Politique

Guinée : que reste-t-il des combats du FNDC ?

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Mis à jour le 19 juin 2020 à 12h29
Des manifestants lors des marches contre la réforme constitutionnelle en Guinée, le 24 octobre 2019 (image d'illustration).

Des manifestants lors des marches contre la réforme constitutionnelle en Guinée, le 24 octobre 2019 (image d'illustration). © Youssouf Bah/AP/SIPA

Trois mois après le double scrutin controversé, le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) appelle à de nouvelles manifestations, le 8 juillet. Cette fois, pour empêcher un éventuel troisième mandat du président Alpha Condé.

Jeudi 7 novembre 2019. Le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC) semble à son apogée. En T-shirts rouges à l’effigie du mouvement, la foule de manifestants quitte la Tannerie, dans la banlieue de Conakry, pour se diriger vers l’esplanade du Stade-du-28 septembre en scandant « Amoulanfé » (ça ne passera pas), devenu le cri de ralliement du mouvement. Tous les leaders de l’opposition sont présents pour cette manifestation, autorisée par le pouvoir, qui sera l’une des plus massives du mouvement. Dans la cohue, les ennemis d’hier, Cellou Dalein Diallo et Bah Oury, se saluent cordialement.

En ce mois de juin 2020, l’ambiance a changé, à Conakry. Un peu plus d’un an après après sa création, en avril 2019, par des mouvements de la société civile guinéenne et des partis d’opposition – l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) et l’Union des forces républicaines (UFR) de Sidya Touré – , le mouvement a enregistré deux défaites. Le référendum du 22 mars s’est bel et bien tenu, et la nouvelle Constitution a été adoptée par 91,58 % des voix. Dans ces conditions, que reste-t-il des combats du FNDC ? Quelle est la stratégie que veulent désormais déployer ceux qui sont restés au sein du mouvement ?

La stratégie de la rue en débat

Certains ont pris leurs distances, voire le large. « Le FNDC doit accepter d’avoir perdu cette bataille », assène d’emblée l’artiste Elie Kamano, qui fut l’un des compagnons de route les plus médiatiques du FNDC, avant de le quitter, au lendemain du double scrutin de mars dernier. Président de son propre mouvement politique, le Parti guinéen de la solidarité de la démocratie (PGSD), Kamano a même affirmé début juin être prêt à entrer au gouvernement si il était sollicité. Autre pointure a avoir quitté le navire FNDC, Ali Badra Koné, ancien secrétaire général du bureau national de la jeunesse UFR, qui a claqué la porte de son parti, et du FNDC, début juin.

D’autres restent fermes dans leurs positions d’hier, et assurent vouloir tenir le cap. « Au sein du FNDC, notre objectif n’a pas changé. Nous considérons que la Guinée est toujours régie par les lois issues de la Constitution de 2010 », assure ainsi Ibrahima Diallo, responsable des opérations au sein du mouvement. La revendication ? « Le départ du président Alpha Condé ». Le moyen ? « Les manifestations, qui reprendront très prochainement ».

Un premier appel a d’ailleurs été lancé pour le 8 juillet prochain, mais la manifestation a peu de chances d’être autorisée, l’état d’urgence sanitaire étant en vigueur depuis le 26 mars. « Si la pandémie perdure, nous devons faire preuve de responsabilité et annuler la manifestation pour ne pas participer à la propagation du virus », juge même Ousmane Kaba, président du Parti des démocrates pour l’espoir (Pades), l’un des partis du FNDC.

L’usage de la rue est à la fois un moyen de protestation, mais aussi un biais de légitimation pour les partis qui constituent le FNDC

Mais cette stratégie de la rue, privilégiée par un FNDC dont les principales forces sont issues de partis qui, ayant boycotté les législatives, ne compte plus aucun député à l’Assemblée, est assumée. « Nous voulons montrer, par nos manifestations, que le peuple est de notre côté », détaille Ibrahima Diallo. En dernier ressort, le but est  »d’isoler le président Alpha Condé sur la scène internationale. »

« L’usage de la rue est à la fois un moyen de protestation, mais aussi un biais de légitimation pour les partis politiques qui constituent le FNDC, qui cherchent ainsi à prouver qu’ils conservent un soutien populaire assez important », analyse le politologue Kabinet Fofana.

« C’est une stratégie obsolète, considère pour sa part Elie Kamano. C’est irresponsable de demander aux citoyens de mettre leur vie en danger alors que nous, leaders politiques, restons chez nous, dans notre confort, quand les manifestations n’ont pas été autorisées. »

« Cette méthode n’a pas été efficace dans le combat contre la nouvelle Constitution, mais le FNDC a visiblement décidé d’y avoir de nouveau recours en espérant, cette fois, faire céder le président. Mais c’est au risque que toutes ces manifestations ne conduisent le pays au chaos », considère Kabinet Fofana.

Le poids des partis

En outre, alors qu’approche la présidentielle, le poids des partis dans la composition du FNDC peut rendre sa stratégie illisible. « Toutes les décisions du FNDC sont prises de manières consensuelles au cours de plénières », assure Ibrahim Diallo. Ce qui n’empêche pas certains des leaders de s’écarter de la ligne.

C’est le cas d’Ousmane Kaba, qui a d’ores et déjà annoncé son intention de se lancer dans la course. « Je suis contre un troisième mandat du président d’Alpha Condé. Mais il faut être réaliste, et ne pas pratiquer la politique de la chaise vide. J’irai à la présidentielle, avec ou sans Alpha Condé », assure-t-il. D’autres caciques du mouvement sont, eux, sur une toute autre ligne. À l’instar de Lansana Kouyaté, du Parti de l’espoir pour le développement (PEDN), qui affirme que son parti n’enverra un candidat que si, et seulement si, Alpha Condé ne se présente pas.

« Au sein du mouvement, c’est la théorie du nombre qui l’emporte. Plus vous avez la capacité d’apporter des militants, et des financements, et plus votre voix compte. Or, il est clair que ce sont les politiques qui pèsent le plus : Cellou Dalein Diallo a bien plus d’influence qu’Ibrahim Diallo au sein du mouvement », analyse Kabinet Fofana. Et le politologue de conclure : « Il est temps que le FNDC assume qu’il est une organisation politique. »

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