Capital-investissement

Maroc : pourquoi Moncef Belkhayat fait le choix du capital-investissement

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Siège de Dsilog, à Casablanca (Maroc).

Siège de Dsilog, à Casablanca (Maroc). © Dislog

Pour financer le développement de son holding familial et de son navire amiral Dislog, l’ancien ministre marocain fait depuis quinze ans le choix d’ouvrir son tour de table à des fonds d’investissements. Un choix qui se révèle payant.

Moncef Belkhayat a bouclé le 22 juin le rachat de Fater Maroc, leader national de la production de l’eau de javel avec les marques « Ace » et « Javel Lacroix ». Pour 232 millions de dirhams, le groupe devient l’un des producteurs les plus importants sur le Maghreb et l’Asie du Sud.

« Avant de racheter Fater, nous avons voulu préparer un écosystème pour constituer un pôle industriel complet à Mohammedia autour de cette nouvelle usine. Nous avons ainsi acheté l’entreprise Soft Wave, un spécialiste des produits cosmétiques et produits de nettoyage », nous explique Moncef Belkhayat. Avec l’acquisition de la filiale marocaine du géant italien Fater, Dislog Group aura finalisé son plan de réorganisation entamé il y a un an.


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« Nous avons été l’un des groupes les plus dynamiques du Maroc en 2019, un exercice charnière de notre histoire, qui nous a fait passer d’une division locale à la champion’s League  », s’amuse à dire Moncef Belkhayat. Avec le holding familial H&S Invest qu’il dirige, l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, aujourd’hui âgé de 50 ans, est même parti à l’assaut du marché singapourien en prenant une participation dans Link Edge, distributeur de Procter & Gamble (P&G) sur place.

Présent dans la distribution, l’entreposage, la communication et les médias, H&S Invest a réalisé en 2019 un chiffre d’affaire de 3 milliards de dirhams. « Le groupe aujourd’hui a multiplié la valeur pour l’actionnaire par 300 », assure le dirigeant.

Plus onéreux, mais plus souple que le système bancaire

« Notre ADN est celui d’un distributeur et d’un logisticien, mais nous avons réussi à maîtriser l’ensemble de la chaîne de valeur d’un produit de grande consommation en nous mettant à produire nos propres marques. Pour ce faire, nous avions besoin de capitaux frais », explique Moncef Belkhayat, qui a pris l’habitude d’accueillir des fonds d’investissements dans son tour de table, un choix rare au Maroc.

Nous avons réussi à garder le contrôle après chaque ouverture du capital

En juin 2019, SPE AIF I a ainsi injecté 240 millions de dirhams dans le capital de H&S Invest pour développer le pôle industriel du groupe, et l’ancien ministre – qui a définitivement quitté la politique pour se concentrer sur le business – affiche l’ambition d’investir 400 millions de dirhams dans les douze prochains mois et de créer 700 nouveaux emplois.

« Les fonds d’investissements nous ont beaucoup aidés : ils nous ont permis de progresser selon une courbe en escalier. Ça a bien fonctionné pour nous », commente le dirigeant, selon lequel la présence de ces « capital-risqueurs » a permis à son entreprise d’aller chercher la croissance qu’elle voulait, mais aussi de prendre le temps de se consolider quand il le fallait.

Moncef Belkhayat, dans les locaux de Building Logistics à Bouskoura, en 2014

Moncef Belkhayat, dans les locaux de Building Logistics à Bouskoura, en 2014 © Guillaume Mollé

« Le plus important, c’est que nous avons réussi à garder le contrôle après chaque ouverture. Même si ça coûte plus cher que de passer par le système bancaire, les fonds d’investissements sont une nécessité quand on fait le choix du développement », estime Moncef Belkhayat.

Pas d’IPO dans l’immédiat

C’est en 2007 que Moncef Belkhayat accueille le premier fonds d’investissement, le fonds CNAV I, qui appartenait à l’époque au groupe BMCE Bank. Il s’agissait alors pour cet ancien Procter & Gamble de répondre à l’opportunité qui se présentait d’acquérir le distributeur de la multinationale américaine, Comunivers, pour 21 millions de dirhams. C’est ainsi que Dislog est devenu le distributeur exclusif des produits P&G sur tous les segments au Maroc. En 2011, et « après une belle valeur ajoutée », selon notre interlocuteur, le fonds décide de sortir. La famille Belkhayat reprend ses parts pour se retrouver propriétaire à 100 % du capital pour les trois années qui vont suivre.

Je n’ai jamais regretté les prises de participation des fonds d’investissements dans le capital de notre groupe

En 2014, nouvelle expansion pour diversifier les secteurs de présence. Pour financer ce nouveau virage, CNAV II, devenu Amethis Maghreb fund I, et le fonds BMCI Finances, filiale de BMCI BNP Paribas, injectent 65 millions de dirhams et prennent 12 % du capital. Un apport qui permet au groupe d’acquérir Building Logistics, à Bouskoura, l’une des plateformes les plus performantes du pays. Celle-ci gère 40 millions de dollars de marchandises avec des grandes marques internationales comme Samsung, Mars, ou encore Nivea et Duracell. Des produits qui sont distribués grâce à une flotte de 800 camions. En juin 2019, la famille Belkhayat rachète les parts détenues par les deux fonds d’investissements pour redevenir le seul maître à bord.

« Je n’ai jamais regretté les prises de participation des fonds d’investissements dans le capital de notre groupe. Ce sont des décisions mûrement réfléchies avec les équipes ici, qui sont excellentes », explique l’entrepreneur, qui n’exclut pas une autre ouverture de capital dans les prochaines années.

S’il n’exclut pas l’idée de passer pour ce faire par la Bourse de Casablanca, Moncef Belkhayat temporise, estimant que « la BVC ne permet pas pour l’instant d’optimiser la création de valeurs pour nous ni pour les nouveaux actionnaires ». «Nous sommes prêts, mais la bourse ne l’est pas, donc nous préférons attendre », conclut-il.

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