Politique

Mali : démonstration de force de la coalition réclamant le départ d’IBK

| Par et
Mis à jour le 19 juin 2020 à 22h54
Des manifestants, lors du rassemblement réclamant la démission du président IBK, à Bamako le 19 juin 2020.

Des manifestants, lors du rassemblement réclamant la démission du président IBK, à Bamako le 19 juin 2020. © REUTERS/Matthieu Rosier

Bamako a, une nouvelle fois, été le théâtre d’une démonstration de force de la coalition qui réclame la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta. Plusieurs dizaines de milliers de personnes ont répondu à l’appel de l’imam Dicko et des leaders du Mouvement du 5 juin.

Comme la semaine dernière, la manifestation a démarré après une prière célébrée place de l’Indépendance, à Bamako. Sous un soleil de plomb, ils étaient des dizaines de milliers à avoir répondu à l’appel de la coalition qui réclame le départ du chef de l’État, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK). Après avoir entonné l’hymne national, les manifestants ont brandi des pancartes des pancartes, sur lesquelles on pouvait lire « IBK dégage » ou encore « La dictature ne passera pas », et écouté les discours des leaders de la contestation.

Refus de la main tendue

Quand son tour est venu de prendre la parole, l’imam Mahmoud Dicko, devenu la principale figure de la contestation, a électrisé la foule. »IBK n’a plus la santé physique nécessaire » pour continuer à présider le Mali, a-t-il lancé. « Je lui ai dit qu’il doit écouter le peuple, sinon il risque de partir de la mauvaise manière », a-t-il ajouté, avant de réitérer son refus de la main tendue par le président malien dans son discours de mardi.

« On tend la main à quelqu’un qui est loin de soi. Lorsqu’on est près de quelqu’un, on n’a pas besoin de lui tendre la main. Cela veut dire qu’il n’est pas proche de son peuple », a insisté Mahmoud Dicko. « Avec tout le respect que je lui dois, il n’a pas répondu aux préoccupations soulevées », a-t-il jugé.

L’imam a ensuite indiqué avoir demandé à des représentants du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques » (M5-RFP), qui regroupe des partis politiques et des organisations de la société civile, de se rendre au palais de Koulouba pour remettre une « déclaration du peuple malien » au chef de l’État. Les signataires s’y disent notamment prêt à « maintenir la mobilisation de toutes les forces vives de la nation jusqu’à la démission du président Ibrahim Boubacar Keïta et de son régime ».

Heurts près du palais présidentiel

Parmi ces émissaires figuraient Issa Kaou Djim, de la Coordination des mouvements, associations et sympathisants de l’imam Mahmoud Dicko (CMAS), Choguel Maïga, du Front de sauvegarde de la démocratie (FSD), et Clément Dembélé, président de la Plateforme contre la corruption et le chômage.

Plusieurs manifestants ont emboîté le pas à cette délégation, les suivant en direction de Koulouba. Mais, quand ils sont arrivés au pied de la colline où se situe le palais présidentiel, les forces de l’ordre ont fait barrage. La foule a tenté de forcer le passage, des heurts ont éclaté et la police a utilisé des gaz lacrymogènes.

Pendant ce temps, l’essentiel des manifestants attendait, sur la place de l’Indépendance, le retour des émissaires du M5-RFP. En fin d’après-midi, ceux-ci n’étant toujours pas de retour, Mahmoud Dicko leur a demandé de rentrer chez eux, promettant qu’un communiqué serait bientôt diffusé pour indiquer la position des leaders du mouvement.

Montée des tensions

Ni les échanges du président avec les organisations de la société civile, partis politiques et leaders religieux, ni les mesures qu’il a annoncées n’ont suffi à apaiser les tensions.

Mardi, IBK avait ordonné l’application de l’article 39 qui permettrait de mettre fin à la grève des enseignants, la formation d’un gouvernement d’union nationale et l’ouverture de discussions autour de l’Assemblée nationale, dont la légitimité est contestée par les manifestants.

La réponse des leaders du Mouvement du 5 juin, qui regroupe des partis politiques et organisations de la société civile, ne s’est pas faite attendre. Lors d’une conférence de presse, mercredi, l’imam Mahmoud Dicko, l’une des figures de la contestation a enfoncé le clou : « IBK n’a pas tiré la leçon, il n’écoute pas les gens (…) Cette fois-ci, il va comprendre ». Ces derniers jours, le mouvement est aussi galvanisé par des personnalités politiques de premier rang comme les anciens Premiers ministres Modibo Sidibé et Cheick Modibo Diarra.

La Cedeao à la rescousse

Inquiète de voir la case du voisin malien brûler, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a dépêché des émissaires à Bamako afin de tenter un médiation. La délégation, qui comprend les ministres des Affaires étrangères du Nigeria, Geoffrey Onyeama, du Niger, Kalla Ankourao, et de la Côte d’Ivoire, Ally Coulibaly, ainsi que le président de la Commission de la Cedeao, Jean-Claude Kassi Brou, a rencontré tous les protagonistes. Elle a également été reçue à Koulouba par IBK et a échangé avec le Premier ministre, Boubou Cissé, reconduit à son poste le 11 juin.

Les émissaires de la Cedeao ont également longuement échangé avec les leaders de la contestation dans un hôtel de la capitale. « La Cedeao est venue s’enquérir de nos motivations. Nous leur avons dit ce pour quoi nous nous battions. Le mot d’ordre n’a pas changé », a résumé l’ancien ministre Mountaga Tall après la rencontre.

« Nous les avons écoutés attentivement et leur avons dit que nous avons le souci de la paix et de la stabilité dans notre pays et au-delà de ses frontières. C’est pourquoi nous pointons du doigt le responsable de l’instabilité de nos pays : Monsieur Ibrahim Boubacar Keïta et sa gestion calamiteuse. Nous avons demandé aux responsables de la Cedeao d’aider le peuple malien à ce qu’il quitte le pouvoir », a pour sa part expliqué Oumar Mariko, secrétaire général du parti Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (Sadi).

Dialogue impossible

Les positions semblent désormais inconciliables et l’offre de dialogue du président est restée lettre morte. Le Mouvement du 5 juin n’a en effet assisté à aucune des rencontres qu’il a initiées. L’élection des députés, qui a suscité une vague de manifestations à travers le pays, a été l’élément déclencheur de ces manifestations, sur fond d’insécurité et de scandales de corruption.

Dans une déclaration rendue publique jeudi, des députés réunis au sein du Club des députés du peuple ont estimé que « la dissolution de l’Assemblée nationale contribuerait à une généralisation de la crise » et demandé la création d’une commission de sages afin de discuter avec les candidats malheureux. Ces députés ont par ailleurs demandé la démission de la présidente de la Cour constitutionnelle, Manassa Danioko, très critiquée par les manifestants qui lui reprochent d’avoir proclamé des résultats favorables au parti au pouvoir.

Dans un communiqué publié vendredi dans la soirée, à l’issue de la manifestation, la Cedeao « invite » d’ailleurs le gouvernement malien à « reconsidérer les résultats de toutes les circonscriptions ayant fait l’objet de révision par l’arrêt de la Cour constitutionnelle » qui a été le déclencheur de la vague de contestation. L’organisation régionale estime également que « de nouvelles élections partielles dans les circonscriptions concernées devraient être organisées dans les meilleurs délais ».

Par Baba Ahmed (à Bamako) et Aïssatou Diallo

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