Politique

Abdel Hamid Mamdouh : « Je suis le seul candidat à la direction de l’OMC soutenu par l’UA » 

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Mis à jour le 02 juillet 2020 à 12h34
Abdel Hamid Mamdouh, candidat à la direction générale de l'OMC. Ici, à Genève, en juin 2020.

Abdel Hamid Mamdouh, candidat à la direction générale de l'OMC. Ici, à Genève, en juin 2020. © Denis Balibouse/Reuters

Après que le Bénin s’est retiré de la course et que le Nigeria a finalement désigné Ngozi Okonjo-Iweala pour le représenter, l’avocat Abdel Hamid Mamdouh se présente comme le seul candidat légitime de l’UA à la direction de l’OMC. Entretien.

Secrétaire du Conseil du commerce des services, puis conseiller principal au sein de la division des services et enfin directeur de la division des services et investissement… Abdel Hamid Mamdouh a passé en tout vingt ans dans les couloirs de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qu’il a intégrée dès sa création, en 1995. Aujourd’hui, à 67 ans, ce juriste de formation fait partie des candidats africains à la direction générale de l’organisation, après la démission du Brésilien Roberto Azevêdo.

Alors que le Nigeria vient de changer de candidat, désignant l’ancienne ministre des Finances Ngozi Okonjo-Iweala et que le Bénin a décidé de se retirer de la course et de soutenir cette dernière, les cartes de la campagne semblent rebattues. Interview.

Jeune Afrique : L’Union africaine (UA) a-t-elle déjà décidé qui elle soutiendrait ?

Abdel Hamid Mamdouh : L’Union africaine a lancé son processus de sélection quand elle a décidé que le prochain directeur général de l’OMC serait africain, lors du sommet de Niamey, en juillet 2019. Il a été convenu que les pays du continent devraient présenter leurs candidats à l’UA d’ici à la fin novembre 2019.

Il y avait à cette date trois candidats, issus de trois pays : le Nigeria, le Bénin et l’Égypte. Nous sommes tous allés au sommet d’Addis-Abeba en février 2020. Le comité des candidatures de l’UA s’est alors réuni, a approuvé les trois noms et a demandé l’approbation du Conseil exécutif ministériel, qui les a confirmés et a demandé au comité des candidatures de sélectionner l’un d’entre eux. Il était alors prévu que le processus de sélection de l’OMC commence en décembre 2020.

Mais deux choses se sont produites entre-temps. D’abord, le Covid 19, qui a entraîné l’annulation du sommet de l’Union africaine au Tchad en juillet. Et la démission soudaine du directeur général de l’OMC, provoquant le lancement du processus de sélection dès le mois de juin.

Le Nigeria a alors pris une mesure très inhabituelle : il a retiré son candidat qui avait été soutenu par l’Union africaine, et en a présenté un nouveau [Ngozi Okonjo-Iweala], directement à l’OMC, sans l’approbation de l’UA.

Le comité des candidatures n’a plus le droit légal d’en accepter de nouvelles.

Nous devons faire une distinction entre le processus de l’UA et celui de l’OMC. L’objectif de l’UA est de parvenir à une position africaine unifiée autour d’un candidat, en suivant ses propres règles juridiques et de procédure, et en mettant en œuvre les décisions prises par les dirigeants africains et le conseil exécutif. Or ce dernier a chargé le comité des candidatures de choisir l’un des trois noms déjà approuvés. Le Nigeria a opéré en dehors du cadre de l’UA, alors que tout le monde a investi du temps et des efforts dans un même processus depuis près d’un an.

Qu’en est-il de la supposée disqualification par l’UA de la candidature de Ngozi Okonjo-Iweala ?

Ce n’est pas une allégation. Le conseil juridique a émis un avis juridique affirmant que le Nigeria n’a pas suivi les procédures convenues. C’est tout. Le délai de présentation des candidatures est arrivé à échéance en novembre dernier, il est maintenant trop tard. Le comité des candidatures n’a pas le droit légal d’en accepter de nouvelles.

