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Pourquoi Equity Bank rompt avec Atlas Mara

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Equity Bank est l'un des principaux groupes bancaires d'Afrique de l'Est.

Equity Bank est l'un des principaux groupes bancaires d'Afrique de l'Est. © Equity Bank/Flickr

Le géant kényan renonce au rachat de filiales africaines du britannique Atlas Mara. Une décision liée au covid-19, mais pas seulement…

Atlas Mara – coté à la Bourse de Londres et cofondé par l’ancien patron de Barclays Bob Diamond, son PDG jusqu’en février 2019 – et Equity Group Holdings (EGH) ont mis fin aux négociations entamées en avril 2019.

La transaction portait sur l’acquisition par Equity d’une participation de 62 % dans Banque populaire du Rwanda(BPR) et la totalité des filiales de Atlas Mara en Zambie, en Tanzanie et au Mozambique (BancABC). En échange, Atlas Mara devait obtenir une prise de participation de 6,3 % dans Equity Group, soit 252,2 millions d’actions pour une valeur estimée à l’époque à 105,4 millions de dollars.

EGH est la maison mère du groupe bancaire Equity Bank (400 millions de dollars de revenus en 2018), n°2 au Kenya et présent également au Rwanda, en Ouganda, au Soudan du Sud, en Tanzanie et en RDC.

L’arrêt des négociations « a été largement motivé par un changement de stratégie de EGH compte tenu des effets de la pandémie de Covid-19 au niveau mondial et sur les économies dans lesquelles les entités de [Equity Group] opèrent », explique Atlas Mara dans son communiqué.

Différence de valorisation

Les discussions annoncées en avril 2019 n’avaient pas débouché sur une signature début janvier 2020, à la date d’expiration du délai établi par l’accord préliminaire.

Une situation qui n’avait pas surpris les analystes à l’époque. « Equity Group Holdings n’est pas parvenu à un accord avec Atlas Mara en décembre 2019 car, compte tenu des conditions de marché à ce moment-là, Equity a dû réexaminer la transaction en raison de la différence de valeur entre Equity et les quatre banques que le groupe envisageait d’acquérir », souligne David N. Gitau, analyste financier à Cytonn Investments Management à Nairobi.

« L’accord a été annoncé en avril 2019 et depuis lors, les perspectives d’Equity Bank se sont améliorées en raison de la suppression du plafond des taux d’intérêt au Kenya, qui a créé une remontée du cours de l’action Equity Group Holdings », précise l’analyste.

Entre mai et décembre 2019, le titre Equity à Nairobi a progressé de 40,9 à 53,5 shillings. « En tant que tel, Equity Group Holdings aurait donc dû payer plus dans le cadre de l’opération, étant donné le cours de l’action alors », explique David N. Gitau.

Échec à trouver des « conditions commerciales mutuellement acceptables »

Dans son communiqué du 23 juin, Equity Bank admet en filigrane qu’en janvier les deux parties butaient encore sur la conclusion de « conditions commerciales mutuellement acceptables en ce qui concerne la transaction proposée ou une variante de celle-ci », et s’étaient accordées quelques mois pour boucler la transaction.

Si dans sa communication Equity Bank annonce une interruption des discussions « pour l’avenir prévisible », cette précision n’apparaît nullement dans le texte d’Atlas Mara, qui indique se concentrer sur son « objectif de mener à bien, dans la mesure du possible, une opération stratégique ». Sans préciser avec qui, pour l’instant.

L’effet Covid-19

La crise du Covid-19 est venue perturber des négociations déjà difficiles.

L’action Equity est restée près d’un cours de 50 shillings durant les premiers mois de l’année avant de fondre à partir de mars, dans la foulée des premiers cas de Covid-19 identifiés sur le continent. Elle s’échange autour de 35 shillings aujourd’hui.

Entre temps, l’action Atlas Mara a cédé 70 % à Londres où son cours tourne autour de 0,48 dollar. Début 2014, peu après son introduction à Londres, l’action Atlas Mara valait 11 dollars.

Le groupe kényan explique la fin des négociations par « l’incertitude sur le risque qui nous a entraîné à abandonner le versement de 9,5 milliards de shillings prévu pour les actionnaires », a reconnu James Mwangi, DG d’Equity Bank.

La banque entend mettre l’accent sur « la conservation des liquidités et leur déploiement pour aider nos clients à survivre pendant cette crise économique et à se redresser et prospérer après la crise ».

Au premier trimestre 2020, Equity avait enregistré une croissance de +14,4 % sur un an de son bilan à 693 milliards de shillings, porté par une nette progression (+24 %) de ses crédits qui avaient atteint 379 milliards de shillings. Mais fin mai, Equity a annoncé la restructuration de 25 % de ses prêts à cause du coronavirus, soit un portefeuille portant sur 92 milliards de shillings (770 millions d’euros).

Le 12 mai, l’agence Moody’s a confirmé la note B2 d’Equity, mais en rabaissant sa perspective de stable à négative. L’agence s’est dite inquiète du niveau des créances en souffrance (7,8% du total brut de prêts, contre 6,5% pour Kenya Commercial Bank, première banque du pays) et du niveau élevé des titres de dette publique détenue par la banque.

Atlas Mara a poursuivi sa mauvaise fortune

De son côté, Atlas Mara a poursuivi sa mauvaise fortune, avec une baisse de 6,3 % du total de l’actif, à 2,6 milliards de dollars au cours de l’exercice 2019, contre 2,8 milliards de dollars en 2018 – les prêts ayant baissé de 44,2 % en 2019.

Par ailleurs, l’an dernier, les prêts à la clientèle ont respectivement diminué de 10,5 %, 2,2 % et 10,6 % dans les banques d’Atlas Mara en Tanzanie, en Zambie et au Rwanda, trois filiales qui devaient être rachetées par Equity Group. Le groupe a notamment enregistré une baisse de 35 % du revenu net d’intérêts en glissement annuel, le principal revenu des banques.

Lancé fin 2013, Atlas Mara affichait de fortes ambitions sur le continent, mais a accumulé les déconvenues : ses investissements dans Union Bank of Nigeria ont été miné par la crise pétrolière et la dépréciation du naira. Les revenus de UBN, exprimés en dollars, ont fondu de moitié depuis 2013 passant de 353 millions à 152 millions de dollars. Parallèlement, les autres filiales du groupe – via le holding BancABC – souffrent de coûts d’opérations trop élevés. En 2019, Atlas Mara a enregistré une perte de -143 millions de dollars, contre un bénéfice de 40 millions de dollars en 2018. Ses revenus ont baissé de 231,4 millions à 198,8 millions de dollars l’an dernier.

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