Société

[Tribune] Pour une révolution de l’innovation en Afrique

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Par  Edgard Kpatindé

Spécialiste en conseil stratégique

Marché de Bandin, le plus grand de Bissau, en Guinée Bissau, où le pic de la maladie devrait intervenir à la mi-juillet.

Marché de Bandin, le plus grand de Bissau, en Guinée Bissau, où le pic de la maladie devrait intervenir à la mi-juillet. © Sylvain Cherkaoui pour JA

Face à la catastrophe du Covid et à la transformation de nos modes de vie, il y a urgence à prendre le train des avancées technologiques. Pour devenir une référence en matière de recherche et d’innovation, l’Afrique doit rapidement nouer des partenariats avec des géants industriels et universitaires, préconise Edgard Kpatindé, spécialiste en conseil stratégique.

Alors qu’elle s’est crue longtemps protégée du Covid-19, l’Afrique se découvre elle aussi fragile. Et ce d’autant plus que ses systèmes de santé sont largement déficients tandis que 85 % de sa population active travaille dans l’économie informelle.

L’évolution récente de la maladie dans un pays comme la Guinée-Bissau – qui attend son pic épidémique pour la mi-juillet et où l’on peut craindre un grand nombre de morts – jette une lumière cruelle sur les défaillances africaines : hôpitaux sous et mal équipés, personnel soignant sous et mal formé, élites complaisantes et toujours plus promptes à dénoncer ce qui ne va pas chez les autres qu’à faire le ménage chez elles.

De l’impossibilité de confiner

A cela s’est ajoutée une insouciance voire une défiance générale de la population qui s’est crue immunisée au motif que le Covid était, dixit les réseaux sociaux, « une maladie de Blancs ».

Il est vrai que la situation en Afrique, comme dans d’autres régions en développement, présente une particularité : il est impossible d’y confiner efficacement les habitants. D’une part parce que trop souvent des familles entières se partagent, notamment la nuit, des espaces exigus.

De l’autre, quand vous n’avez aucune protection sociale et que vous avez le choix entre mourir de dénutrition ou mourir hypothétiquement d’une maladie qui fait principalement ses ravages chez des personnes âgées avec ce que l’on appelle désormais des comorbidités, le choix est vite fait : aucun père, aucune mère responsable ne va rester assis à regarder le plafond quand il s’agit de nourrir ses enfants.

Complexité croissante des environnements

Dans un tel contexte, les dirigeants africains ont fait ce qu’ils ont pu. Le Sénégal ou le Ghana par exemple ont pris des mesures très tôt, y compris de fermeture des frontières, mais ont dû en grande partie y renoncer car la survie quotidienne de larges franges de la population était en jeu.

La crise du Covid a montré qu’il n’y a pas, qu’il n’y a plus de solution simple

La plupart des mesures élaborées dans l’urgence l’ont été sans véritablement anticiper leur impact sanitaire, social ou économique ni prendre en compte l’ampleur des risques associés.

Nous continuons, dans un monde marqué par la complexité croissante des environnements, à réfléchir et à prendre des décisions selon des schémas linéaires. C’est vrai dans les pays d’Afrique comme dans bien d’autres pays d’ailleurs. La crise du Covid l’a bien montré : il n’y a pas, il n’y a plus de solution simple.

Abadonner les vieilles méthodes

Le confinement des populations occidentales a un impact désastreux sur l’économie mondiale, dont les effets se font déjà sentir en termes de pertes de PIB, de faillites, de destruction d’emplois.

IA, datas et fintechs peuvent apporter à des millions de personnes les moyens de s’insérer socialement

Relever le défi de cette complexité croissante ne pourra se faire en conservant les mêmes vieilles méthodes. Elles ont pu fonctionner dans le passé, elles ne fonctionnent plus aujourd’hui. Il faut en prendre acte.

Les changements qu’il convient d’opérer, et d’opérer rapidement, sont de l’ordre d’une nouvelle révolution. L’intelligence artificielle, les dernières avancées sur les datas, les innovations considérables apportées par les fintechs permettent d’espérer raisonnablement apporter aux millions de personnes qui en sont toujours privées les moyens de s’insérer dignement dans la société.

Tant d’atouts pour réussir

L’Afrique, de ce point de vue, a des atouts pour être un foyer de recherches et d’innovations au premier rang desquels sa population, jeune, avide de participer aux grands mouvements du monde, habituée à devoir innover chaque jour car il en va de sa survie.

En Espagne, où le tiers des sols est en zone aride ou semi-aride, Telefonica et ABB ont créé, grâce à l’intelligence artificielle et au big data, une solution avancée d’irrigation à distance qui permet d’économiser des centaines d’heures de travail aux fermiers, 30 % des coûts en électricité et 47 milliards de litres d’eau par an.

L’Afrique n’a plus besoin d’ONG humanitaires

Huawei, le géant chinois des télécoms qui investit chaque année 300 millions de dollars dans la recherche académique dans les sciences et les technologies de base, met le meilleur de son innovation au service de la lutte contre la déforestation et pour la biodiversité, au travers de son programme Rural Star ou de son partenariat avec Rainforest Connection.

Au risque de choquer, l’Afrique n’a plus besoin d’ONG humanitaires. Elle a besoin de nouer des partenariats industriels et académiques avec des géants comme Huawei, Orange, ou Telefonica. Dans le domaine de la santé, dans celui de l’agriculture, dans celui de la biodiversité ou des transports, c’est bien l’innovation qui permettra de développer l’Afrique. Tout autre chemin ne fera que nous retarder encore.

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