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Geremi Njitap : « Les footballeurs africains sont très inquiets »

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L'ancien joueur de foot camerounais Geremi Njitap à Londres en 2018.

L'ancien joueur de foot camerounais Geremi Njitap à Londres en 2018. © Michael Regan - FIFA/FIFA via Getty Images

La crise sanitaire qui sévit depuis plusieurs mois n’est pas sans conséquences sur le football africain. L’ancien international camerounais Geremi Njitap, président pour l’Afrique de la Fifpro, le syndicat mondial des joueurs, s’inquiète de son impact sur les sportifs du continent.

Depuis le mois de mars, tous les championnats africains sont à l’arrêt. Dans certains pays, la saison 2019-2020 a même été définitivement stoppée (c’est le cas au Cameroun, en Angola, en Guinée, au Congo-Brazzaville et en RDC, au Kenya, au Burkina Faso et au Niger). Une situation difficile à vivre pour les joueurs, qui sont parfois confrontés à des problèmes financiers, puisque certains clubs ne leurs versent plus de salaire. Geremi Njitap, l’ex-milieu de terrain des Lions indomptables (118 sélections), du Real Madrid et de Chelsea, devenu président de la Fifpro, le syndicat des joueurs professionnels, fait part de ses inquiétudes à Jeune Afrique.

Jeune Afrique : Comment vont les footballeurs africains en cette période de crise sanitaire ?

Geremi Njitap : Ils sont très inquiets pour le présent et l’avenir. Le fait que l’on dise l’Afrique plutôt épargnée par le virus n’est pas de nature à les rassurer. Ils savent ce qui se passe sur d’autres continents et ils veulent que l’on protège leur santé et celle de leurs familles. Personne ne sait comment cette pandémie va évoluer dans nos pays, mais il n’est pas question de prendre des risques.

La crise n’a fait qu’amplifier un phénomène qui affecte nombre de joueurs depuis de longues années

 

Il semble également que certains ne gagnent plus rien depuis l’arrêt des compétitions…

La crise n’a fait qu’amplifier un phénomène qui, dans un certain nombre de pays, affecte un grand nombre de joueurs depuis de longues années. Alors certes, on a vu des fédérations se mobiliser pour venir en aide aux clubs en Égypte, au Cameroun ou au Botswana. Au Ghana, c’est même l’État qui est intervenu. Mais globalement, la précarité s’installe parmi des joueurs déjà fragilisés par l’absence de contrats et la non-reconnaissance de leur statut de salarié. C’est la force de l’habitude sur le continent, et la crise que nous traversons n’a fait qu’ajouter au désarroi d’un grand nombre de professionnels, qui sont livrés à eux-mêmes.

L’Afrique subsaharienne est la plus touchée

Quels sont les pays où les difficultés sont les plus nombreuses ?

Ce sont toujours les mêmes. L’Afrique subsaharienne est la plus touchée. La Fifpro [Fédération internationale des associations de footballeurs professionnels] Afrique recherche des solutions. Non seulement avec nos membres, mais aussi avec la CAF [Confédération africaine de football], la Fifa [Fédération internationale de football association] et parfois même avec les fédérations concernées. Nous ne sommes plus les seuls à reconnaître la gravité de certains cas. Il faut agir vite.

 

L'équipe de foot nationale tunisienne s'entraîne dans le stade olympique El Menzah à Tunis, en juin 2020.

L'équipe de foot nationale tunisienne dans le stade olympique El Menzah à Tunis, en juin 2020. © Yassine Gaidi/Anadolu Agency/AFP

Diriez-vous que les joueurs sont affectés psychologiquement ?

Compte tenu de la situation, il ne serait pas étonnant que des formes plus ou moins fortes de dépression s’installent. Nous avons demandé à nos membres d’être particulièrement vigilants, afin qu’ils puissent intervenir le plus vite possible auprès des sportifs qui seraient en difficulté. La Fifpro multiplie les enquêtes et les alertes, et l’Afrique n’est jamais oubliée !

Vers un monde du football plus vertueux

Craignez-vous un désastre économique pour le foot africain ?

Il y aura des retombées, c’est une évidence, et il faudra les évaluer le moment venu. L’économie du foot africain mettra certainement plusieurs années à se redresser. Mais nous y arriverons, dût-on repenser nos modèles économique et sportif. Il nous faut nous organiser autrement, aussi bien au niveau national que continental, et revoir notre gouvernance. Cette crise est malheureuse, mais elle nous offre la possibilité de donner à l’Afrique un monde du football plus juste, plus vertueux.

 

Par quels biais ?

Nous appelons à un dialogue constructif avec tous les acteurs, y compris avec les footballeurs. C’est ensemble que nous pourrons trouver le moyen d’assurer la pérennité du football en Afrique. Les joueurs veulent être des interlocuteurs : ils sont des partenaires, pas des ennemis. Ils aiment leur sport, ils veulent le voir progresser. Surtout, ils veulent le pratiquer et ils veulent en vivre, ici en Afrique.

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