BTP & Infrastructures

Doublement du budget, délais dépassés… À Kinshasa, le chantier des « sauts-de-mouton » s’embourbe

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Pont «saut-de-mouton» en construction sur le boulevard Mandela, à Kinshasa, le 26 février 2020.

Pont «saut-de-mouton» en construction sur le boulevard Mandela, à Kinshasa, le 26 février 2020. © Junior KANNAH / AFP)

Lancés il y a plus d’un an, les travaux censés désengorger les routes qui mènent vers l’Ouest et mettre un terme définitif aux embouteillages n’ont pour l’instant fait que les densifier.

Désengorger la capitale congolaise, tel était l’ambitieux objectif des « sauts-de-mouton », sortes d’échangeurs routiers permettant à deux voies de passer l’une par-dessus l’autre. Ils ont été lancés par le président Félix Tshisekedi dans le cadre de son programme des « 100 jours » correspondant à ses trois premiers mois au pouvoir.

D’une longueur pouvant aller jusqu’à 204 m, les édifices doivent avoir une durée de vie structurelle de cinquante ans.

Neuf sites, mais seulement sept chantiers

Sur le papier, neuf sites ont été retenus dans la métropole, d’un coût variant entre 1 et 4 millions d’euros, pour une enveloppe totale initiale de 20,5 millions d’euros – réévaluée mi-février à 46 millions de dollars américains par le vice-Premier ministre et ministre du Budget, Jean-Baudouin Mayo Mambeke – financée intégralement par l’État. Quatre sauts-de-moutons ont été attribués à Safricas Congo, dirigé par David Blattner, et les autres ayant été sous-traités à des entreprises chinoises, notamment CGC.

Mais, sur le terrain, on ne trouve que sept sauts-de-mouton en cours d’érection, et aucun d’entre eux n’a encore été livré, près d’un an et demi après l’arrivée du nouveau président. Sur les sites concernés (trois sur le boulevard Lumumba, la principale route vers l’aéroport international de N’Djili, deux sur le boulevard du 30-Juin, dans la commune huppée de la Gombe…), les chantiers empoisonnent une circulation déjà difficile dans cette ville de plus de 12 millions d’habitants.

Les structures, qui ont pour vocation non seulement d’embellir la capitale congolaise, mais aussi de fluidifier le trafic sur les grandes artères de Kinshasa en éliminant les embouteillages aux heures de pointe, ont pour l’instant l’effet inverse. Au grand dam de la population, qui ne voit pas l’évolution des travaux – aujourd’hui presque terminés, assurent les autorités, même si la « promesse ferme du gouvernement » de livrer ces structures avant le 30 juin, jour de la commémoration de l’indépendance, n’a pu être tenue.

Détournements de fonds

En cause de ce retard, des problèmes financiers liés à des détournements du budget du chantier – et de celui du reste du programme des cent jours. Le procès y afférant a déjà vu plusieurs personnalités du monde politique et économique et responsables des entreprises publiques jugés et condamnés.

Vital Kamerhe, le directeur de cabinet du président Tshisekedi, en détention provisoire depuis le début du mois d’avril, a ainsi écopé de vingt ans de travaux forcés, pour détournement et corruption, dans le cadre d’un autre volet du programme présidentiel de 100 jours, qui prévoyait la construction de maisons préfabriquées.

Dans le volet plus directement lié aux sauts-de-mouton, le directeur général de l’Office des voiries et drainages Benjamin Wenga et celui du fond d’entretien routier (Foner), Fulgence Lobota Bamaros, reconnus coupables de détournements des deniers publics, ont tous deux été condamnés à trois ans de travaux forcés. Modeste Makabuza, patron de Société congolaise de construction (Sococ), reconnu coupable de complicité de détournement, a quant à lui écopé d’un an des travaux forcés.

« Dans le cadre du procès des 100 jours, les arrestations à la tête des deux grandes régies de travaux de l’État ont retardé l’exécution des travaux. Et il y a eu aussi le confinement causé par la pandémie de coronavirus, qui a perturbé le travail des ouvriers », explique Jean-Baudouin Mayo Mambeke, qui assure avoir reçu l’instruction du chef de l’État « de tout faire pour finir ces travaux », pour l’exécution desquels il assure que tous les fonds nécessaires ont été débloqués.

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