Arts

Une arnaque aux œuvres d’art africaines usurpe le nom de l’Unesco

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Mis à jour le 28 juin 2020 à 17h43
Le logo de l'Unesco à l'entrée de son siège parisien, le 17 octobre 2016.

Le logo de l'Unesco à l'entrée de son siège parisien, le 17 octobre 2016. © Francois Mori/AP/Sipa

Une vingtaine de victimes ont perdu entre quelques milliers et 800 000 euros en pensant acheter des œuvres africaines dont l’authenticité ou l’exportation étaient frauduleusement « validées » par l’Unesco.

Face à l’augmentation des escroqueries et des trafics illicites de biens culturels en provenance de l’Afrique, l’Unesco appelle à la « plus haute vigilance ». Dans un long communiqué à paraître cette semaine et auquel Jeune Afrique à eu accès, l’organisation des Nations unies met en garde contre un nouveau système d’escroquerie apparu l’année dernière. 

À chaque fois, le scénario et le profil des victimes se ressemblent. « L’escroc s’adresse à une personne qui a des liens familiaux ou professionnels avec l’Afrique de l’Ouest ou l’Afrique Centrale, précise Cédric Bourgeois qui dirige le bureau des enquêtes de l’Unesco en charge des affaires de fraude et de corruption. La victime n’a pas nécessairement des origines africaines, elle peut être européenne sans lien familial avec le continent. L’escroc lui propose des objets d’art, souvent des statuettes, en précisant leur provenance, et parfois même le nom du chef du village d’où ils seraient issus. Puis, le nom de l’Unesco est avancé, frauduleusement, pour certifier la vente et attester que les biens culturels sont authentiques ou peuvent être exportées. La victime envoie l’argent… et ne reçoit jamais les œuvres. »

Le bureau des enquêtes de l’Unesco recense chaque année environ 30 cas d’escroqueries. Jusqu’à récemment on demandait de l’argent aux victimes censées bénéficier de fausses bourses d’études ou participer à de fausses campagnes de recrutement. Mais l’année dernière, des cas nouveaux sont apparus : le nom de l’organisation est usurpé pour poser un vernis de légalité dans le commerce d’objets d’art.

L’Unesco, qui célèbre en 2020 les 50 ans de la Convention adoptée en 1970 pour lutter contre le trafic illicite des biens culturels, a lancé une vigoureuse campagne de communication pour dénoncer ces escroqueries. L’institution rappelle que jamais elle n’intervient dans le commerce d’art, ni comme intermédiaire, ni comme garant. Son rôle, au contraire, est de faciliter la coopération entre États, d’assurer le partage des informations et la mise en œuvre des mesures à prendre pour interdire et empêcher l’importation, l’exportation et le transfert de propriétés illicites des biens culturels.

Des montants considérables

Si l’Unesco est en alerte actuellement, c’est que les signalements ont dangereusement augmenté cette année. « Nous recensons déjà une quinzaine d’affaires pour 2020 mais il y a toutes celles qu’on ne connaît pas, prévient Cédric Bourgeois. Les victimes subissent un préjudice financier, mais aussi psychologique et beaucoup n’osent pas en parler ! Certaines tombent des nues, car proches de l’Afrique, et pensant connaître les pratiques locales, elles ont le sentiment de ne pas pouvoir se laisser berner. »

Les montants en jeu peuvent être considérables. Si la plupart des victimes se font délester de sommes à quatre chiffres, l’une d’elle a perdu près de 800 000 euros. « Dans ce dernier cas, le scénario était très élaboré, des fausses statuettes ayant bien été déposées, en France, dans un entrepôt, souligne Cédric Bourgeois. La somme peut paraître énorme, mais il faut comprendre que les personnes qui se font manipuler sont prises dans des spirales. »

L’Unesco, contactée par la victime, s’est aussitôt rapproché de l’Office central de répression de la grande délinquance financière (OCRGDF). Un suspect a été arrêté cette année sur le territoire français.

Les escrocs, malins et bien organisés, se renseignent d’abord sur leurs proies potentielles, notamment en utilisant à leur avantage les informations figurant sur les réseaux sociaux pour élaborer leurs scénarios. Ils sont aussi capables de produire de faux documents numériques crédibles : missives arborant frauduleusement le nom et le logo de l’Unesco, mais aussi de fausses cartes professionnelles de fonctionnaires de l’institution internationale et de faux documents bancaires. De fausses attestations circulent aussi, selon lesquelles l’Unesco autoriserait l’export et la commercialisation d’objets d’art africain, certifierait la valeur de certaines collections ou délivrerait des certificats de non-redevance patrimoniale.

Tout est bon pour gagner la confiance de leur interlocuteur

Les escrocs envoient également des photos d’œuvres… « Bref, tout est bon pour gagner la confiance de leur interlocuteur, résume Cédric Bourgeois. C’est souvent pendant les pourparlers, et parfois malheureusement après avoir envoyé de l’argent, que les victimes appellent nos bureaux locaux en Afrique pour savoir ce qui se passe. C’est à ce moment que nous les accompagnons, d’abord pour « atterrir », leur expliquer la réalité, puis déposer plainte auprès des autorités quand elles souhaitent obtenir réparation. »

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