Politique

Affaires Ramid et Amekraz : vers un « PJD Gate »?

Réservé aux abonnés | | Par - à Rabat
Mis à jour le 01 juillet 2020 à 12h15
Le chef du gouvernement Saadeddine El Othmani (au centre), aux côtés de Mustapha Ramid (à gauche), ministre PJD.

Le chef du gouvernement Saadeddine El Othmani (au centre), aux côtés de Mustapha Ramid (à gauche), ministre PJD. © Abdeljalil Bounhar/AP/SIPA

Empêtrés dans un scandale de fraude aux cotisations sociales, deux ministres influents du Parti justice et développement sont sur la sellette. Et la crédibilité de la formation islamiste, dont est issu le chef du gouvernement, est en jeu.

Un ministre qui préside la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) et qui se dispense lui-même de l’obligation de déclarer ses propres salariés, telle est la situation aussi surprenante qu’inconfortable dans laquelle se trouve l’islamiste Mohamed Amekraz, en charge du portefeuille de l’Emploi et qui tenait auparavant un bureau d’avocat à Agadir.

Ce nouveau scandale révélé par barlamane.com est intervenu quelques jours à peine après que le même site arabophone ait diffusé un enregistrement audio accusant également de fraude à la CNSS Mustapha Ramid, ministre d’État chargé des droits de l’Homme, et figure de proue du Parti justice et développement (PJD).

Parfum de scandale

Sous d’autres cieux, les deux ministres auraient déposé leur démission au lendemain d’un tel scandale. Mais au Maroc, ces deux responsables gouvernementaux continuent d’exercer leurs fonctions et continuent de bénéficier de l’appui de leur chef de gouvernement.

En restant muet, Saâdeddine El Othmani cautionne indirectement le comportement immoral de ses ministres

« En restant muet, Saâdeddine El Othmani cautionne indirectement le comportement immoral de ses ministres », souligne un membre de l’opposition. Interpellé par le député du Parti du progrès et du socialisme (PPS) Rachid Hammouti, qui a demandé « l’ouverture d’une enquête gouvernementale pour éclairer l’opinion publique », le chef du gouvernement est resté impassible.

En revanche, Saâdeddine El Othmani a choisi d’agir en sa qualité de secrétaire général du PJD. Résultat, la bureaucratie de la formation islamiste s’est mise en branle et a décidé de réunir en début de semaine la commission d’éthique sans son président (le même Mustapha Ramid), afin de l’auditionner et présenter un rapport au secrétaire général.

« Il a expliqué devant la commission que d’un point de vue légal, il n’a rien à se reprocher dans la mesure où il n’exerce plus depuis 9 ans », nous confie un proche de Mustapha Ramid. Avant de poursuivre : « Ramid a la conscience tranquille sur cette affaire. C’est son assistante qui a toujours refusé d’être déclarée à la CNSS; et elle a reçu 230 000 dirhams en guise de compensation. Sa famille est d’ailleurs reconnaissante à Ramid pour ce traitement. »

Après le ministre d’État chargé des droits de l’Homme, c’est au tour du ministre de l’Emploi d’être entendu par ses pairs. « La même démarche sera suivie pour le cas de Mohamed Amekraz dans les prochains jours », confirme à Jeune Afrique Slimane Amrani, secrétaire général adjoint du PJD. « Ce n’est qu’une fois le rapport de cette commission établi que le secrétariat général se prononcera officiellement au sujet de ces deux affaires. A priori, ça devrait être bouclé la semaine prochaine », précise le numéro 2 de la formation islamiste.

Fuite en avant

Quel que soit le verdict de cette commission, la décision ne sera pas facile à prendre dans la mesure où les ministres en cause comptent parmi les figures les plus influentes du PJD. Mohamed Amekraz est secrétaire général de la jeunesse du parti, cette « chabiba » qui a donné tant de fil à retordre au chef du gouvernement avant qu’il ne parvienne à la pacifier en octroyant un maroquin ministériel à son leader. Quant à Mustapha Ramid, il est un des fondateurs du parti et sa caution a été nécessaire à Saâdeddine El Othmani, en 2017, pour justifier son accès au poste de chef de gouvernement et de secrétaire général du parti, en lieu et place d’Abdelilah Benkirane.

« Pourtant, ces deux ministres risquent d’être « lâchés ». Sans quoi, c’est tout le fonds de commerce du parti, bâti sur des discours d’éthique et de droiture, qui risque d’être réduit à néant », prévient ce politologue.

En attendant, la pression politique continue de monter. Au Parlement, les élus PJD parviennent, pour le moment, à éviter à leurs ministres d’être interpellés au sujet de ces affaires. Cette semaine, des questions orales ont été adressées dans les deux chambres à Mohamed Amekraz. Et ironie du sort, c’est son acolyte Mustapha Ramid (avec sa casquette de ministre chargé des affaires avec le Parlement) qui a dû puiser dans les failles du règlement intérieur pour lui permettre de ne pas répondre. Une fuite en avant qui ne devrait pas mener loin…

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