Société

[Tribune] Après le confinement, le saut dans l’inconnu du coronavirus

Réservé aux abonnés | |

Par  Rajae Ghanimi

Médecin, Secrétaire générale adjointe du réseau des économistes de santé du Maghreb et écrivaine

Malte Mueller/Getty Images

© Malte Mueller/Getty Images

Si de nombreux pays se déconfinent, la pandémie de Covid-19 continue de bouleverser notre quotidien. Et tant qu’aucun vaccin ne sera trouvé, nous devrons apprendre à vivre avec.

Le déconfinement, prochaine phase de la lutte contre l’épidémie de coronavirus, était très attendu. Mais tant qu’il n’y aura pas de vaccin, le coronavirus restera une « hantise ». Personne ne peut plus nier la gravité de la maladie, la vitesse de sa contagiosité et la lourdeur socio-économico-psychologique du confinement. Et personne ne peut affirmer que cette pandémie ne se reproduira pas dans le futur.

Soyons optimistes, il est possible de vivre au quotidien, en « communauté espacée », avec un virus tel que le Covid-19. La Corée du Sud, et la Suède en sont l’exemple. Mais cela suppose qu’individuellement nous nous sentions responsables et que nous nous rappelions continuellement que la seule solution que nous maîtrisons actuellement est la distanciation sociale.

Condoléances à distance

Alors quel sera le prix à payer dans notre quotidien ? On va d’abord assister à une mutation globale de l’ADN de notre vie sociale. Cet aspect des choses est rarement abordé lors de nos discussions, de nos webinaires et même de nos conférences en ligne, où chacun préfère s’intéresser à l’impact économique de la pandémie, au prix du pétrole ou aux variations des devises.

L’impact sur la vie sociale est pourtant l’une des grandes catastrophes provoquées par le virus. Pensons à l’ostracisation prolongée des sujets âgées et malades – pour les protéger bien sûr. Au changement radical de nos habitudes sociales, du bannissement de nos traditionnelles embrassades et poignées des mains et à l’adoption du « namaste », mode de salut asiatique… Et que dire de nos réunions familiales en vidéoconférence, de nos danses et de nos chants partagés uniquement via Zoom ou Jitsi Meet ?

Maintenir la distanciation sociale, c’est aussi oublier l’énergie romantique des restaurants et nos déjeuners familiaux du dimanche, c’est enterrer nos morts en groupes de moins de dix personnes et en silence, sans pouvoir faire nos prières en bonne et due forme. C’est continuer à vivre les grands moments de la vie en mode digital, s’envoyer des condoléances à travers des messages audios sur WhatsApp ou via des SMS et des commentaires sur les réseaux sociaux.

C’est surtout vivre en mode « masqué » puisque dans les transports, les supermarchés, le travail, les magasins, il va falloir désormais porter la bavette.

Des clientes portant des masques pour se protéger du coronavirus font la queue devant une boulangerie, à Dakar, le 25 avril 2020 (illustration).

Des clientes portant des masques pour se protéger du coronavirus font la queue devant une boulangerie, à Dakar, le 25 avril 2020 (illustration). © Sylvain Cherkaoui/AP/SIPA

Inégalités scolaires et traçage

Et que dire des inégalités sociales que la pandémie va contribuer à accentuer ? Avez-vous pensé, après ces deux mois de « classes virtuelles » et d’enseignement à distance avec les moyens du bord, au travail que nos enfants vont devoir rattraper ? Qu’en est-il des étudiants qui ne disposaient pas d’un smartphone, d’une tablette ou d’un réseau internet ? Qu’en est-il des déserts technologiques qui persistent en Afrique ? Certains enfants auront à payer les pots cassés de cette pandémie et resteront en décalage parce qu’ils auront raté la moitié du programme scolaire de l’année 2020.

Même côté loisirs, nous sommes appelés à vivre dans la nostalgie. Finies les baignades en piscine, désormais réservées aux nantis qui disposent d’un bassin personnel ou qui peuvent se permettre une résidence en resorts de luxe. Tant que la recherche médicale classera le Covid-19 comme une maladie mystérieuse qui n’a pas encore livré tous ses secrets, la notion de vacances scolaires sera transformée, le voyage ne sera plus accessible au commun des mortels.

En fait, c’est toute notre organisation quotidienne qui s’en trouve bouleversée. Un grand nombre de personnes ont découvert le travail à domicile avec cette pandémie. Avec le télétravail, nos réunions sont de plus en plus contrôlées, notre vie privée est de plus en plus exposée, nos propos sont de plus en plus mesurés et précis et notre rendement et nos heures de travail sont bien calculés.

Le secret médical est de moins en moins préservé, avec toutes les applications que nous téléchargeons et toutes les autorisations d’accès à nos données personnelles que nous cochons… Sans compter le système de traçage qui accompagnera désormais nos déplacements, nous faisant courir le risque d’un isolement ou d’une quarantaine au moindre contact suspect.

On le sait, nous allons cohabiter longtemps avec le coronavirus. On sait également que le monde post-confinement n’aura rien à voir avec celui de l’avant. Nous nous posons déjà beaucoup de questions, mais d’autres n’apparaîtront qu’avec le temps… Et d’autres aspects de notre vie seront affectés dans les mois et les années à venir.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte

devices

Accédez en illimité à l'ensemble de nos articles en vous abonnant pour seulement 1€

Accédez en illimité à l'ensemble de nos articles en vous abonnant pour seulement 1€

je m'abonne