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Tarik Senhaji : « Le co-investissement est inscrit dans l’ADN de Wessal Capital »

Tarik Senhaji est le directeur général du Fonds marocain de développement touristique (FMDT). DR ©

En l'espace de seulement deux mois, le fonds touristique Wessal Capital a annoncé le lancement de deux méga projets touristiques et urbains au Maroc. "Jeune Afrique" a rencontré Tarik Senhaji, administrateur du fonds.

Le fonds touristique Wessal Capital a annoncé le lancement de deux méga projets touristiques et urbains au Maroc, en l’espace de seulement deux mois. Le premier, Wessal Casablanca Port, porte sur un investissement de 6 milliards de dirhams (534 millions d’euros). Le second à Rabat, Wessal Bouregreg, qui vise à remodeler la vallée du Bouregreg, nécessitera des investissements de l’ordre de 8,7 milliards de dirhams (774 millions d’euros).

Wessal Capital syndique quatre fonds souverains de la région du Golfe : Aabar des Émirats, Al Ajial du Koweit, Qatar Holding et le Saoudien Public Investment Fund, qui vient tout récemment de rejoindre le tour de table du fonds. Des investisseurs de haut vol qui ont mis chacun 500 millions d’euros aux côtés d’un sponsor marocain : le Fonds marocain de développement touristique (FMDT), autorité publique chargée de piloter les investissements touristiques dans le pays et actionnaire à 20% de Wessal Capital.

Directeur général du FMDT et représentant de l’État marocain dans le conseil d’administration du fonds touristique, Tarik Senhaji, nous parle de cette expérience, du mode opératoire du fonds et de ses futurs projets.

Propos recueillis par Mehdi Michbal, à Casablanca.

À sa création, Wessal Capital disposait déjà de 2 milliards d’euros. C’est une première au Maroc…

Effectivement. Aujourd’hui c’est le plus important fonds de fonds souverain du continent. L’accord initial signé en novembre 2011 regroupait, côté marocain, le FMDT, et trois fonds souverains du Golfe (Aabar des Émirats, Al Ajial du Koweit et Qatar Holding). Nous avons été rejoints récemment par le saoudien Public Investment Fund, qui est entré au tour de table avec 500 millions d’euros.

C’est une approche assez novatrice qui nous a permis de mobiliser de grands investisseurs, qui peuvent désormais participer à des projets dans le secteur touristique au Maroc, sans se soucier du côté opérationnel. Dans le passé, ces investisseurs ne venaient pas dans le pays parce qu’ils ne trouvaient pas des projets de taille suffisante. Ils devaient aussi fournir beaucoup d’efforts pour s’adapter à l’environnement local. Ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, grâce à ce véhicule.

Le tour de table est-il fermé, ou comptez-vous faire participer de nouveaux partenaires ?

Wessal Capital reste ouvert à tous les investisseurs. C’est dans son génome. Nous sommes très intéressés par des partenariats à deux niveaux : des injections dans le capital de Wessal ou des co-investissements dans les projets que nous lançons. Nous n’avons pas une approche arrogante, nous sommes ouverts à toutes les initiatives.

Nous encourageons toutes les initiatives de co-investissement. C’est inscrit dans notre génome.

Concrètement, comment Wessal mène ses projets ? Créez-vous des sociétés dédiées ou prenez-vous des participations dans des sociétés déjà existantes ?

Pour chacun des investissements, Wessal crée des sociétés projet. Ca permet d’avoir une bien meilleure gouvernance. Ça permet aussi de faire des montages financiers très intéressants une fois les actifs arrivés à maturité. Cela peut aller de simples introductions en bourse à des financements structurés ou des techniques de titrisation qui permettent de tirer profit de l’effet portefeuille de Wessal.

Quel est l’horizon d’investissement du fonds ?

La période d’investissement est de 10 ans. Et les modalités de sortie sont fixées au niveau de chaque société-projet.

Comptez-vous ouvrir le capital de ces sociétés à d’autres investisseurs ?

Bien sûr. Nous sommes pour l’instant actionnaires à 100% des deux sociétés qui portent les projets de Casablanca et de Rabat. Nous encourageons toutes les initiatives de co-investissement. C’est inscrit comme je vous l’ai dit dans notre génome.

Pour l’instant, les deux seuls projets que vous avez lancés portent sur du développement territorial, notamment à Casablanca et à Rabat. Peut-on dire que c’est une spécialité de Wessal ?

Notre vocation, c’est de lancer des projets structurants qui ont un impact sur la destination Maroc. Wessal Capital est intégré dans une vision globale de développement territorial et touristique, qui tienne compte de l’environnement et de la culture. Pour ce type de projets structurants, il est important aussi d’avoir une action fédératrice, impliquant tous les intervenants : État, collectivités locales, secteur privé… Chose que nous avons grâce au support du roi Mohammed VI, qui a été l’initiateur de ce fonds.

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À Rabat, le projet Wessal compte complètement remodeler la face de la vallée de Bouregreg. Qu’en est-il du projet Bab Al Bahr lancé en 2009 ? Votre projet vient-il le remplacer ?

Au contraire, ce sont deux projets complémentaires. Bab Al Bahr a été lancé en 2009, avec la réalisation notamment d’une marina sur la rive slaouie (côté Salé) du Bouregreg. C’est un projet qui a participé à l’animation de la ville. Nous considérons cela comme une première séquence du développement de la vallée du Bouregreg. Wessal est plutôt impliqué dans la deuxième séquence, qui va faire le lien entre les deux rives. Nous voulons créer un espace de vie et de culture pour les familles de Rabat et de Salé.

Justement, le projet a une forte composante culturelle : musée, théâtre, maisons de la culture… Pensez-vous que l’investissement culturel soit rentable au Maroc ?

La culture est un moyen de valorisation très important pour la destination Maroc. Selon plusieurs études, 39% des touristes qui viennent au Maroc sont attirés par la culture du pays. Développer ce genre de projets permet aussi une incroyable valorisation des actifs. Prenez l’exemple de Bilbao qui, il y a à peine quinze ans, n’était pas visible sur la carte du tourisme mondial. Après la construction du Guggenheim, musée construit sur une usine désaffectée, le prix du résidentiel a augmenté de 500% en l’espace de 5 ans, et les arrivées touristiques dans la ville ont été multipliées par six.

Il y a 15 ans, Bilbao n’était pas visible sur la carte du tourisme mondial. Après la construction du Guggenheim, les arrivées touristiques dans la ville ont été multipliées par six.

Vous avez annoncé lors de la création du fonds en 2011 la réalisation de deux projets touristiques au Maroc : une station cinématographique à Ouarzazate et une station de ski à Oukaimeden, près de Marrakech. Où en êtes-vous actuellement ?

Ces projets étaient annoncés à titre d’exemple. Wessal dispose aujourd’hui de 2,5 milliards d’euros. Cela nous donne une assise financière intéressante pour mener de grands projets structurants. Et notre ambition ne s’arrête pas là. Les projets que vous avez cités en font partie, mais ne sont pas à l’ordre du jour actuellement.

Wessal Capital a été lancé par l’ex-ministre du Tourisme Yassir Znagui, devenu aujourd’hui conseiller royal. Joue-t-il toujours un rôle dans la vie du fonds ?

Le fonds Wessal Capital est une initiative du roi Mohammed VI, qui voulait créer un véhicule d’investissement dans un esprit de coopération sud-sud. Yassir Znagui est aujourd’hui son conseiller. Il est donc de toute évidence impliqué dans les projets que le fonds mène.

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