Défense

Mauritanie : qui est le général Ould Meguett, nouveau chef de l’armée ?

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Mohamed Ould Bamba Ould Meguett, Chef D'etat Major.

Mohamed Ould Bamba Ould Meguett, Chef D'etat Major. © © AMI

As du renseignement, le nouveau chef d’état-major général de l’armée mauritanienne, Mohamed Ould Meguett, a reçu pour mission de redresser une armée de moins en moins performante.

En apparence, la nomination du général de division Meguett à la tête des armées mauritaniennes, le 8 juin, est une opération « de routine », comme la qualifie un officier retraité de l’état-major. Né en 1962 dans la wilaya du Trarza (Sud-Ouest), au sein de la tribu guerrière des Ouled Ahmed, il est le plus ancien militaire de l’armée, au grade le plus élevé.

Très respecté dans la troupe, il était somme toute logique qu’il obtienne sa promotion comme chef d’état-major général, un poste qui lui avait échappé en 2018.

Homme de l’ombre

Membre de la première promotion de l’École interarmes d’Atar, en 1976, Mohamed Ould Bamba Ould Meguett a gravi un à un les échelons hiérarchiques, toujours sur le terrain. Il a commandé plusieurs régions militaires et passé de longues années dans le nord du pays, dans le Tiris-Zemmour et l’Adrar, où il épouse la fille d’un ancien adjudant-chef de l’armée française.

Certains militants l’accusent d’avoir fait partie des officiers maures qui ont massacré des collègues négro-mauritaniens dans la région méridionale du fleuve Sénégal dans les dramatiques années 1988-1991. « À cet époque, il n’occupait aucun poste de commandement et on ne peut pas lui attribuer une responsabilité dans ces événements, affirme un bon connaisseur de l’histoire mauritanienne. Il était officier de transmission à Nouadhibou, au nord. Il serait même intervenu pour arrêter les sévices infligés à un sous-officier négro-mauritanien ».

En 2005, Ould Meguett fait partie des officiers qui renversent le président Taya. Pendant la période de transition, il penche du côté d’Ahmed Ould Daddah, patron du Rassemblement des forces démocratiques (RFD). Puis il participe en 2008 au coup d’État qui dépose le président élu Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi et porte au pouvoir le général Mohamed Ould Abdel Aziz.

On lui attribue une bonne partie des succès de la Mauritanie dans la lutte contre les jihadistes

Depuis six ans, il occupait le poste de directeur général de la Sûreté nationale, autrement dit de la police. Les services de renseignements n’ont donc pas de secret pour lui.

Voilà pour le parcours de celui qui est chargé par le président Mohamed El Ghazouani et son ministre de la Défense, le général Hanena Ould Sidi, de remettre à niveau l’armée.

Dans les cercles de la Défense, on attribue à Ould Meguett une bonne partie des succès de la Mauritanie dans la lutte contre les jihadistes. Oasis de sécurité dans un Sahel déstabilisé, le pays n’a en en effet pas connu de tentative d’attentats depuis neuf ans. « Il a une grande expérience de la lutte anti-terroriste, confirme Ahmed Ould Salem Mokhtar, directeur de l’information à l’Agence mauritanienne d’information. Il est le seul parmi les responsables du renseignement à avoir infiltré les bases terroristes ».

« Affable » pour les uns, « facile d’accès » selon les autres, tous conviennent que l’homme est avant tout « secret et rigoureux ». Et qu’il partage avec le président Ghazouani, dont il est très proche, un art de l’écoute et du consensus. Recevant beaucoup sans être mondain, il est toujours resté en contact avec la sphère politique.

Le président mauritanien Ghazouani lors de la célébration de l'Indépendance, à Akjoujt, le 28 novembre 2019

Le président mauritanien Ghazouani lors de la célébration de l'Indépendance, à Akjoujt, le 28 novembre 2019 © AMI

Les erreurs de « Brour »

Beaucoup se sont néanmoins demandés pourquoi la promotion de Ould Meguett s’est faite au détriment de Mohamed Cheikh Ould Mohamed Lemine, dit « Brour ». Ce général de division, qui occupait la fonction de chef d’état-major général depuis moins de deux ans, est rétrogradé à la tête de la Garde nationale.

Il existe certes une inimitié entre Brour et le ministre de la Défense, le général Hanena. Mais elle n’explique pas tout. Faute de légitimité auprès de ses pairs et malgré son appartenance à la mouvance baasiste, le général Lemine semble ne pas avoir fait preuve d’assez de poigne pour maintenir la petite et rustique armée mauritanienne — 20 000 hommes — au niveau où l’avait portée Ghazouani lorsqu’il était chef d’état-major, et son adjoint d’alors, le général Hanena.

Plusieurs événements ont fait craindre un laisser-aller dans l’institution militaire

Plusieurs événements ont fait craindre un laisser-aller dans l’institution militaire. L’an dernier, le quatrième bataillon motorisé affecté en Centrafrique sous le pavillon de la Minusca a été jugé « non opérationnel » par une inspection de l’ONU. Cette humiliation a mis en colère le président Ghazouani, fier de la bonne réputation des précédents bataillons envoyés dans le pays. Et elle a privé l’armée de quelque 15 millions de dollars : les effectifs mis en cause ont été réduits de moitié, et ce malgré une remise à niveau.

Autre crainte, le danger terroriste se rapproche dangereusement de la frontière avec le Mali où s’affrontent, à moins de cent kilomètres de la Mauritanie, des katibas d’Aqmi et de l’État islamique. Certains estiment que les Groupements spéciaux d’intervention (GSI), créés en 2009 par le président Ghazouani lui-même pour combattre les jihadistes, ont perdu de leur combativité à un moment délicat.

Enfin, il y a eu la bavure du 28 mai. Un charretier peul, Abbas Diallo, qui aidait durant la nuit un commerçant à importer des marchandises du Sénégal, enfreignant le blocus institué pour lutter contre le Covid-19, a été abattu par un militaire à Dabano.

Le général Meguett a procédé dès sa nomination à une série de mutations

Même si ce militaire semble être soninké, donc négro-mauritanien, les communautés noires et les partis d’opposition y ont vu un meurtre raciste. La famille de la victime a refusé le dédommagement offert par la hiérarchie militaire, ouvrant une fois de plus les plaies jamais cicatrisées des années 1980-1990.

Dans ce contexte, le général Meguett a procédé dès sa nomination à une série de mutations, dont la plus symbolique politiquement concerne le renseignement. Le colonel Sayed Ahmed Ould Taya, cousin de l’ex-président Taya, a été nommé directeur adjoint du très stratégique Bureau présidentiel des études et de la documentation (renseignements extérieurs), en remplacement de l’inamovible colonel Dahhah Ould Moulaye Ali, mari d’une sœur de Mohamed Ould Abdelaziz.

Ce remplacement confirme la rupture entre Aziz et Ghazouani. Le chef de l’État se sépare, méthodiquement mais en douceur, des hommes placés par son prédécesseur aux postes essentiels de commandement.

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