BTP & Infrastructures

Construction : quand le suisse Sika se rêve en « champion » au Maroc

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Sika a travaillé sur plusieurs grands chantiers au Maroc, dont celui du le pont à haubans Mohammed VI.

Sika a travaillé sur plusieurs grands chantiers au Maroc, dont celui du le pont à haubans Mohammed VI. © Wikipedia

Le spécialiste de la chimie de la construction a lancé dans le royaume une offensive d’envergure en rachetant Sodap Maroc. Ses positions couvrent l’ensemble du pays, portant un rude coup à la concurrence.

Au Maroc, le secteur du BTP vit une période difficile du fait de l’état d’urgence sanitaire qui aura duré presque trois mois. La difficulté d’approvisionnement et l’absence de la main d’œuvre ont ralenti l’ensemble des chantiers en cours. L’activité aurait baissé de plus de 50% en moyenne, selon les différents acteurs du marché avec lesquels Jeune Afrique s’est entretenu.

Présent au Maroc depuis 1979, le suisse compte désormais 18 filiales sur le continent

« Pour nous, l’objectif sera de tout mettre en œuvre pour compenser les pertes cumulées dans la période de mars à juin au cours des mois qui suivront. Nous attendons un niveau d’activité stable ou légèrement en baisse pour la fin de l’année, mais le plus important sera de garder tous nos employés et de maintenir notre niveau de rentabilité », explique Jean de Martres, installé à Casablanca depuis 2014, directeur général de Sika Afrique. Une entreprise peu connue du grand public, mais qui a travaillé sur plusieurs grands chantiers du royaume chérifien, comme le projet Noor Ouarzazate ou encore les ports de Nador West Med, Tanger Med II et celui de Jorf Lasfar, ainsi que le pont à haubans Mohammed VI, qui franchit l’oued Bouregreg, sur la route du contournement de Rabat.

Un chiffre d’affaires local de 36 millions d’euros

Pour la branche africaine de ce groupe suisse, spécialisé dans la chimie de la construction, présent au Maroc depuis 1979, et qui compte désormais 18 filiales sur le continent, sa priorité, une fois l’état d’urgence sanitaire levé, sera de boucler l’intégration de sa nouvelle acquisition : Sodap Maroc. Sika Afrique s’est en effet emparé, au début de 2020, de cette structure vieille de plus de quarante ans et spécialiste des agents de mouture et des adjuvants pour bétons, deux activités qui représentent la moitié de son chiffre d’affaires. Ce rachat s’est fait en deux temps, en moins d’un an.

Avec cette acquisition, la taille de Sika Afrique double presque

Après avoir absorbé en mai 2019 au niveau international le français Parexgroup, qui avait des parts dans Sodap Maroc, le groupe suisse a racheté les 45% qui étaient encore entre les mains de la famille Chami à travers le holding Marbar, ainsi que les quatre usines (Casablanca, Nador, Agadir et Tanger) qui produisent, tous produits confondus, plus de 100 000 tonnes par an. Le deal s’est conclu autour de 100 millions de dirhams (9 millions d’euros) selon nos sources.

Jean de Martres, DG de Sika Afrique, en décembre 2018.

Jean de Martres, DG de Sika Afrique, en décembre 2018. © Naoufal Sbaoui pour JA

Auparavant, les fonds propres de la filiale marocaine du groupe helvétique ont été renforcés et relevés à 178 millions de dirhams. « La fusion entre Sodap et Sika Maroc a été retardée par l’actuelle pandémie. Elle sera effective au mois de juin avec effet rétroactif au 1er avril », nous explique le patron de Sika Afrique. Le groupe pèse désormais au Maroc plus de 400 millions de dirhams en chiffre d’affaires, soit 20% de ses revenus internationaux. « Avec cette acquisition, la taille de Sika Afrique double presque », estime un responsable des achats auprès d’un grand acteur du secteur du BTP.

