Santé

[Tribune] Coronavirus : quand l’Afrique invente ses propres solutions

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Sihine Negede est experte en droits humains, basée à Addis Abeba et diplômée de la School of Oriental and African Studies (SOAS), de l'Université de Londres.

Volontaires proposant eau et savon pour se laver les mains au public d'une course à pied féminine, à Addis-Abeba le 15 mars 2020.

Volontaires proposant eau et savon pour se laver les mains au public d'une course à pied féminine, à Addis-Abeba le 15 mars 2020. © Mulugeta Ayene/AP/SIPA

La crise du Covid-19 constitue un test grandeur nature pour les Africains, qui doivent plus que jamais trouver par eux-mêmes les solutions collectives adaptées à leurs problèmes.

Par rapport à la crise liée au Covid-19 qui a ébranlé le monde, l’Afrique reste à ce jour le continent le moins touché : 271 000 cas « seulement » pour une population de près de 1,3 milliard d’habitants, soit un taux d’infection faible de 0,2 % de la population. Selon les chiffres officiels, donc, le virus se propage très lentement en Afrique. Une situation sans doute liée à la structure démographique ou aux climats du continent, mais qui n’est probablement pas étrangère aussi, il faut le reconnaître, au pragmatisme d’institutions et de gouvernements dont les mesures rapides ont été efficaces pour limiter la pandémie.

Les pays africains ont très vite compris qu’un confinement strict calqué sur le modèle occidental était impossible à appliquer et l’ont fait savoir, comme le Bénin, le Rwanda, Madagascar, le Sénégal ou encore l’Éthiopie, dont la capitale Addis-Abeba est la troisième ville au monde en termes de densité de diplomates derrière New York et Genève.

Dans ce pays qui abrite aussi le siège l’Union africaine (UA), les institutions scolaires et les espaces publics ont fermé dès le mois de mars, bien avant la détection officielle des premiers cas, tandis qu’Addis Abeba se vidait de sa communauté d’expatriés. Aujourd’hui, le port du masque y reste obligatoire dans des espaces publics comme dans de nombreux autres pays. Restés ouverts, les supermarchés et autres lieux publics ont été équipés de lavabos portables aux entrées, et l’obligation des désinfectants pour les mains avant d’y pénétrer a été généralisée.

Limitation de la circulation

Pour limiter la concentration des personnes dans la capitale, le gouvernement éthiopien y a également limité à partir de la semaine du 20 avril le nombre de voitures en circulation, autorisant les immatriculations paires ou impaires en alternance un jour sur deux, la totalité des véhicules étant libre de rouler le dimanche.

Autre initiative de prévention à saluer, celle d’Ethiotelecom, l’unique compagnie téléphonique éthiopienne, qui appartient à l’État et qui comptait plus de 66,2 millions d’utilisateurs en 2018 : à chaque appel effectué à partir d’un téléphone portable, ses utilisateurs doivent écouter un bref message préventif donnant des indications très claires sur les gestes barrières et autres dispositions de base contre la propagation du virus. Simple, pragmatique, et efficace pour toucher l’ensemble de la population.

D’autres pays africains se sont également lancés dans la course pour des solutions durables et adaptées à la lutte contre le virus. Le Sénégal a orienté sa recherche sur le développement de tests Covid-19 à moindre coût (1 dollar américain), tandis que Madagascar a mis en avant des traitements à base d’herbes endogènes que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a par la suite accepté d’explorer et étudier. Le Rwanda, quant à lui, a misé sur la technologie en déployant des robots dits humanoïdes destinés à prendre la température et le rythme cardiaque des patients pour limiter les contacts humains entre le personnel soignant et les malades.

Longtemps accusée d’immobilisme par le passé, l’UA n’est pas en reste et semble avoir fait preuve d’une énergie nouvelle dans la lutte contre le Covid-19, notamment en fournissant aux gouvernements et aux citoyens les informations fiables pour améliorer la riposte. Aux côtés de la chef de communication ainsi que du vice-président de l’UA, le Dr John Nkengasong, directeur de l’Africa CDC, reçoit ainsi tous les jeudis en conférence virtuelle les journalistes accrédités comme ceux du New York Times, de Reuters ou du Financial Times, et fournissent des données clés permettant de mesurer l’ampleur du problème sur le continent, les défis rencontrés, et les solutions apportées localement.

Solidarité et volonté

L’UA a également resserré sa coopération avec plusieurs pays et institutions, en organisant par exemple en avril avec les Nations unies, l’OMS, la Jack Ma Foundation et le gouvernement éthiopien un système de « solidarity flights » via Ethiopian Airlines permettant la distribution d’équipements vitaux à tous les pays du continent, essentiellement des masques, gants, lunettes, ventilateurs ainsi que d’autres matériels essentiels à la gestion du Covid-19.

Même si l’Afrique manque cruellement d’infrastructures sanitaires adaptées à la gestion des pandémies, elle ne manque ainsi ni de solidarité ni de volonté pour chercher activement des réponses concrètes au risque sanitaire. Espérons qu’elle en sorte plus fortifiée et indépendante que jamais.

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