D’autant plus que le Nigeria avait déjà soumis un candidat, approuvé par le conseil exécutif ministériel. Vous pouvez agir en dehors de ce cadre, en tant que membre de l’OMC, mais alors ne dites pas que vous avez été approuvé par l’UA. Et ne prétendez pas être réellement préoccupé par l’unité du continent africain. Le Nigeria et le Bénin pensent désormais que l’Égypte devrait se retirer en faveur du candidat nigérian afin de préserver l’unité africaine. Trouvez-vous cela logique ?

Si vous n’obtenez pas le soutien de l’Union Africaine, comptez-vous sur celui du monde arabe ?

J’ai déjà le soutien de l’Union africaine parce qu’elle a soutenue trois candidats, dont deux se sont retirés. Il n’y a donc plus qu’un seul candidat soutenu par l’UA : l’Égypte.

Mais j’ai également le soutien des pays arabes membres de l’OMC, parce que je suis le seul candidat arabe.

Comment organisez-vous votre campagne ? Êtes-vous soutenu par le Caire ?

Oui, bien sûr, mon pays m’aide beaucoup. Le ministère des Affaires étrangères est responsable de l’organisation de la campagne. Je compte sur les missions égyptiennes auprès de l’Union africaine, au Caire et à Addis-Abeba, mais aussi sur toutes nos ambassades dans les capitales des pays membres de l’OMC.

Que pensez-vous pouvoir apporter à l’OMC ?

Je pense que l’OMC a besoin d’un nouveau type de direction, qui repose sur une connaissance approfondie du système et sur une relation et une confiance de longue date avec les gouvernements membres.

Le directeur général doit être un courtier honnête qui construit des ponts entre les membres.

Pourquoi ? Parce que les nécessaires réformes de l’OMC ne peuvent être réalisées que grâce à des négociations. Et la tâche principale du directeur général de l’OMC est d’être le courtier honnête qui construit des ponts entre les membres. Pour jouer ce rôle, il doit avoir une connaissance approfondie du système et bénéficier de la confiance des membres.

Je ne dis pas que je suis meilleur que les autres candidats, je dis que mon profil est différent et que c’est celui d’un négociateur. Je suis venu à Genève il y a 35 ans en tant que négociateur du GATT, le prédécesseur de l’OMC, pour l’Égypte. J’ai donc 35 ans d’expérience dans les négociations commerciales.

J’ai fait partie de l’équipe qui a conçu l’OMC et j’étais responsable de la rédaction juridique de l’accord sur le commerce des services de l’OMC et de sa négociation. Et pendant mes 17 dernières années au sein de l’organisation, j’étais responsable du commerce et de l’investissement.

Dans cette campagne, vous vous présentez comme un ingénieur. Qu’est-ce que cela signifie ?

Si votre voiture est en panne, comme l’OMC actuellement, qui voudriez-vous avoir avec vous ? Ne voudriez-vous pas un ingénieur qui a participé à la conception et à la construction du véhicule pour vous aider à faire un bon diagnostic ? Il faut démonter la voiture, examiner les différentes pièces et voir ce qui ne fonctionne pas. Seul un ingénieur peut vous aider à identifier les solutions possibles et les réparations à faire, puis vous aider à remonter la voiture et à la remettre en état de marche.

Comment aidez les pays africains à développer leur commerce ?

Je pense que les pays africains, comme d’autres pays en développement, sont en retard dans ce domaine. Or le commerce est terriblement important pour le continent. Les différents pays le savent, c’est pour cela qu’ils ont mis sur pied la zone panafricaine de libre-échange. Ils l’ont conclue parce qu’ils croient au commerce et parce qu’ils croient que les règles commerciales sont importantes. Seules les règles permettent une grande expansion. Elles apportent la prévisibilité et la stabilité.

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