Dossier

Cet article est issu du dossier «Série : « On ne choisit pas sa famille »»

Voir tout le sommaire
Politique

Rami Makhlouf, le turbulent cousin de Bachar al-Assad

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 23 juin 2020 à 15h34
Le businessman déchu Rami Makhlouf n’hésite pas à dénoncer le régime de son cousin Bachar al-Assad sur Facebook. Ici en mai 2020.

Le businessman déchu Rami Makhlouf n’hésite pas à dénoncer le régime de son cousin Bachar al-Assad sur Facebook. Ici en mai 2020. © AFP

« On ne choisit pas sa famille » (2/5). Un temps richissime, Rami Makhlouf est depuis assigné à résidence et ses biens gelés. Mais l’homme d’affaires n’a peut-être pas dit son dernier mot, au vu de ses soutiens au sein de la communauté alaouite.

Dans les clans qui comptent au sein de la communauté alaouite en Syrie, il y a bien sûr la famille Assad, aux commandes du pays depuis 1970. Mais il y a aussi la dynastie Makhlouf, à laquelle se sont alliés les Assad par le truchement du mariage de l’ancien président Hafez al-Assad avec Anissa Makhlouf.

Avec l’avènement, en 2000, de son cousin Bachar al-Assad, Rami Makhlouf est devenu l’une des figures du régime, et le symbole de ces hommes d’affaires syriens devenus richissimes en quelques années à la faveur de « l’ouverture économique » du pays. En fait de libéralisation, les premières années du règne de Bachar coïncident avec la distribution des principaux secteurs de l’économie syrienne aux membres du clan présidentiel.

Intimidation

Rami Makhlouf a ainsi amassé une fortune considérable (estimée à plusieurs milliards de dollars) en prenant le contrôle de deux opérateurs mobiles syriens – dont le plus important, Syriatel – tout en ayant la mainmise sur les Duty Free du pays et en détenant des affaires immobilières et des parts dans des sociétés pétrolières.

En 2011, il contrôle près de 60 % de l’économie syrienne

L’homme devient si influent que ses simples menaces suffisent à dissuader d’éventuels concurrents, en particulier dans le secteur des télécoms, où ses deux compagnies pratiquent des tarifs prohibitifs au regard du niveau de vie de la population.

En 2008, Washington applique même des sanctions contre Makhlouf, au motif qu’il « utilise l’intimidation et ses liens proches avec le régime Assad pour obtenir des avantages commerciaux indus, aux dépens des Syriens ordinaires ». C’est bien simple : il contrôle près de 60 % de l’économie syrienne en 2011. Durant la guerre civile, Rami Makhlouf met son immense fortune au service du régime, finançant une myriade de milices loyalistes via son association caritative, Al Bustan.

Disgrâce soudaine

Lui qui a longtemps été considéré comme un intouchable du régime – notamment grâce à la protection de sa tante Anissa, décédée en 2016 – voit son étoile pâlir à partir de mi-2019, alors que les problèmes économiques s’accumulent après neuf ans de guerre civile et de sanctions internationales. Pour des raisons encore floues, la branche militaire de son association est fermée et les activités du Parti social-nationaliste syrien, dont les Makhlouf sont des partisans historiques, interrompues.

Dans une interview accordée à la chaîne d’État en octobre la même année, Bachar al-Assad appelle « tous ceux qui, dans le secteur privé, ont gaspillé les fonds de l’État à rendre l’argent », allusion à peine voilée à son cousin. Et quand le ministère des Finances syrien annonce en décembre le gel des avoirs de plusieurs hommes d’affaires pour évasion fiscale et enrichissement illicite, Rami Makhlouf fait partie du lot. Les autorités réclameraient la bagatelle de 185 millions de dollars d’arriérés à Syriatel, dont une quarantaine d’employés – pour la plupart des fidèles de Rami Makhlouf – ont été arrêtés depuis.

Sommé de démissionner de Syriatel, il a surpris son monde en se plaignant de son traitement injuste dans des vidéos diffusées sur Facebook

Rami Makhlouf a été sommé de démissionner de son poste à la tête de Syriatel et il lui a été interdit de quitter le territoire syrien. Généralement plutôt avare de paroles, il a surpris son monde en se plaignant de son traitement injuste dans une série de vidéos diffusées à partir d’avril sur Facebook. « La société [Syriatel] est l’une des plus rentables en Syrie et peut-être dans le monde arabe. Honte à vous de l’avoir ruinée », lâche-t-il notamment dans une critique inédite des autorités syriennes.

Brouilles familiales et intrigues de palais

Plusieurs hypothèses – non exclusives – circulent pour expliquer la soudaine disgrâce du magnat de 51 ans : la pression russe sur Bachar al-Assad, la montée en puissance des réseaux d’Asma al-Assad, l’épouse sunnite du chef de l’État, qui chercherait ainsi à marginaliser une branche susceptible de faire de l’ombre à sa propre descendance, jusqu’à l’inquiétude des Assad eux-mêmes, dont le petit frère du président, Maher, qui estimerait que les Makhlouf sont devenus d’encombrants rivaux.

Tout autre que lui aurait payé bien plus cher de telles critiques ouvertes contre les services de sécurité du régime

L’opacité du régime syrien ne permet pas, pour le moment, de faire toute la lumière sur ces querelles intestines mêlant brouilles familiales et intrigues de palais.

Reste que tout autre Syrien que lui aurait sans doute payé bien plus cher de telles critiques ouvertes contre les services de sécurité du régime. Mais ce dernier n’oublie pas que le nom des Makhlouf pèse lourd au sein de la communauté alaouite, sa principale base de soutien.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3092_600x855 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€

Abonné(e) au journal papier ?

Activez votre compte
Fermer

Je me connecte