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Cet article est issu du dossier «Série : « On ne choisit pas sa famille »»

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Politique

Au Maroc, les procès à répétition de sa famille embarrassent l’islamiste Ahmed Raissouni

Réservé aux abonnés | | Par - correspondant à Rabat
Le journaliste marocain Souleiman Raissouni et sa nièce Hajar, lors de la libération de cette dernière, le 16 octobre 2019.

Le journaliste marocain Souleiman Raissouni et sa nièce Hajar, lors de la libération de cette dernière, le 16 octobre 2019. © Fadel Senna/ AFP

« On ne choisit pas sa famille » (5/5). Après sa nièce, la journaliste Hajar Raissouni, poursuivie pour avortement illégal, le président de l’Union internationale des oulémas est à nouveau dans l’embarras avec l’arrestation de son frère Souleiman dans le cadre d’une affaire de mœurs.

Arrêté le 22 mai, Souleiman Raissouni attend son procès avec inquiétude dans sa cellule de la prison d’Oukacha, à Casablanca. Le rédacteur en chef du quotidien Akhbar al-Yaoum risque gros. « Une condamnation pour attentat à la pudeur avec violence et séquestration peut aller jusqu’à dix ans de prison ferme », note un juriste.

Les faits présumés reprochés au journaliste de 48 ans remontent à fin 2018, alors que son épouse travaillait sur un documentaire traitant de la communauté LGBT au Maroc. Un des collaborateurs de ce projet accuse alors Souleiman Raissouni de « lui avoir sauté dessus » et d’avoir « profité de sa faiblesse et de sa santé morale pour assouvir ses désirs sexuels. »

Parmi les défenseurs des droits de l’Homme, certains voient dans cette affaire une instrumentalisation destinée à faire taire ce journaliste expérimenté qui a pris le relais de Taoufik Bouâchrine à la tête d’un journal qui dérange, après que celui-ci a écopé d’une peine de douze ans de réclusion criminelle pour « abus de pouvoir à des fins sexuelles », entre autres.

« Avortement illégal »

Dans le comité de soutien à Souleiman Raissouni, on trouve sa propre nièce. Hajar Raissouni est devenue une égérie des libertés individuelles après une interruption volontaire de grossesse (IVG), à quelques semaines de son mariage. Fin août 2019, cette journaliste de 29 ans – qui débute alors sa carrière au sein de la rédaction dirigée par son oncle – est arrêtée et poursuivie pour « relations sexuelles hors mariage » et « avortement illégal ».

Après avoir passé un mois et demi derrière les barreaux, la jeune femme est finalement graciée par le roi Mohammed VI. Mais entre-temps, son histoire a pris une grande ampleur médiatique grâce à la mobilisation des défenseurs des droits de l’Homme. Des militantes féministes sont allés jusqu’à manifester devant le Parlement avec des pancartes clamant qu’elles avaient eu des rapports sexuels et avaient eu recours à l’avortement.

Si la démonstration a été tolérée par les autorités, elle a hérissé les poils de certains islamistes… À commencer par le patriarche de la famille Raissouni. Ahmed Raissouni, frère aîné de Souleiman et oncle de Hajar, est l’un des penseurs musulmans les plus influents, surtout depuis qu’il a succédé à Youssef al-Qaradawi à la tête de la puissante Union internationale des oulémas musulmans (UIOM) en 2018.

Le prédicateur marocain Ahmed Raïssouni.

Le prédicateur marocain Ahmed Raïssouni. © Youtube/Ahmed Raissouni

Mais avant de prendre les rênes de cette organisation proche du Qatar, cet intellectuel de 67 ans avait résidé en Arabie Saoudite et avait même collaboré avec une académie de jurisprudence islamique à Jeddah. Depuis, il ne rate pas une occasion de tailler des croupières au royaume wahhabite, comme il l’a fait au moment de l’assassinat de Jamal Khashoggi.

Chantre de la vertu

Au Maroc, ses positions sur la séparation des pouvoirs politiques et religieux de la monarchie marocaine – le roi est commandeur des croyants – font grincer des dents. Elles lui ont valu d’être écarté des organes officiels du Mouvement de l’unicité et de la réforme (MUR), matrice idéologiste du Parti de la justice et du développement (PJD) qu’il a fondée aux côtés de l’actuel chef de gouvernement, Saâdeddine El Othmani, notamment. « C’est l’homme qui a failli conduire à la dissolution du PJD au lendemain des attentats terroristes de Casablanca », rappelle un spécialiste de la nébuleuse islamiste marocaine.

S’il est considéré comme un réformiste dans la galaxie islamiste internationale pour ses interprétations assez libérales des textes, il est perçu au Maroc comme un conservateur austère. Sa production prolifique sur le site web houwiya.com (proche du MUR) met souvent en opposition le référentiel islamiste aux autres référentiels culturels ou politiques.

Ce théologien diplômé d’Al Qarawiyine et de l’université de Rabat considère les relations hors mariage comme « un acte ignoble » et l’homosexualité comme une « pratique contre-nature ». Il se garde bien d’évoquer dans ses écrits les procès à répétition auxquels se retrouvent mêlés les membres de sa famille, sans doute pour ne pas écorner son image de chantre de la vertu…

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