Justice

Guinée : qui est Mory Doumbouya, l’avocat qu’Alpha Condé a nommé ministre de la Justice ?

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nouveau ministre de la justice, Mr Mory Doumbouya.© ABD Touraman

nouveau ministre de la justice, Mr Mory Doumbouya.© ABD Touraman © nouveau ministre de la justice, Mr Mory Doumbouya. © ABD Touraman

Nommé garde des Sceaux fin juin, Mory Doumbouya aura plusieurs dossiers sensibles à gérer, à commencer par celui des modifications qui auraient été apportées à la Constitution entre son adoption par référendum et sa promulgation.

• Homme de terrain

Né en 1970 à Siguiri en Haute-Guinée, Mory Doumbouya appartient à l’ethnie malinké, comme le président Alpha Condé. Il a fait une partie de sa scolarité à Macenta, en Guinée forestière, avant d’aller étudier à l’université à Conakry.

Il reviendra dans la région des années plus tard, dans la ville de N’zérékoré cette fois, où il travaillera pour le compte de l’ONG Terre des hommes. « C’est un homme de terrain », commentent ses proches.

• Pénaliste

Avocat pénaliste, c’est un « fin connaisseur des dossiers », si l’on en croit ses confrères. Inscrit au barreau de Guinée, il a dispensé des cours de droit pénal et de procédure pénale à l’Université Gamal-Abdel-Nasser de Conakry entre 1996 et 2003.

• Salué par ses pairs

« En tant qu’avocats, sa nomination nous enchante, se réjouit le bâtonnier Djibril Kouyaté. C’est un homme qui n’a pas peur de la contradiction. » Selon son confrère Paul Yomba Kourouma, Mory Doumbouya est la « meilleure personne nommée à ce poste depuis que le président Alpha Condé a été élu : il connaît l’appareil judiciaire guinéen, ses oracles et ses interdits. »

• Médaille à l’effigie d’Alpha

C’est lors du procès des responsables de l’attaque du 19 juillet 2011 contre le domicile privé d’Alpha Condé qu’il s’est révélé. La séquence avait duré six mois, de février à juillet 2013. Mory Doumbouya était l’avocat du chef de l’État.

Accompagné d’un garde du corps, il se rendait à la Cour d’appel de Conakry une médaille à l’effigie d’Alpha Condé accrochée à sa veste. « Le chef de l’État est un lion, pour le descendre ça va faire ravage ! » avait-il lancé à l’audience.

• Affinités

Il n’a jamais fait mystère de son soutien au président Alpha Condé. Ses amis, aussi bien que ses adversaires, affirment qu’il est un sympathisant du parti au pouvoir, le RPG Arc-en-ciel. « Mais son militantisme n’a jamais altéré son professionnalisme », assure le bâtonnier Djibril Kouyaté, qui se dit convaincu que le nouveau garde des Sceaux saura mettre de côté ses convictions politiques.

À Jeune Afrique, l’intéressé précise : « Mon militantisme est une question d’opinion personnelle. » Et d’ajouter : « Même ceux qui prétendent ne militer dans aucun parti ont naturellement un penchant. J’ai plus de vingt ans d’expérience. Je suis souvent intervenu sur des affaires sensibles, à connotation politique. Mais je crois les avoir plaidées sans perdre mes réflexes professionnels. En outre, je n’ai eu que des relations d’avocat à client avec le président de la République. »

• Agent judiciaire de l’État

Sa fidélité envers le président de la République est récompensée quand il est nommé au poste prestigieux d’agent judiciaire de l’État le 12 janvier 2016. Durant les quatre années de son mandat, Mory Doumbouya a s’est saisi des contentieux qui opposaient l’État à des tierces personnes.

Il a notamment eu à gérer celui qui opposait la Guinée à Global Voice Group (en août 2019, le pays a été condamné à verser 20 millions de dollars à l’entreprise de télécoms).

Je ne viens pour ou contre personne. Je préfère être jugé sur mes actes. »

• « Comme un soldat »

Mory Doumbouya dit vouloir lutter contre l’impunité et la corruption, et s’inscrit dans la continuité des actions de son prédécesseur, Mamadou Lamine Fofana, pour ne pas « provoquer de rupture dans les réformes déjà engagées ».

Il promet de veiller à « l’application rigoureuse et stricte de la loi ». « Je ne viens pour ou contre personne, martèle-t-il. Comme un soldat qui s’apprête à déployer son arsenal de frappe au front, je préfère être jugé sur mes actes. »

• Polémiques

Il hérite également des polémiques autour des éventuelles modifications qui auraient été apportées à la nouvelle Constitution après son adoption par référendum. Un dossier délicat qui aurait précipité le limogeage de Mamadou Lamine Fofana.

D’ailleurs, dès l’annonce de sa nomination, Mory Doumbouya a rendu visite à Djibril Kouyaté, le bâtonnier qui a porté l’affaire devant la Cour suprême. Officiellement, il ne s’agissait que d’une visite de courtoisie, mais il est difficile d’imaginer que le sujet n’ait pas été évoqué.

• L’autre dossier brûlant

Depuis plus de dix ans, les familles des victimes du massacre du Stade du 28-septembre 2009 (150 morts et presque autant de femmes violées) réclament justice. Le précédent ministre de la Justice affirmait que le dossier avait pris du retard ces derniers mois à cause de la pandémie du Covid-19. Le nouveau Garde des sceaux promet, lui, qu’il ne fera que « tous les dossiers seront traités de la même façon ».

• Orateur

Dans les prétoires, Mory Doumbouya a le verbe haut. Défendant les intérêts du parti au pouvoir dans le contentieux électoral résultant des législatives de septembre 2013, il s’était fait remarquer en martelant devant la Cour suprême : « Pour le RPG Arc-en-ciel, cet arrêt étant insusceptible de recours, il ne peut être commenté que dans les amphithéâtres ! »

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