Politique

Tunisie : les coulisses de l’ascension fulgurante d’Abir Moussi

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 17 juin 2020 à 13h36
La présidente du Parti destourien libre, Abir Moussi, à Tunis.

La présidente du Parti destourien libre, Abir Moussi, à Tunis. © Mohamed Hammi/Sipa

Avec une gouaille et une insolence certaines, la présidente du Parti destourien libre (PDL) cloue au pilori ses adversaires et gagne en popularité de manière spectaculaire. Une montée en puissance rendue possible notamment grâce à son réseau.

À chaque plénière, Abir Moussi donne de la voix. Et à chaque fois, les discours de la présidente du Parti destourien libre (PDL) font le buzz. Au point que ses interventions sont désormais très attendues. Avec une insolence certaine, elle cloue au pilori ses adversaires d’Ennahdha, formation au référentiel islamiste, et gagne en popularité.

Pourtant, son parti — qui se revendique du courant destourien, dont l’un des leaders fut Habib Bourguiba — a à peine fait son entrée dans l’hémicycle et ne compte que 16 députés. Mais à 45 ans, la patronne du PDL, avocate de formation, maîtrise l’art de la mise en scène et fait de la coupole du Bardo une scène de théâtre, où la contestation des idées islamistes est le thème récurrent. 

Une benaliste assumée

Cette position ne tient pas du hasard. Abir Moussi a fait ses premiers pas en politique à travers les dédales du parti de Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD). Elle a beau se revendiquer de l’esprit destourien, elle porte le label du RCD et l’assume. Elle avait d’ailleurs été conspuée en 2012 quand elle avait été la seule avocate de la défense au procès du RCD.  

L’ex-conseiller politique de Zine El Abidine Ben Ali a été son mentor et elle continue de le consulter régulièrement

Fille de policier, un stage auprès du cabinet de l’avocat Mahmoud Mhiri, l’introduit dans les cercles politiques. L’ex-conseiller politique de Zine El Abidine Ben Ali sera son mentor et elle continue de le consulter régulièrement. Elle a aussi été à l’école de Saïda Agrebi, figure influente de l’ancien régime actuellement en exil en France. Ces appuis ont permis à Abir Moussi de grimper les échelons du parti où elle sera Secrétaire générale adjointe chargée de la femme. La révolution brisera sa trajectoire, mais elle se remet en selle, après une éclipse de trois ans en prenant les commandes du Mouvement destourien, fondé par l’ancien Premier ministre Hamed Karoui, qui deviendra le PDL. Pour son retour en politique, elle compte aussi sur l’appui de Hédi Baccouche, concepteur du coup d’État du 7 novembre 1987 — qui a été aussi chef de l’exécutif. 

Très vite, le PDL se construit autour de la personne de Abir Moussi : c’est elle qui a le plus de visibilité, mais a quelques porte-voix comme l’expert en économie, Moez Joudi — guidé en coulisses par l’ancien gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), Taoufik Baccar. Ensemble, ils ont largement participé à l’élaboration du volet économique du programme présenté par le PDL aux législatives de 2019.

Garde rapprochée

La députée aime à s’entourer des siens et puise dans le vivier du RCD pour constituer sa garde rapprochée. Elle fait appel à Borhane Bsaies, communicant partisan de Ben Ali, qui a conseillé également plusieurs hommes politiques depuis 2011 dont Hafedh Caïed Essebsi, dirigeant de Nidaa Tounes et Slim Riahi, fondateur de l’Union patriotique libre (UPL). 

Elle consolide son dispositif en prêtant l’oreille pour les Affaires étrangères à Thameur Saad, ancien consul de Tunisie à Paris, qui est également vice-président du PDL. Surpris par la chute de Ben Ali en 2011, il avait eu maille à partir avec des représentants de la communauté tunisienne à laquelle il cède les clefs du « Centre culturel tunisien de Paris », antenne officieuse du RCD en France au 36 rue Botzaris. 

Seule maître à bord, elle entend être obéie et écarte, sans états d’âme, ceux qui n’obtempèrent pas à ses choix

Le parti de Ben Ali reste une maison mère pour Abir Moussi, où elle procède à la majorité de ses recrutements. Elle s’est ainsi rallié Karim Krifa, avocat et député de la constituante en 2012, qui avait suscité un esclandre en clamant à ses pairs que « le RCD est votre maître », avant de s’excuser. Après avoir adhéré au parti Al Moubadara, fondé par Kamel Morjane — un proche de Ben Ali et dirigeant de l’ancien régime –, il devient un compagnon de route de Abir Moussi aux côtés de Néji Jarrahi et Majdi Boudhina. Aujourd’hui, Jarrahi et Boudhina sont ses porte-voix à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP). 

Aujourd’hui, Abir Moussi est la cheffe incontestable et incontestée du PDL : seule maître à bord, elle entend être obéie et écarte, sans états d’âme, ceux qui n’obtempèrent pas à ses choix. La députée Lamia Jaidane en a fait l’expérience ; elle a été exclue du parti pour avoir « enfreint la discipline du parti et de son groupe parlementaire » ainsi que la ligne politique du PDL. Sa faute a été d’être présente à un meeting auquel participaient aussi des partis ayant « voté la confiance au gouvernement de Elyes Fakhfakh ».

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3093_600b devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte