Transport aérien

Salariés, privilèges, réseau… : Royal Air Maroc se prépare au grand chambardement

Réservé aux abonnés | | Par - à Casablanca
Mis à jour le 19 juin 2020 à 10h18
Un Boeing 787-8 Dreamliner de la flotte de la Royal Air Maroc (RAM).

Un Boeing 787-8 Dreamliner de la flotte de la Royal Air Maroc (RAM). © Boeing

La relance de la RAM dépendra de l’appui financier du gouvernement, mais ce dernier exigera des contreparties quant aux effectifs et aux charges de fonctionnement de la compagnie. En attendant, la campagne de dépistage de ses salariés vient de démarrer.

À Royal Air Maroc, qui a lancé le 17 juin une campagne de dépistage au Covid-19 à l’aéroport Mohammed V et au siège de Casablanca, les salariés rencontrés admettent vivre un stress persistant, qui n’a que peu à voir avec le test du coronavirus. Après trois mois de télétravail, les équipes de la RAM ont commencé à revenir sur site le 11 juin mais demeurent dans une profonde incertitude quant à leurs emplois.

Et pour cause, dans son allocution devant les parlementaires la semaine dernière, Nadia Fettah, la ministre du Tourisme, de l’Artisanat et du Transport aérien, a laissé entendre qu’une campagne de licenciement n’était pas à écarter.

« Nous sommes dans une situation exceptionnelle et la compagnie a extrêmement besoin de l’aide de l’État », nous confie une source chez le transporteur, dont les revenus (1,5 milliard d’euros en 2018) étaient en progression régulière de 6-7 % par an ces dernières années.

Une restructuration nécessaire

L’avenir de la RAM dépend de la loi de finances rectificative que le gouvernement doit présenter prochainement au Parlement. Mais il semble déjà clair, que Abdelhamid Addou, le PDG de l’entreprise, devra réviser ses plans d’expansion évoqués ces dernières années, lui qui espérait un jour rapprocher Royal Air Maroc de la taille de l’Ethiopian Airlines.

Selon une source proche du dossier, le gouvernement va conditionner sa subvention à une restructuration des équipes et du fonctionnement du transporteur, alors qu’un retour à la normal de l’activité n’est prévu avant deux ans. « La RAM ne transportera pas huit millions de voyageurs, comme l’an dernier, avant au moins 2022. Elle n’aura donc pas besoin de faire tourner les cinquante-neuf avions dont elle dispose. C’est une question de rentabilité et d’équilibre financiers », décrypte un connaisseur du groupe.

En plus de tailler dans ses effectifs, la RAM doit aussi repenser ses charges

La RAM devra donc revoir la taille de sa flotte et par conséquent de ses effectifs, notamment le personnel navigant. Pour le moment, rien ne filtre quant au nombre d’emplois en jeu, mais l’ampleur des coupes dépendra en toute logique du montant de l’enveloppe que l’État mettra à la disposition de la compagnie.

« En plus de tailler dans ses effectifs, la RAM doit aussi repenser ses charges », nous explique une source proche du dossier, qui pointe les monstrueux avantages accordés aux pilotes, mais aussi et surtout aux représentants de la compagnie à l’internationale. « Les bureaux de représentation de la RAM lui coûtent énormément cher et des questions se posent sur la pertinence de leur existence à l’air du digital et du tout numérique », explique notre interlocuteur.

Rapatriement des Marocains à l’étranger

La RAM a lancé le 17 juin 2020 une campagne de dépistage au Covid-19 à l’aéroport Mohammed V et au siège de Casablanca.

La RAM a lancé le 17 juin 2020 une campagne de dépistage au Covid-19 à l’aéroport Mohammed V et au siège de Casablanca. © Karim Tibari

En attendant la formalisation du plan de relance, l’entreprise publique est fortement sollicitée ces derniers jours pour le rapatriement des quelque 30 000 Marocains encore bloqués à l’étranger par la pandémie, avec une douzaine de vols réalisés depuis l’Espagne ces derniers jours et, depuis le 16 juin, une quinzaine de trajets entre Istanbul et Tétouan (au nord du Maroc).

« L’opération va se poursuivre dans les prochains jours pour les Marocains bloqués en France, avant que cela ne concerne le reste du continent européen et les pays du Golfe », nous confie une source chez le transporteur national.

Dans le même temps, la campagne de dépistage des salariés – décidée à la suite d’instructions royales et accompagnée par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) – se poursuit. Au total, plus de 51 000 tests ont déjà été réalisé dans plusieurs entreprises du royaume. Selon la CGEM, plus de 400 000 salariés sont inscrits sur la liste de dépistage et pour 40 000 tests quotidiens prévus.

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