Politique économique

Qui détient la dette africaine ?

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Mis à jour le 15 juin 2020 à 16h53
Une femme portant un masque facial passe devant un panneau affichant les billets des banques mondiales dans une station de métro de Séoul, en Corée du Sud, le 28 mai 2020.

Une femme portant un masque facial passe devant un panneau affichant les billets des banques mondiales dans une station de métro de Séoul, en Corée du Sud, le 28 mai 2020. © Ahn Young-joon/AP/SIPA

Estimée à plus de 750 milliards de dollars fin 2018, la dette africaine est détenue par quatre grands groupes de créanciers. Tour d’horizon.

Annuler la dette des nations les plus pauvres ? Suspendre le remboursement ou restructurer ? La crise économique provoquée par la pandémie de coronavirus a relancé le débat en Afrique. Mais qui sont, au juste, les quatre grands groupes de créanciers qui détiennent cette fameuse « dette africaine », estimée à 771 milliards de dollars fin 2018 ?

• La Chine

Quelle part de la dette africaine la Chine détient-elle ? Aucune statistique officielle ne permet de répondre précisément à cette question. On sait, en revanche, que le montant total des prêts que Pékin et les entreprises chinoises publiques et privées octroient aux États africains a atteint 146 milliards de dollars entre 2000 et 2017. On sait aussi qu’une partie de ces crédits a été remboursée et que la Chine a effacé plusieurs autres ardoises (même si l’opération n’a souvent concerné que des prêts à taux zéro, qui représentent une part minoritaire du total des créances).

Selon les calculs de Deborah Brautigam, spécialiste de la Chine à l’Université de Johns-Hopkins (États-Unis), la part chinoise dans la dette totale africaine serait de 17% – un pourcentage bien inférieur aux 40% que la presse internationale, et notamment française, ont évoqué ces dernières semaines. Parmi les pays africains les plus endettés envers Pékin : l’Angola, Djibouti, le Niger, la Zambie et le Congo.

• Club de Paris

Présenté comme un groupe informel de créanciers publics, le Club de Paris, créé en 1956, compte 22 membres permanents, parmi lesquels la France, les États-Unis, la Belgique, l’Allemagne, le Japon, la Suisse et le Brésil. Son but : permettre aux pays créanciers « de recouvrer les arriérés et de trouver une solution efficace et rapide aux crises de la dette souveraine ».

À la fin de 2018, cette institution multilatérale, dont la présidence est assurée par le Trésor français, détenait des créances sur quelque 48 pays africains pour un montant total d’un peu moins de 45 milliards de dollars. Elle vient de suspendre pour un an le remboursement de la dette du Mali et du Cameroun. Plusieurs autres États africains vont suivre.

• FMI et Banque mondiale

Dans la catégorie des organisations multilatérales (qui détiennent 27 % de la dette publique extérieure africaine), les deux institutions de Bretton Woods occupent une place centrale. Et c’est moins par les montants qu’elles débloquent en faveur des économies du continent que par leurs poids dans le système financier international qu’elles sont incontournables. Aucune opération de levée de fonds sur les marchés internationaux ne peut vraiment se faire sans la bénédiction du FMI, qui a débloqué en urgence 500 millions de dollars pour couvrir six mois de remboursement de dette de 25 pays pauvres, dont 19 africains.

Selon les chiffres de Jubilee Debt Campaign, une ONG britannique qui milite pour l’annulation de la dette des pays en développement, la dette africaine vis-à-vis du FMI et de la Banque mondiale s’élevait à 84 milliards de dollars à la fin de 2017.

• Investisseurs privés

D’après les chiffres de l’International Debt Statistics, ils représentent 40 % du total de la dette publique extérieure africaine, ce qui fait d’eux les principaux créanciers du continent. Ces investisseurs, le plus souvent des gestionnaires d’actifs, des fonds de pension, des banques privées ou des assureurs, détiendraient, selon le cabinet M&G Investments, 115 milliards de dollars d’euro-obligations de vingt et un pays africains.

À cela s’ajoutent les prêts contractés directement par des gouvernements auprès de groupes internationaux, comme Glencore et Trafigura. C’est le cas, par exemple, du Tchad et du Congo. Récemment, vingt-cinq de ces structures se sont rassemblées au sein du Groupe de travail des créanciers privés en Afrique pour engager des discussions avec les représentants des gouvernements africains.

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