Politique

[Tribune] En Tunisie, la peur du coronavirus a pris le pas sur la raison

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Par  Maher Haffani

Médecin pédiatre de libre pratique

A Tunis, lors de la deuxième phase du plan de déconfinement, le 3 juin 2020.

A Tunis, lors de la deuxième phase du plan de déconfinement, le 3 juin 2020. © Adel Ezzine/Xinhua/CHINE NOUVELLE/SIPA

En Tunisie, la levée totale du confinement est effective depuis le 14 juin. À l’heure du bilan, le docteur Maher Haffani juge que la politique sanitaire a créé la psychose au détriment de la rationalité scientifique.

Face à une pandémie singulière, la majorité de la population a adhéré comme un seul homme à des mesures liberticides qui tuent des millions de commerce et d’entreprises, flinguent des dizaines de millions d’emplois et déscolarisent des millions d’enfants et adolescents, sans aucune ou très peu de résistance. Et ce au mépris du réel scientifique.

On a beau eu dire que les cas de personnes de moins de 55 ans létalement touchés étaient rares, qu’une grande majorité d’individus jeunes et parfaitement sains ont un système immunitaire capable de rejeter ce virus, le SARS-CoV-2, sans la moindre conséquence pathologique. On a eu beau constater, preuves à l’appui, que la quasi-totalité des malades décédés du Covid-19 étaient porteurs d’au moins une pathologie handicapante pour le système immunitaire. Calembredaines et billevesées, pour le grand public.

Peur et conformisme social

Durant ces quatre derniers mois, nous avons assisté à l’annihilation de la capacité à réfléchir et à user d’un minimum de bon sens. Car en déployant le spectre de la mort, en réveillant les peurs et en plongeant les individus dans un état de sidération, les discours ont eu un effet hypnotique. Discours, voire mensonges. La crainte de l’au-delà, plus forte que les données scientifiques.

Au quotidien, nous médecins avons donc été confrontés, dans nos cabinets, à des patients convaincus d’être contaminés par un virus à les entendre radioactif, qui pourrait même les faire exploser (sic). Dans tous les cas, la pulsion mortifère a pris le pas sur le bon sens.

Cela interroge : pourquoi dans tels cas l’homme s’arrange-t-il pour mettre en place des stratégies de défense, face à des arguments pourtant rationnels, et use d’arguments incohérents comme d’un bouclier difficile à percer ?

In fine, le Covid-19 laisse entrevoir ô combien les masses sont manipulables.

La peur de l’au-delà ne suffit pas à expliquer un tel réflexe. Le conformisme social est une part de la réponse. La crainte d’être rejeté par ses semblables. Aussi, on met un masque, sans s’interroger sur les effets du renvoi du dioxyde de carbone vers les organes et le cerveau. Instinct grégaire et crainte d’être hors consensus, même si on n’a par ailleurs aucune pathologie handicapante comme le diabète, l’obésité ou autre.

Dire que le coronavirus en est à sa vingt-et-unième version ne suffit pas à faire entendre raison. Et pas davantage le fait qu’aucun vaccin n’a jamais pu être découvert à ce jour contre aucun autre coronavirus. Sans parler du sida et d’Ebola. À l’inverse, une campagne de vaccination est lancée chaque année contre la grippe saisonnière, sans qu’aucune évaluation de son efficacité ne soit faite.

Au final, la « grippette » annuelle aura fait bien plus de victimes que le coronavirus, mais nul ne le souligne, car la peur, encore, prime sur le réel. In fine, le Covid-19 aura peut-être été bien plus mortel pour l’entendement que pour les personnes. Et laisse entrevoir ô combien les masses sont manipulables.

Vaincre le déni

Le déni est sans doute l’obstacle le plus difficile à franchir, car il est une barrière psychologique absolue. Une sorte de kevlar de la pensée. Les individus ont besoin de croire, et notamment de croire en leurs gouvernants par temps de crise. Le cerveau réfute alors toute possibilité que des responsables puissent se tromper – de bonne foi – et entraîner un peuple dans ses erreurs.

La bonne foi étant exclue, il reste ces « sauf si », le plus souvent des « oui, mais » : « Oui, mais des lobbys sont à la manœuvre. » Et voilà le déni qui se mue en complotisme. Le mécanisme a une vertu, je le conçois, celle de protéger le psychisme d’informations violentes véhiculées par les médias, dont celle d’être « un mort en sursis ».

À qui profite la psychose ? Quel sens au port du masque quand le virus perd de sa virulence ?

De toute évidence, déployer des arguments dans pareil cas est inutile. À défaut, il faut amener chacun à se poser les bonnes questions et à y apporter sa propre réponse. À qui profite la psychose ? Quel sens au port du masque quand le virus est au plus bas de sa virulence, alors que ces mêmes masques se faisaient rares pendant la période la plus contagieuse ?

Seules ces interrogations pourront faire fléchir les croyances et permettre d’engager une réflexion saine sur une pandémie finalement assez commune. Cette réflexion doit permettre de remettre la science au cœur des politiques publiques.

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