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Littérature – Tassadit Imache, l’écrivaine sans étiquette

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L’auteure franco-algérienne Tassadit Imache est née en 1958 à Argenteuil.

L’auteure franco-algérienne Tassadit Imache est née en 1958 à Argenteuil. © Philippe GRUNCHEC/Opale/Leemage

Tout au long de son parcours d’auteure, et malgré le poids des injonctions, la Franco-Algérienne Tassadit Imache a suivi la ligne de son écriture et de ses questionnements.

En 1989, Tassadit Imache figurait parmi les auteurs à suivre lors de la rentrée littéraire selon… Jeune Afrique. Elle sortait alors son premier roman, Une fille sans histoire. Il y était déjà question d’identité, de mémoire, de la façon d’habiter l’une et de transmettre l’autre. Dans Fini d’écrire !, Tassadit Imache explore son propre parcours à travers son œuvre et quelques tranches de vie.

Deux façons indissociables de se définir : « Mon identité est dans mon écriture. J’inscris les traces des vies des miens dans la littérature française et je continue à chercher. J’ai besoin du pouvoir de l’écriture pour vivre. » Son identité, elle la décline en dehors des cases : « Je suis de ces écrivaines françaises qui ne souffrent pas d’avoir la banlieue parisienne dans leur ADN imaginaire. » Et l’auteure née en 1958 à Argenteuil d’ajouter : « Je l’ai même transmis à mes enfants impunément. Ils sauront lutter contre tous les enfermements. »

 

« Fini d’écrire ! », de Tassadit Imache, est paru aux éditions Hors d’atteinte (184 pages, 16 euros).

Dilemme et défi

La transmission se retrouve dans la genèse de ce texte dense, où chaque mot est pesé, ciselé. Fini d’écrire ! répond à une question que Tassadit Imache s’est posée de longue date : « Fini d’écrire ! reprend et poursuit une réflexion amorcée dans un texte publié en décembre 2001 par la revue Esprit dont le titre « Écrire tranquille ? » résume mon dilemme et le défi que j’allais devoir relever. J’analyse mon parcours d’écrivaine dont le nom étranger et les références – un père immigré algérien, une mère française, une enfance dans une cité de la banlieue parisienne –, mais aussi le matériau remué par mes romans, renvoient sans cesse à une histoire collective passée, à une actualité politique qui influent sur la réception de mon travail quand bien même il est question dans mes livres de liens familiaux, de recherche d’amour et de luttes pour être soi, s’en sortir, aimer et être aimé. »

Celui qui écrit est hors d’atteinte

Cette façon d’être elle, on la trouve dans la langue et dans son parcours familial. Ce dernier est entre autres jalonné par la mort de son père, puis de sa mère. On est touché par l’évocation sobre de ces deux figures et par les symboles qu’elles véhiculent. Tassadit Imache trace un chemin qui lui est propre contre l’injonction à représenter une catégorie de la population issue de l’immigration : « Il y a l’étiquetage des personnes et les critères de rangement des livres, avant lecture. Ces assignations ont-elles pesé sur ma liberté de création et de mouvement ? Non. J’ai un univers avec ses thématiques, ses obsessions, et j’ai ma langue aujourd’hui. Je ne m’excuserai pas de ce que mon écriture réveille ou agite. Je ne ferai pas de la pédagogie ou de la reconstruction réparatrice de l’Histoire collective. Que mes livres soient accessibles aux lecteurs, être lue, cela m’importe vraiment, mais cela ne dépend pas que de moi, n’est-ce pas ? Il faut continuer à écrire même si l’invisibilité de votre travail dans la durée peut être conséquente. Mais il y a ces assignations à des représentations négatives, mortifères, qu’affrontent certains plus que d’autres, opérantes dans la société, qui entravent les mouvements et qui, répétées, fatiguent. Elles peuvent les faire renoncer à trouver leur place et leur identité personnelle. Celui ou celle qui lit ou écrit est hors d’atteinte. »

Une identité complexe qui refuse les raccourcis

Plutôt que des réponses toutes faites, Tassadit Imache expose ses doutes, ses questionnements. Ce qui ne va pas sans quelques incompréhensions avec certains lecteurs, désorientés face à cette identité complexe qui refuse les raccourcis. Une phrase adressée par courrier électronique revient plusieurs fois « de livre en livre, tu ne nous désignes pas d’issue ! ».

Cette sentence la poursuit : « Vingt ans après mon premier roman, Une fille sans histoire, on m’a dressé comme un état des lieux avant expulsion, pour troubles graves de jouissance, au motif de la noirceur récurrente de mes livres et d’un manque réitéré d’utilité sociale de mon travail. Mon écriture, mes personnages ne proposeraient pas de solutions au pays « malade de son histoire coloniale et migratoire ».

Depuis trente et un ans, Tassadit creuse un sillon rare, au gré de la parution de ses livres, et profond, comme la marque que ces derniers laissent sur les lecteurs. Mais aussi singulier, l’apanage des écrivains qui comptent.

 

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