Complémentarité dans l’offre de produits

Une logique industrielle et commerciale a poussé le groupe suisse à s’intéresser à l’entreprise marocaine qui évoluait dans le même secteur. D’un côté, il y a une complémentarité dans l’offre de produits. « Les deux entreprises étaient concurrentes, faisant partie des rares producteurs de mortier industriel et des adjuvants pour bétons. Le groupe devient ainsi leader absolu au niveau du royaume », nous explique ce connaisseur du secteur, confirmant ainsi les dires des dirigeants de Sika.

Les grands concurrents locaux seront dans l’obligation de passer par Sika Maroc pour s’approvisionner

Pour ces deux produits, les clients du groupe sont principalement les cimentiers. Les agents de mouture qui permettent d’obtenir des ciments plus fins donc plus résistants, tout en réduisant le coût de fabrication. L’adjuvant permet quant à lui de préparer des matériaux en béton aux formes complexes.

Dans le royaume, les groupes comme LafargeHolcim ou Ciments du Maroc, qui font du béton et du ciment, seront quasiment dans l’obligation de passer par Sika Maroc pour s’approvisionner.

Le groupe suisse, qui emploie désormais 120 employés dans le pays, voit aussi son catalogue élargi en y ajoutant les produits dont Sodap Maroc détenait la licence sous la marque Parex, comme les revêtements décoratifs pour façades et les colles à carrelage. Dorénavant, sur le marché marocain des produits de chimie du bâtiment, Sika détient la gamme la plus large possible. « Pour les mois et peut-être les années à venir, Sika ne sera pas concurrencé par un seul acteur sur l’ensemble de son offre. Même les multinationales se concentrent sur une gamme plus réduite », nous explique cet acteur du BTP.

Créer des synergies

Sika, dont l’activité au Maroc dans la construction est répartie entre trois segments d’activités (ciment – béton – grands chantiers ; BTP distribution ; constructions spécialisées), ne produit pas tous ces produits dans le royaume. Les colles et les mastics ou encore les produits pour l’étanchéité sont importés depuis des usines du groupe à travers le monde. Localement, l’entreprise produit entre 70 et 80% de son volume de ventes. « En dehors de l’addition des marchés et des clients, nous allons travailler pour créer des synergies dans la chaîne logistique. Nous voulons aussi capitaliser sur les usines réparties dans le pays », se réjouit Jean de Martres.

Grâce à à la prise de contrôle des usines de Sodap Maroc, qui couvrent le nord-est, le sud-ouest, le centre et le nord, Sika peut aspirer à un statut de champion national. « En additionnant tous les sites de production, nous disposons de six usines, mais nous devrions fusionner l’activité de deux usines, ce qui fait que nous aurons, à terme, cinq implantations », précise le DG de Sika Afrique.

L’entreprise, qui dispose de deux laboratoires au Maroc, s’apprête à en construire un troisième

« Désormais, le challenge sera la coordination entre les différentes équipes commerciales réparties sur l’ensemble du territoire. Il ne faudra pas non plus se marcher sur les pieds pour les projets, si tous se lancent simultanément dans plusieurs chantiers », prévient le responsable des achats précité.

De son côté, Jean de Martres préfère dire que cette position va permettre à ses équipes d’être plus proches des clients d’un point de vue géographique. L’entreprise, qui peut aussi se targuer d’avoir désormais deux laboratoires dans le royaume, s’apprête à lancer la construction d’un nouveau centre de recherche et développement.


Une nouvelle cible en Égypte

Après le deal au Maroc, la prochaine acquisition du groupe suisse est espérée en Égypte. Une OPA a été lancée, au début de 2020, pour que Sika Égypte rachète 100% du capital de « Modern » pour plus de 25 millions d’euros. L’entreprise ciblée fabrique des matériaux en bitume et des isolants. L’objectif de Sika est de fabriquer des membranes bitumineuses qui seront vendues par ses 18 filiales en Afrique.

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