Société

Les Marocains de l’étranger pourront-ils rentrer cet été ?

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Embarquement sur le ferry pour Tanger dans le port d'Algésiras, en Espagne, en juillet 2019.

Embarquement sur le ferry pour Tanger dans le port d'Algésiras, en Espagne, en juillet 2019. © Jorge Guerrero/AFP

Opération d’accueil Marhaba annulée, flou autour de la réouverture des frontières… Le coronavirus compromet les vacances au pays des Marocains résidant à l’étranger (MRE). Et accentue l’inquiétude des professionnels du tourisme.

L’été au Maroc rime avec le retour de centaines de milliers de citoyens vivant à l’étranger, profitant des grandes vacances pour retrouver leurs familles, leur pays de naissance ou d’origine. Mais cette année, la pandémie de Covid-19 pourrait impacter fortement ces retours, importants tant sur un plan humain qu’économique pour les Marocains.

Ce 22 juin, Nasser Bourita, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et des Marocains résidant à l’étranger (MRE) a ainsi fait savoir devant le Parlement que l’opération Marhaba (« Bienvenue ») serait annulée.

L’annonce a fait l’effet d’une douche froide. D’autant plus que l’espoir était de mise : des rumeurs insistantes circulaient au sujet de réunions avec les autorités espagnoles et la Direction de la marine marchande (DMM) avait affirmé début juin préparer cette opération Marhaba.

Tous les ans, sous ce sigle, les autorités marocaines soutiennent sur un plan logistique l’arrivée de centaines de milliers de « MRE » – Marocains résidant à l’étranger -, notamment par voie maritime, à travers le détroit de Gibraltar. Entre le 15 juin et le 15 septembre 2019, ils avaient été environ 2,5 millions à entrer dans le pays.

Tests PCR et quarantaine obligatoire

« L’opération telle qu’on la connait n’aura pas lieu, car nous n’avons pas entamé les préparations durant le mois d’avril, étant donné que les frontières européennes étaient fermées durant cette période », a expliqué le ministre. Cette année, les MRE qui veulent passer une partie de l’été au Maroc devront se plier à deux tests PCR et s’astreindre à une quarantaine obligatoire de neuf jours.

La principale crainte des autorités marocaines, qui ont tenu des réunions avec leurs collègues d’autres pays ces derniers jours ? Que les centres d’accueil, les tentes, les points de regroupements ou encore les distributions de bouteilles d’eau pour les MRE aux points d’entrée du royaume ne se transforment en clusters.

L’annonce du ministre agite les réseaux sociaux. « Pour moi comme pour la quasi-totalité de mes amis et de mes proches, le retour au Maroc l’été, c’est un moment très important, qu’on attend avec empressement », nous explique un jeune Marocain en France.

Mohamed Ezzouak, directeur du site Yabiladi, qui informe les Marocains de l’étranger, rappelle la dimension humaine du sujet : « L’été est un moment de fête de familles, de mariages, d’échanges importants pour un pays dont la diaspora est une composante essentielle. » « C’est compliqué pour nos parents attachés aux fêtes traditionnelles. Après un Ramadan bousculé, il va falloir faire une croix sur l’Aïd el-Kebir en famille… », soupire un Marocain qui a déjà prévu de rester en Europe cet été.

Des professionnels très inquiets

L’inquiétude gagne aussi les professionnels du secteur touristique, hôteliers et transporteurs en tête. « Le tourisme contribue à au moins 7 % du PIB marocain, rappelle l’économiste Nabil Adel. Et les MRE contribuent à hauteur de 45 % environ à l’industrie touristique. » Les retours des Marocains de l’étranger durant l’été constituent en effet une importante entrée d’argent pour le royaume.

Selon une étude de CDG Capital relative à l’impact de la crise sanitaire sur l’économie marocaine, les recettes touristiques et les transferts des MRE, qui font partie des principales sources de couverture du déficit commercial, seront très clairement affectés cette année : « Sur la base d’une hypothèse de recul de 50 % du solde voyage, de 30 % des transferts des MRE et d’une baisse des IDE, le flux net global émanant de ces trois sources devrait reculer de 54,5 milliards de DH [près de 5 milliard d’euros], à 87,3 milliards estimés pour l’année 2020. »

Je reçois beaucoup de messages, de questions… Nos concitoyens à l’étranger sont perdus »

Dans certaines régions, notamment dans le Nord, les professionnels du tourisme sont sous le choc, confie un acteur du secteur : les arrivées de Marocains d’Île-de-France et de Belgique sont très importantes pour l’économie locale. Des plans de licenciement et même des fermetures d’établissements sont à craindre, alors que le versement des indemnités d’arrêt temporaire d’activité pourrait prendre fin à la fin du mois de juin.

Voyageurs dans l’incertitude

Professionnels du tourisme, ministères des Affaires étrangères et de la Santé, Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME)… Les acteurs concernés par le sujet du retour des MRE ne préfèrent pas pour le moment s’étendre dans la presse et renvoient tous au discours de Nasser Bourita.

Les mesures de confinement prises dès le mois de mars ont été largement bien accueillies au Maroc et le gouvernement a tâché de communiquer au quotidien à ce sujet. Mais un certain flou entoure la période de déconfinement. Mohamed Ezzouak refuse d’émettre des critiques à brûle-pourpoint à l’égard d’autorités faisant face à un défi inédit et qui ont permis de contenir la pandémie.

Mais concernant la question des MRE, le directeur de Yabiladi constate : « Je reçois beaucoup de messages, de questions… Nos concitoyens à l’étranger sont perdus. Depuis la mi-juin, les compagnies aériennes proposent de nouveau des billets à la vente mais il n’y a toujours pas de date arrêtée pour la réouverture des frontières [fermées depuis mi-mars]. » Selon lui, la période de quarantaine de neuf jours a achevé de décourager jusqu’aux plus téméraires des MRE, qui séjournent habituellement deux semaines environ au Maroc.

Autre problème : les 30 000 voyageurs marocains toujours bloqués aux quatre coins du monde, qui attendent toujours de savoir quand et comment ils pourront rentrer chez eux. Les rapatriements ont débuté pour 1100 d’entre eux. Un dossier dont la gestion suscite de nombreuses critiques et qui complique encore plus la tâche du gouvernement.

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