité parlementaire.

Invités le 3 juin par la présidente de l’Assemblée nationale, Jeanine Mabunda, à accélérer le processus de nomination, les représentants des confessions religieuses avaient initialement retenu 22 candidats avant de réduire la liste à six noms. La Cenco avait pour sa part porté son choix sur Cyrille Ebotoko, mais il a finalement été écarté, tandis que l’ECC avait soutenu Rémy Eyale, un ancien candidat de l’opposition aux législatives.

Un forcing de l’Assemblée nationale

En cas d’absence de consensus, la procédure prévoit en dernier recours le passage au vote. « Le candidat Ronsard Malonda Ngimbi, qui a obtenu six voix, est resté seul en lice. Tirant les conséquences de ce fait, les six chefs de confessions religieuses l’ont désigné comme leur délégué commun à la Ceni », ont précisé ces représentants dans une mise au point le 12 juin.

Une version que contestent la Cenco et l’ECC, qui dénoncent un piège. « Nous avons refusé d’aller au vote tant que la candidature de Malonda serait maintenue », explique l’abbé Donatien Nshole, qui dénonce un « forcing de l’Assemblée nationale » et appelle à des réformes préalables. Contacté, Ronsard Malonda n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

Vers un passage en plénière

Malgré le flou qui persiste autour de ce choix, le PV portant nomination de ce dernier comme candidat désigné par six confessions religieuses sur huit est parvenu jusqu’au bureau de la présidente de l’Assemblée nationale. De son côté, Jeanine Mabunda poursuit ses consultations et souhaiterait régler cette question avant la fin de la session parlementaire, repoussée à une date incertaine en raison de l’état d’urgence. Au sein de son équipe, une source nous confirme que l’entérinement de cette décision en plénière est prévu prochainement.

Quant au cardinal Ambongo, il a dénoncé « l’attitude de mépris » de la présidente de l’Assemblée nationale, évoquant « un acharnement de la majorité parlementaire actuelle à faire main basse sur la Ceni ». « Il y a lieu de craindre que la réforme judiciaire ne soit que le premier étage de la fusée », soupire un élu du camp Tshisekedi, évoquant la polémique actuelle sur la réforme judiciaire initiée par le Front commun pour le Congo (FCC de Joseph Kabila).

Après avoir reçu les représentants des confessions religieuses le 22 juin, la présidente de l’Assemblée a rencontré, le 29, plusieurs représentants de la société civile, dont certains membres de la Lucha, de Filimbi, des Congolais debout et du Comité laïc de coordination (CLC). Mais ces derniers ont estimé n’avoir obtenu « aucune assurance que les préalables nécessaires à un processus électoral crédible [seraient] respectés ».

Un manque de fair-play

« Le PV dont dispose Jeanine Mabunda est contesté par les kimbanguistes et, sauf indications contraires, il n’y a eu ni vote ni consensus. Nous l’avons mise en garde contre les risques de précipitation sur ce dossier, mais elle nous a répondu que l’Assemblée était juste là pour entériner la décision des religieux », précise Floribert Anzuluni, coordinateur de Filimbi.

« La Cenco et l’ECC disent ne plus reconnaître ce processus et appellent à des réformes après avoir perdu, c’est un manque de fair-play. L’Église catholique n’a pas signé les nominations des présidents de la Ceni depuis 2011. Si l’Assemblée ne prend pas ses responsabilités, on prend le risque de s’exposer à des critiques sur les futurs retards du processus électoral », précise-t-on dans l’équipe de Jeanine Mabunda. Avec la majorité dont dispose le FCC, le vote en plénière ne devrait être qu’une formalité.

Réformes toujours en attente

Que réclament les religieux et la société civile ? La dépolitisation de la Ceni pour commencer. Celle-ci est actuellement composée de la plénière, qui réunit treize membres désignés par les forces politiques de l’Assemblée nationale, où le FCC de Kabila est majoritaire : six délégués sont issus de la majorité, quatre de l’opposition et trois de la société civile. Selon la Cenco, il serait préférable de placer la plénière sous le contrôle de personnalités de la société civile.

La communauté internationale s’est par ailleurs mobilisée sur le sujet. L’ambassadeur américain Mike Hammer a échangé par téléphone sur le sujet avec les représentants de Lamuka, Martin Fayulu et Moïse Katumbi. Il a également reçu, mi-juin, Jean-Pierre Bemba. Tous contestent le processus en cours et réclament des réformes. « Il est prématuré de procéder à cette nomination alors que l’on n’a pas encore vu le rapport de la Ceni sur les dernières élections, ni obtenu l’audit des dépenses, assure Fidèle Babala, secrétaire général du Mouvement de libération du Congo (MLC). Ces réformes, c’est comme le monstre du Loch Ness : on en entend parler depuis des années, mais on n’en voit jamais le bout. »

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