Justice

CPI : qui sont les Africains candidats à la succession de Fatou Bensouda ?

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Mis à jour le 01 juillet 2020 à 18h48
Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour Pénale Internationale, à la Haye, le 27 novembre 2013

Fatou Bensouda, procureure générale de la Cour Pénale Internationale, à la Haye, le 27 novembre 2013 © Peter Dejong/AP/SIPA

Quatre professionnels ont été officiellement pré-sélectionnés pour le poste de procureur de la Cour pénale internationale, dont l’Ougandaise Susan Okalany et le Nigérian Morris Anyah.

Enclenché en août dernier, le processus de sélection du nouveau ou de la nouvelle procureure de la Cour pénale internationale (CPI) s’est subitement accéléré. Les cinq experts chargés de sélectionner les meilleurs profils pour le poste ont publié ce 1er juillet la liste finale des candidats officiels à la succession de l’actuelle procureure, dont le mandat se termine en juin 2021.

Après l’Argentin Luis Moreno Ocampo et la Gambienne Fatou Bensouda, les États-parties auront donc à choisir en décembre prochain entre le Nigérian Morris Anyah, l’Ougandaise Susan Okalany, l’Irlandais Fergal Gaynor et le Canadien Richard Roy. Aucune « star » de la justice internationale, mais des professionnels aux parcours résolument différents et reconnus dans leur milieu.

Morris Anyah, l’avocat made in USA

Avocat principalement formé aux États-Unis et basé à Chicago, Morris Anyah a exercé en tant que procureur du comté de Cook, dans l’Illinois. À 51 ans, le Nigérian connaît bien les arcanes de la justice internationale, notamment pour avoir été le conseil, entre 2007 et 2012, de l’ancien président libérien Charles Taylor, jugé par le Tribunal spécial pour la Sierre Leone (TSSL). Il a aussi plaidé contre l’ancien Premier ministre rwandais Jean Kambanda devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR).

Au sein de la CPI, il a représenté entre 2011 et 2012 les victimes des violences commises au Kenya après l’élection présidentielle de 2007. « J’ai la caractéristique d’être né au Nigéria, d’avoir vécu en Europe pendant près d’une décennie, et en Afrique et en Amérique du Nord pendant plus de dix ans, et j’ai travaillé en tant qu’avocat sur ces trois continents. Cela m’a donné une connaissance précise des différents systèmes juridiques et des dynamiques culturelles auxquelles appartiennent généralement les victimes et les criminels qui apparaissent devant la CPI », fait-il valoir dans sa lettre de motivation.

Susan Okalany, une magistrate expérimentée

À la différence de Morris Anyah, Susan Okalany a construit l’essentiel de sa carrière en Ouganda, pays dont le président, Yoweri Museveni, est l’un des plus fervents détracteurs de la CPI sur le continent. Elle est actuellement juge de la Haute cour ougandaise et auprès de la Division des crimes internationaux de cette instance, présentée à sa création comme un modèle de complémentarité avec la CPI.

Cette division a en effet été conçue comme un moyen de juger des crimes de guerre sans avoir à passer par La Haye. Le premier accusé qu’elle a eu à juger, en 2018, était l’ancien commandant de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) Thomas Kwoyelo. Susan Okalany présidait les audiences préliminaires.

Dans sa lettre de motivation présentée à la Cour, la magistrate met l’accent sur son expérience en tant que membre du bureau du procureur général en Ouganda et sur sa fonction de procureure principale dans les attentats à la bombe perpétrés à Kampala en 2010.

Cinq mois de compétition

Les deux magistrats africains seront en compétition avec l’Irlandais Fergal Gaynor, qui a notamment servi en tant qu’avocat au bureau du procureur du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie et du TPIR, et avec le Canadien Richard Roy, avocat général principal au Service des poursuites pénales dans son pays.

Critiquée pour son supposé biais anti-africain, menacée par les États-Unis qui contestent sa légitimité, la CPI semble plus fragile que jamais. Les yeux seront donc rivés sur la personnalité de son nouveau procureur, qui devra allier professionnalisme et indépendance, et savoir naviguer entre les intérêts divergents voire contradictoires des États-parties.

Sera-t-il, comme Fatou Bensouda, choisi par consensus, ou sa désignation fera-t-elle l’objet d’un vote de l’Assemblée des États-parties en décembre prochain ? Les quatre candidats disposent d’un peu plus plus de cinq mois pour convaincre les 123 signataires du Statut du Rome qu’ils ont les épaules pour le poste.

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