Sécurité

Cameroun : retour progressif à la normale à Buea, Bamenda toujours « ville morte »

| Par - à Yaoundé
Mis à jour le 24 juin 2020 à 11h45
Une vue de Buea, au Cameroun, en octobre 2017 (illustration).

Une vue de Buea, au Cameroun, en octobre 2017 (illustration). © ALEXIS HUGUET / AFP

La capitale régionale du Sud-Ouest perd progressivement les allures de villes fantômes dont elle se revêtait tous les lundis depuis bientôt 4 ans. Signe d’une baisse d’intensité des violences dans cette région qui contraste avec la tension qui règne toujours dans le Nord–Ouest voisin.

Ce lundi, jour traditionnel de « ville morte » imposé par les milices sécessionnistes depuis fin 2016, taxis et badauds ont repris possession des rues de Buea. Pour la troisième semaine consécutive depuis l’allègement des mesures barrières liées au Covid-19, les activités ont repris au pied du Mont Cameroun. Timidement, certes, mais on est loin des artères désertes observées chaque lundi ces trois dernières années.

« Ce n’est pas encore la grande affluence, mais ça revient progressivement », assure Eleanore, une étudiante qui a décidé de se rendre, lundi, sur le campus de l’université de Buea, où les cours se sont déroulés normalement. « Ce matin, les gens ont mis un peu de temps à sortir, parce qu’il y a toujours des craintes. Mais au fil de la journée, de plus en plus de monde s’est mis à sortir, à occuper les rues », explique l’étudiante. Sur l’avenue Molyko, principale voie commerçante de la ville, la majeure partie des boutiques sont restés ouverts toute la journée. Mais à quelques encablures de là, les vendeurs des marchés n’ont pas déballé leurs étals, préférant prudemment rester fermés.

« Opérations contre-productives »

Décrétées au début de la crise par les séparatistes, les journées « ghost town » (villes mortes) ont été particulièrement suivies, suspendant littéralement toute vie économique et sociale dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du reste du pays. Pendant ces périodes, aucune activité n’était autorisée, la circulation était interdite et les habitants appelés à se calfeutrer chez eux,  par les groupes armés qui promettaient des représailles à l’encontre de tous ceux qui se risqueraient à ne pas respecter le mot d’ordre.

Et les habitants de Buéa ne sont pas les seuls à braver, désormais, les interdits édictés par les séparatistes, preuve de la baisse d’intensité des violences dans la région du Sud-Ouest. À Limbe, sur la côte, les boutiques et les restaurants étaient ouverts ce lundi. À Kumba,  à 70 kilomètres au nord de Buea, en revanche, l’atmosphère était encore très calme. Seules quelques rares échoppes de quartier ont fait fi de l’appel à la « journée morte ».

« Ces opérations sont devenus contre-productives », concède Me Agbor Balla, avocat qui compte parmi les leaders anglophones ayant approuvé ce mode de revendication au début de la crise. Désormais, l’activiste milite au contraire pour mettre un terme à ce mode d’action. « Les populations sont les premières victimes de ces journées. Il est clair que les gens sont fatigués. Voilà pourquoi les populations ne les respectent plus, juge-t-il. Et ceux qui se plient encore aux injonctions de fermeture ne le font que par peur des représailles, plus du tout par adhésion. »

Bamenda, ville toujours morte

Des commerces fermés lors des villes mortes, en octobre 2019.

Des commerces fermés lors des villes mortes, en octobre 2019. © Franck Foute pour JA

À Bamenda, dans la région voisine du Nord-Ouest, les villes mortes sont toujours scrupuleusement respectées. De Commercial-Avenue, la principale artère de la ville, aux quartiers populaires, pas âme qui vive dans les rues. Seule exception notable, l’enclave sécurisée d’Up Station, le quartier où sont concentrés les locaux des services administratif, sous la protection de la base de la 5ème région militaire.

Et au désert des rues de Bamenda fait écho la tension toujours pesante qui sévit dans la région. Car, contrairement au calme relatif observé dans le Sud-Ouest, la région du Nord-Ouest est le théâtre de violences récurrentes. Mais si les milices sécessionnistes y sont toujours très actives, le mouvement semble cependant avoir été largement affaibli par les opérations régulières menées ces dernières semaines par l’armée camerounaise. « La pacification complète de la région est imminente », assure même à Jeune Afrique une source militaire.

À Yaoundé, le pouvoir pense d’ailleurs déjà à l’après. Nommé il y a trois mois au poste de Coordonnateur national du Plan de reconstruction et de développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, le ministre Paul Tasong a engagé une mission de sensibilisation des autorités et des populations de ces zones sur les actions qui seront entreprises. Et pour sa première visite sur le terrain, il a choisi Bamenda, ce lundi.

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