Politique

Maroc : Driss El Azami El Idrissi, le nouveau joker du PJD

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Mis à jour le 16 juin 2020 à 18h28
Driss Azami El idrissi, député-maire PJD de la ville de Fès, au Maroc.

Driss Azami El idrissi, député-maire PJD de la ville de Fès, au Maroc. © © DR

Jouissant d’une large popularité et de solides connaissances techniques, le numéro 2 du Parti justice et développement (PJD) pourrait devenir la carte gagnante de la formation islamiste lors des prochaines échéances électorales.

Sur « L’info en face », émission diffusée sur le site du quotidien Le Matin, réputé proche du pouvoir, le journaliste Rachid Hallaouy présente son invité du 15 juin : Driss El Azami El Idrissi, « économiste en chef du PJD ».

Le député-maire de Fès, ville qu’il a arraché au baron local Hamid Chabat en 2015, offrant sa plus belle victoire locale au Parti justice et développement (PJD), s’empare avec aisance de différents sujets techniques, de ceux dont on dit souvent que les islamistes se sont trop longtemps tenus éloignés : tourisme, accords de libre-échange… Et n’hésite pas à (ré)employer une expression mise à la mode il y a quelques années par Mohammed VI : le « capital immatériel ».

Occuper le terrain médiatique

Depuis plusieurs semaines, l’actuel dirigeant du Conseil national du parti islamiste, dont il a obtenu la direction suite à une élection en 2019 remportée haut la main, est très présent dans les médias, francophones comme arabophones.

L’après-corona politique se jouera sur le terrain des questions sociales et économiques

L’après-corona politique se jouera sur le terrain des questions sociales et économiques : quels outils pour quelle relance ? Le leader du RNI et premier opposant du PJD, Aziz Akhannouch, le sait bien et s’est lancé à l’assaut du sujet dès le mois d’avril. Et Driss El Azami n’a pas attendu pour lui répondre. Au premier qui défendait le recours à l’endettement, il a opposé la précaution budgétaire.

Avec des diplômes en administration des entreprises et en finances obtenus en France et un passage par l’École nationale d’administration de Rabat, Driss El Azami El Idrissi — qui a officié comme ministre du Budget durant le gouvernement de Abdelilah Benkirane — peut s’enorgueillir d’un sérieux savoir technique. Et en répondant à l’opposant numéro un de sa famille politique, il a montré sa volonté de peser dans le débat public.

Dans cette même démarche, il a par ailleurs participé à d’autres émissions, dont un débat avec Larbi Jaidi, économiste et membre de la Commission spéciale chargée de l’élaboration du nouveau modèle de développement.

Popularité

Cet activisme trahit-il une volonté de briguer la direction du secrétariat général du parti, ou d’être le leader islamiste pour les prochaines élections législatives avec en vue, le poste de Chef de gouvernement ? La question reste ouverte, les dates du prochain congrès du parti n’étant pas encore connues.

Mais quelle que soit la suite, l’actuel secrétaire général du PJD, Saâdeddine El Othmani, ne pourra sans doute pas briguer de nouveau mandat. Lors des dernières élections internes du parti, Driss El Azami El Idrissi n’était pas passé loin du secrétariat avec 49% des voix face à Othmani.

Les militants islamistes sont connus pour leur pudeur vis-à-vis des questions relatives à la gestion interne du parti et encore plus à propos d’éventuelles concurrences. « La question, de toute manière, paraît un peu prématurée », assure Hisham Benlamine, militant au sein de la jeunesse du parti qui intervient souvent dans les médias marocains.

Son militantisme est couplé à de solides compétences politiques ainsi qu’à une approche pragmatique des sujets

Il s’autorise en revanche « en son nom propre » à reconnaître la popularité du maire de Fès dans les rangs de l’organisation : « Son militantisme, authentique et de longue haleine, est couplé à de solides compétences politiques, ainsi qu’à une approche pragmatique des sujets. »

Nouvelle élite islamiste

À Fès, il n’hésite pas à embrasser les approches à la mode au Maroc en matière de gouvernance locale. Peu de temps avant le confinement, il a par exemple reçu le feu vert de l’Intérieur pour lancer une société de développement local (SDL) pour la gestion du stationnement.

Proche dans le discours d’une nouvelle élite islamiste moderne et qui prend goût à la gestion des affaires, il n’en est pas moins un militant fidèle à son parti. Il était ainsi présent dans sa ville de Fès pour soutenir le leader Abdelali Hamidine, très apprécié par la jeunesse du parti, quand ce dernier comparaissait devant une Chambre criminelle poursuivi pour l’assassinat, il y a 25 ans, d’un militant d’extrême-gauche, Benaissa Ait El Jid.

La veine libérale qui caractérise ses interventions publiques ne risque-t-elle pas de jouer en sa défaveur?

La veine libérale qui caractérise ses interventions publiques ne risque-t-elle pas de jouer en sa défaveur alors qu’une barre à gauche est notable dans le discours public ces dernières semaines ? L’ancien ministre, qui a participé à l’élaboration des programmes électoraux du PJD à plusieurs reprises, préserve un discours social. Il s’est ainsi opposé à la proposition faite début juin par le syndicat patronal la CGEM de reporter la revalorisation prévue du salaire minimum.

Il conserve aussi une approche patriotique propre au PJD et a signé sur le site Le360, pourtant souvent peu amène à l’égard de son parti, une tribune titrée : « La pandémie ne grandit pas l’Occident ».

Un proche de Benkirane

Azami El Idrissi est resté un visiteur du soir de l’ancien secrétaire général et Chef du gouvernement Abdelillah Benkirane, sans aucun doute un des leaders politiques les plus populaires au Maroc. Au lendemain du limogeage de ce dernier de son poste de Chef de gouvernement, il était un des premiers cadres du parti à publiquement renoncer à un poste ministériel.

En 2019, il démissionne de son poste de chef du groupe parlementaire du PJD alors qu’il s’était opposé à la nouvelle loi sur l’enseignement, notamment aux articles concernant les langues d’apprentissage. Les langues d’enseignement doivent « refléter l’identité nationale » disait-il, en accord toujours avec Benkirane qui, de son côté, a tancé les députés islamistes qui s’étaient montrés trop timides à son goût dans leur opposition à ce projet de loi.

L’unité du parti lui tient à cœur

« Malgré tout, il ne s’est jamais permis de lancer des piques sévères ou inutiles à l’encontre de Saâdeddine El Othmani», relève Bilal Talidi, politologue et membre du mouvement islamiste. Et de poursuivre : « Cette fidélité à l’unité du parti plaît, notamment auprès de la jeunesse et des bases les plus militantes. »

« Mais rien n’est joué pour le moment », tient à souligner Talidi, qui estime que les intentions de Benkirane concernant le prochain congrès, encore peu claires, vont structurer les débats au sein du PJD.

Néanmoins, comme le concède une source au sein du parti islamiste : « Azami El Idrissi est sans aucun doute une option réaliste. Son style est très apprécié par les cadres du parti, aussi bien les nouveaux venus, entrés au parti après l’arrivée du PJD au gouvernement, que les anciens, qui restent très attachés à la revendication démocratique. »

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