Lundi 17 octobre 2011, Français et Algériens commémorent le 50e anniversaire d'un épisode sanglant de l'histoire coloniale. En 1961, une manifestation de la Fédération de France du Front de libération national (FLN) est violemment réprimée dans la capitale française, sur ordre du préfet de police de Paris, Maurice Papon. Bilan officiel : trois morts, alors que déjà plusieurs voix s'élèvent pour dénoncer une véritable tuerie, programmée contre des manifestants pacifiques. De fait, selon les historiens, de 150 à 200 personnes ont péri ce jour-là sous les balles des forces de police. En France pourtant, pendant des décennies, le silence règne autour d'un événement qui n'a jamais été reconnu par les plus hautes autorités de l'État.
A la fin des années 1980, les travaux des chercheurs sortent progressivement la tragédie de l'oubli. Bien avant cela, en 1962, Marcel Péju et son épouse Paulette avaient tenté de publier un ouvrage sur les témoignages des survivants. Mais il faudra attendre 49 ans pour qu'il sorte à titre posthume, sous le titre "Le 17 octobre des Algériens" (éditions La Découverte). La préface est signée par l'historien français Gilles Manceron, qui livre son analyse sur la "triple occultation" du massacre. Si en France, l'État "a tout fait pour ne pas le reconnaître", il n'est pas le seul en cause. La gauche française et les autorités algériennes du lendemain de l'indépendance ont aussi joué un rôle dans la dissimulation d'un épisode gênant. Explications.