Politique

Tunisie : la nouvelle garde rapprochée de Rached Ghannouchi

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Rached Ghannouchi, président de l'ARP, dans son bureau, le 21 février 2020.

Rached Ghannouchi, président de l'ARP, dans son bureau, le 21 février 2020. © Nicolas Fauqué / www.imagesdetunisie.com

Rached Ghannouchi bataille pour prolonger son mandat à la tête d’Ennahdha et asseoir l’influence de son parti au sein de l’ARP, qu’il préside. Sur qui peut-il s’appuyer ? Revue de ses troupes.

Président de l’Assemblée des représentants du Peuple (ARP) et d’Ennahdha, qu’il a fondé, Rached Ghannouchi, 79 ans, est l’un des hommes les plus en vue en Tunisie, mais aussi l’un des plus clivants. Alors que la fin de son mandat approche, il peine à céder les rênes du parti. Malgré les controverses internes, il avance ses pions afin que le règlement intérieur soit amendé, pour lui accorder un délai supplémentaire.

Au delà de ses ambitions personnelles, il est convaincu d’être l’homme du consensus. Il s’estime indispensable au maintien de la cohésion d’Ennahdha, mais peine à accorder les violons politiques dans l’hémicycle. Sur la brèche, Rached Ghannouchi bataille sur ces deux fronts, entouré de ses intimes, des membres de la famille et de proches qui ont su lui prouver leur fidélité.

Habib Kheder

Habib Khedher, directeur de cabinet du président de l'ARP, Rached Ghannouchi.

Habib Khedher, directeur de cabinet du président de l'ARP, Rached Ghannouchi. © Sami Mlouhi/Wikipédia

Rached Ghannouchi a créé un cabinet du président du Parlement, dirigé par son neveu, Habib Kheder, 49 ans. Cet avocat, qui a rejoint les rangs d’Ennahdha en 1991, a été député lors des deux précédentes législatures et rapporteur général de la Constitution lors de sa rédaction, de 2011 à 2014.

Il s’était fait remarquer en ajoutant ses propres modifications lors des premières moutures de la loi fondamentale. Sa nomination au Bardo, avec rang de ministre, a provoqué un tollé, mais son oncle le considère comme indispensable : il veille sur lui et le seconde.

Meherzia Labidi Maïza

Cette ancienne constituante de 56 ans été la première femme vice-présidente de l’Assemblée. Elle forme encore aujourd’hui un binôme avec Noureddine Bhiri pour l’encadrement du groupe parlementaire d’Ennahdha. Sa connaissance des rouages et des procédures la rendent indispensable aux yeux de Ghannouchi.

Avant qu’elle ne retrouve son siège de député, Meherzia Labidi Maïza a été membre de son cabinet à l’ARP en tant que conseillère chargée des relations internationales.

Mouadh Ghannouchi

Le président d'Ennahdha, en octobre 2014, à Tunis. Rached Ghannouchi, et son fils Mouadh

Le président d'Ennahdha, en octobre 2014, à Tunis. Rached Ghannouchi, et son fils Mouadh © Fethi Belaid/AFP

Très discret, cet homme de 39 ans est le fils de Rached Ghannouchi, qui aimerait bien lui passer le relais. Même si ce docteur en économie, diplômé de l’université de Londres, n’en a jamais exprimé le souhait.

Mouadh Ghannouchi est l’homme de confiance de son père, qui lui a confié la gestion de ses affaires personnelles, mais également dévoilé les rouages d’Ennahdha au point d’en faire, pendant un temps, son directeur de cabinet au sein du parti.

Rompu aux relations internationales, il accompagne souvent Ghannouchi lors de ses déplacements, comme au Sommet de Davos en 2012, où il a fait sa première apparition à ses côtés.

Noureddine Bhiri

Avocat et député de 61 ans, il est l’un des bretteurs les plus irréductibles d’Ennahdha, dont il fait partie depuis 1977 et dont il préside le groupe parlementaire à l’ARP. Au fil des ans, il a gagné la confiance de Rached Ghannouchi, qu’il soutient envers et contre tout.

Constituant puis ministre de la Justice, il s’est distingué par sa mainmise sur ce département et sur le Conseil supérieur de la magistrature. Cette mission de noyautage a conforté la relation de confiance entre les deux hommes, au point que Bhiri est considéré comme les yeux et les oreilles de Ghannouchi au Parlement et auprès des autres partis.

Rafik Abdessalem

Rafik Abdessalem, ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, lors d'un rassemblement d'Ennahdha, à Tunis, en janvier 2018.

Rafik Abdessalem, ancien ministre tunisien des Affaires étrangères, lors d'un rassemblement d'Ennahdha, à Tunis, en janvier 2018. © Chedly Ben Ibrahim/NurPhoto/AFP

Ce docteur en politique et relations internationales de 52 ans est pour Rached Ghannouchi, dont il est le gendre, aussi embarrassant qu’utile. Ministre des Affaires étrangères de 2011 à 2013, l’époux de Soumaya, la cinquième enfant de la fratrie Ghannouchi, a été au cœur du Sheraton Gate, un scandale lié au détournement d’un don japonais viré sur son compte en banque, doublé d’une affaire de mœurs.

Mis à l’écart, il n’en demeure pas moins un membre de la Choura, le conseil consultatif d’Ennahdha, régulièrement consulté par son beau-père. Ancien chef du département de recherche au centre d’études de la chaîne de télévision Al Jazeera, il a ses entrées auprès des médias qataris.

Saïd Ferjani

Député de la circonscription de Kairouan et cadre d’Ennahdha, ce membre du Conseil de la choura de 65 ans est l’homme des missions confidentielles de Rached Ghannouchi. Il a plus d’une fois fait office d’émissaire de ce dernier. Il est d’ailleurs l’un de ceux dont le président d’Ennahdha a soutenu la candidature aux législatives de 2019.

Il a beau paraître comme un élu bien tranquille, Saïd Ferjani tire à boulets rouges sur les réseaux sociaux, aussi bien sur l’ancien chef du gouvernement Youssef Chahed, que sur le président de la République, Kaïs Saied. Ses interventions, même personnelles, sont considérées comme un indicateur de tendance en ce qui concerne la direction d’Ennahdha.

 

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