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Rachat de l’OM : qui se cache derrière l’homme d’affaires franco-tunisien Mohamed Ayachi Ajroudi ?

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Mis à jour le 06 juillet 2020 à 18h36
Mohamed Ayachi Ajroudi au Stade Olympique de Radès le 9 mai 2019.

Mohamed Ayachi Ajroudi au Stade Olympique de Radès le 9 mai 2019. © Crédit : HICHEM

Touche-à-tout génial ou simple prête nom des intérêts saoudiens ? La mobilisation du businessman franco-tunisien dans l’opération de rachat du club de football marseillais interroge, surtout en Tunisie où sa réputation est peu glorieuse.

C’est donc bien Mohamed Ayachi Ajroudi le fameux « homme d’affaires franco-tunisien porteur d’un projet en provenance du Moyen-Orient», évoqué par Mourad Boudjellal concernant l’offre de rachat de l’Olympique de Marseille. Le Gabésien de 68 ans l’a confirmé, dimanche, sur la radio Shems FM. Si l’entrepreneur franco-tunisien n’a pas confirmé l’offre de 700 millions d’euros, il a néanmoins précisé, qu’en cas d’accord, il aurait un poste de direction dans l’administration.

Si, de toute évidence, l’ancien président du RC Toulon Mourad Boudjellal sera celui sur qui les lumières médiatiques se tourneront, quel genre de dirigeant sera Mohamed Ayachi Ajroudi ? Diplômé en ingénierie hydraulique de l’Ecole polytechnique universitaire de Lille (1978), l’homme se décrit sur son site web comme un « inventeur/ingénieur-entrepreneur-humaniste engagé ».

Touche-à-tout

À la tête d’une multitude de sociétés (SADEG, SNCFMI, SOGETRAM, Razing Contracting, CIF, etc.) opérant principalement en France et dans les pays du Golfe dans les domaines de la valorisation des déchets, du traitement des eaux, de l’ingénierie mécanique ou de l’immobilier.

Sa proximité avec les dirigeants saoudiens alimente la théorie d’un rachat de l’OM en mode « soft power » par l’Arabie saoudite

Résident à Djeddah depuis 32 ans, c’est grâce à ses connexions avec les dirigeants saoudiens qu’il a été désigné pour jouer les intermédiaires. Une proximité qui alimente la théorie d’un rachat de l’OM en mode « soft power » par l’Arabie saoudite, pour contrer les « ennemis » qataris, qui possèdent le PSG. Surtout que l’amateur de chapeaux de cow-boys pousse aussi la confrontation sur un autre terrain autrement plus périlleux : la Libye. Via son réseau chez les anciens Kadhafistes, Mohamed Ayachi Ajroudi a pris fait et cause pour le camp de l’Est, dominé par la figure de Khalifa Haftar, qui compte l’Arabie saoudite comme parrain international, face au gouvernement d’union nationale de Tripoli, appuyé par le Qatar.

Mais c’est une autre facette autrement plus présentable que Mohamed Ayachi Ajroudi met en avant. Quand il n’est pas photographié à bord de son jet, il s’affiche sur les réseaux sociaux au côté de John Kerry, François Hollande, Denis Sassou-Nguesso ou encore Depardieu et Pelé.

Côté obscur

Aucune trace en revanche de son côté obscur, comme cette altercation, en 2004, sous les ors de l’hôtel George-V à Paris avec le sulfureux Alexandre Djouhri lors d’une rencontre portant sur la création d’une filiale de Veolia en Arabie saoudite. C’est dans son pays natal que se trouvent ses principaux détracteurs. « On en a tous entendu parler mais personne ne le connaît vraiment. Tout ce qu’il a tenté en Tunisie s’est fini en eau de boudin, mais il semble réussir en Europe et dans le Golfe », explique un important entrepreneur de la place.

Son seul fait d’armes économique tunisien est la création, en 2010 seulement, d’ONAS International, une filiale de la société publique d’assainissement qui a pour but de vendre hors des frontières l’expertise et le savoir-faire de l’ONAS.

Pourtant, comme tout homme d’affaires tunisien ambitieux, Mohamed Ajroudi fonde un parti politique après la révolution, le Mouvement du Tunisien pour la liberté et la dignité. N’ayant jamais réussi à faire élire un député, la formation végète au fin fond du classement des quelque 222 partis politiques enregistrés. En parallèle, il rachète une chaîne de télévision, Al Janoubiya (« La Sudiste ») TV « pour transmettre des messages de paix ». Après avoir eu maille à partir avec la Haute autorité indépendante de la communication audiovisuelle (Haica) qui a suspendu un temps sa diffusion pour non obtention de la licence, l’influence – relative – de la chaîne reste cantonnée dans le Sud.

Folie des grandeurs

Au Nord, si le personnage fait parler de lui, c’est pour sa folie des grandeurs. Il se fait construire, depuis 2010, en plein cœur d’une forêt de la région de Hammamet, à 70 km de Tunis, un complexe immobilier. « C’est une horreur, un complexe construit sur quatre étages en toute illégalité car la forêt d’El Faouara est interdite aux propriétés privées. Il a détruit des hectares d’arbres qui, de par leur implantation sur la colline, sont à l’origine du microclimat si apprécié de Hammamet. Et puis, le raccordement à l’eau n’existe pas, il doit avoir construit des puits à plus de cent mètres de profondeur. Cette construction, c’est vraiment le symbole de la puissance de l’argent », s’emporte l’association des amis d’El Faouara.

À Gabès, sa ville natale, son mécénat est apprécié malgré son côté ostentatoire parfois

En 2017, des randonneurs s’étaient d’ailleurs plaint des violences de vigiles du complexe pour s’être simplement trop approchés des constructions. Pour obtenir les faveurs des responsables locaux, Mohamed Ajroudi avait accepté de financer et de rejoindre la direction du club de handball de la ville. Une expérience sportive qui a cependant tourné court. Comme à Gabès, sa ville natale.

Là-bas, son mécénat est apprécié malgré son côté ostentatoire parfois, comme en témoigne le financement d’une mosquée disproportionnée de 4000 places. « Mais il a aussi aidé financièrement les pêcheurs quand ils se sont mis en grève pour protester contre la pollution des mers », concède un activiste écologique qui ne le porte pourtant pas dans son cœur.

Aussi, son accession en 2018 à la présidence du Stade gabésien qu’il sponsorise depuis des années – il affirme avoir versé 1,5 millions de dinars (469 000 euros) en 8 ans – est dans l’ordre des choses. Il ne restera finalement en place qu’un an à cause du « jeu de coulisses [qui] a tout gâché », selon ses déclarations d’alors.

Bien que fugace, son passage a laissé des traces : « En arrivant, il a fait des choix très durs comme se séparer de l’entraîneur Walid Chettaoui, un ancien joueur du club très apprécié, alors que l’équipe était cinquième de première division ce qui était une très belle performance. Il a nommé un coach italien, Enrico Fabbro, qu’il a viré 2 ou 3 matchs après. Changer d’entraîneurs, c’est normal ici, mais la descente et les salaires impayés laissés ne sont pas à mettre à son crédit, même si l’entourage du club ne l’a sûrement pas laissé travailler », détaille Sofiane Ezzi, chroniqueur pour le podcast sportif Ettachkila. Les supporters marseillais sont donc prévenus.

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