Musique

Oumou Sangaré : avec « Acoustic », la diva malienne signe un retour aux sources épuré

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Mis à jour le 23 juin 2020 à 11h39
La chanteuse malienne Oumou Sangaré

La chanteuse malienne Oumou Sangaré © Benoit Peverelli

Après avoir flirté avec la musique électronique, la diva malienne revient avec un album plus épuré, rejouant certains de ses anciens titres dans les conditions du live. Émotions garanties.

En 2017, Oumou Sangaré brisait un silence discographique long de six ans avec Mogoya. Nouveau label (No Format !), nouveau son flirtant avec la musique électronique, clip léché tourné par le Sud-Africain Chris Saunders… La diva malienne, plus tard remixée par de jeunes Djs et samplée par Beyoncé (pour la bande originale du Roi Lion), se réinventait avec génie en se drapant des oripeaux hypes des musiques urbaines.

Il semble qu’avec Acoustic, son tout nouveau disque, très épuré, l’artiste a voulu rembobiner la cassette. À l’origine du projet, un concert donné à Londres : sur invitation de son nouveau producteur, Laurent Bizot, la chanteuse s’était lancée sur scène dans une formule dépouillée, presque sans répétition.

Sans filet de sécurité

Le dispositif d’enregistrement d’Acoustic renouvelle cette prouesse. Les 11 titres de l’album (dont 9 repris du disque Mogoya) ont été captés en seulement deux jours dans un studio de la banlieue parisienne, dans les conditions du live. Pas d’amplification, pas de « re-re » (re-recording, réenregistrement d’une piste pour la perfectionner), pas de casque d’écoute… Bref, aucun filet de sécurité pour Oumou et ses musiciens, condamnés à se changer en héros de la voltige musicale.

Le numéro d’équilibriste est pourtant plus que convaincant. D’abord parce que l’enregistrement permet de mieux apprécier le travail des compagnons de scène d’Oumou, qui puisent dans les racines de la musique du Wassoulou. Notamment le raffinement du jeu de Guimba Kouyaté (guitare) et de Brahima « Benogo » Diakité (kamele ngoni).

Mais surtout parce que la voix de la reine malienne, débarrassée des artifices de la production, réapparaît dans toute sa sensibilité. Une voix peut-être plus grave, moins éclatante que dans sa prime jeunesse, mais qui raconte beaucoup de la trajectoire mouvementée d’une guerrière de 52 ans qui a dès ses débuts défendu le plaisir féminin, dénoncé l’excision et les mariages forcés, et s’est changée en femme d’affaires jalousée.

Il faut écouter et réécouter la reprise poignante de Mogoya, point d’orgue d’émotion de l’album, bien éloignée de la version originale très éthérée. Ce n’est plus une diva qui épate par ses capacités techniques, c’est une aînée, une sœur, une maman, qui nous parle à l’oreille, nous confie un peu de ses peines… et, comme par magie, allège les nôtres.

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