Architecture

Côte d’Ivoire : Mélissa Kacoutié, une architecte à la signature minimaliste

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Mis à jour le 19 juin 2020 à 13h51
Melissa Jeannette Kacoutié à Abidjan, le 17 juin 2020.

Melissa Jeannette Kacoutié à Abidjan, le 17 juin 2020. © Issam Zejly pour JA

Avec son attirance pour le minimalisme, cette jeune Ivoirienne de 34 ans, à la tête de l’agence Jeannette Studio, a réussi à devenir l’une des architectes les plus branchées d’Abidjan. 

Quand Mélissa Kacoutié parle de ses métiers d’architecte, de designer d’intérieur et de scénographe, elle aime à user de métaphores qui relèvent du domaine de la science-fiction. « L’architecture revient à concevoir puis à créer ta propre matrice », indique l’Ivoirienne de 34 ans en référence à la saga Matrix, des sœurs Wachowski. « Quand tu étudies cette discipline, tu apprends à redécouvrir le monde comme si tu sortais de la matrice. »

C’est au cours de ses études à l’École spéciale d’architecture de Paris que la native d’Abidjan dit être devenue une fine observatrice de ce que les autres ne voient pas. « Petite, j’adorais dessiner et puis j’admirais ce que faisait ma tante, Francine Aka, elle-même architecte. Au début, mon rêve n’était pas tant de faire ce métier que de suivre des études dans ce domaine. »

Paradoxale

Diplômée à l’âge de 25 ans, et à la tête de Jeannette Studio, sa propre agence située à Cocody, une commune d’Abidjan, depuis 2016, Melissa Kacoutié affirme aujourd’hui avoir été destinée à suivre cette voie. Elle emploie quatre personnes dans son espace, dont la devanture est à l’image de sa signature : épurée et minimaliste. « Les choses simples sont les plus difficiles à réaliser. Quand mes dessins sont trop compliqués, je sais que je ne suis pas sur la bonne voie. Alors, je m’attache à enlever les couches superflues », explique cette rêveuse à l’esprit créatif qui est aussi farouchement réaliste.

« Je suis quelqu’un qui aime les paradoxes. J’aime l’épure autant que les figures fractales. À Abidjan, il existe des architectures qui me touchent tout particulièrement. Notamment l’ambassade de Suisse, très brute, exacte. Il y aussi l’église d’Assinie dont j’aime beaucoup la douceur. À Cocody, les maisons construites dans les années 1970 me touchent de par leur côté fonctionnel. Le graphisme des extérieurs et la sensibilité des intérieurs me parlent aussi beaucoup. »

Baazar, Abidjan

Baazar, Abidjan © Bain de foule studio

Issa Diabaté est mon maître à penser

C’est à Bruxelles qu’elle décroche son premier emploi au sein de l’agence Jourdain Architectes Associés, avant de retrouver Abidjan où elle travaille pour l’agence ArchiConcept puis pour le fameux duo Koffi et Diabaté. « Issa Diabaté est mon maître à penser. Il m’a enseigné que l’architecture était une discipline qui apprenait à penser. J’ai découvert, avec lui, l’architecture contemporaine africaine. Chez ArchiConcept, j’ai retrouvé ma tante Francine Aka, qui m’a véritablement appris le design d’intérieur. »

Mélissa Kacoutié dit accompagner ses clients au-delà de l’architecture. « Je pense le lieu dans sa globalité. Pour moi, tout est question d’énergies. Il s’agit de raconter une histoire de bout en bout. » Inscrite à l’Ordre national des architectes de Côte d’Ivoire et membre de son Conseil national depuis un an, elle a impulsé le thème de l’édition 2019 du Salon de l’architecture et du bâtiment (ArchiBat) d’Abidjan : « L’habitat pour tous ».

Dozo, Vlisco & Co ou Mpô

Les projets de son agence comprennent villas, aménagement et design d’intérieur mais aussi équipements publics. Et celle qui a conçu le Dozo, tout premier concept-store d’Abidjan, compte parmi ses clients (hormis les particuliers) Vlisco & Co, la Galerie Cécile Fakhoury ou le collectif Bain de Foule. Il faut dire que l’art est très présent dans le travail de Mélissa Kacoutié. De Jean-Michel Basquiat à l’architecte indien Bijoy Jain du Studio Mumbai… « Je m’inspire vraiment de l’art mais aussi de ce que mes clients peuvent avoir en tête. »

Avant de trouver ses locaux actuels, Melissa Kacoutié a commencé à travailler dans son appartement avec une seule employée. Si les débuts n’ont pas forcément été faciles, sa détermination, son exigence et, peut-être, son humour mordant ont fini d’assurer son début d’ascension au cœur d’Abidjan.

Dernièrement, elle a travaillé sur le design d’intérieur du restaurant abidjanais Mpô en se servant de la série photographique « Alien Edits » de son amie, la créatrice de mode Loza Maléombho. « Elle est l’une de mes plus grandes inspirations. Au cours d’une conférence TEDx, elle a repris une citation de Theodore Roosevelt qui est devenue mon mantra : « Fais ce que tu peux, avec ce que tu as, là où tu es ». »

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