Diplomatie

Le match de la semaine : João Lourenço face à Joseph Kabila

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Les présidents angolais et congolais se livrent à un duel à distance, dont l'intensité est montée d'un cran après le ballet diplomatique entre João Lourenço et Paul Kagame en Europe, à Paris puis Bruxelles, fin mai et début juin.

À Kinshasa, on n’en revient toujours pas : « À Paris, le 28 mai, João Lourenço s’est lâché, déplore une source gouvernementale. Pendant cinq minutes, il a dit tout haut ce qu’il pensait tout bas. Désormais, nous savons que les chefs d’État de la région ont fait le choix de discuter de la RD Congo sans nous ! »

Après Emmanuel Macron, qui, cinq jours plus tôt, avait évoqué une « initiative [du Rwandais Paul Kagame] en étroite liaison avec le président angolais », c’est donc au tour de ce dernier d’irriter les autorités congolaises.

« Tout est transparent »

Si Lourenço s’est montré moins prudent qu’il ne l’avait été jusque-là, son appel à respecter l’accord de la Saint-Sylvestre 2016 et à organiser des élections ce 23 décembre sans Joseph Kabila n’en correspond pas moins à la position de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), de la Conférence internationale sur la région des grands lacs (CIRGL), de la Ceeac, de l’UA, de l’UE et de la Francophonie.

Mais, en l’énonçant clairement devant la presse française, a-t-il rompu un pacte de silence qui liait les chefs d’État de la région ? « Nous n’avons rien à cacher, tout est transparent », assure l’un de ses conseillers. Au moment où nous écrivions ces lignes, le président angolais devait se rendre à Bruxelles pour y évoquer notamment le dossier congolais avec les autorités belges.

Quant à la présence simultanée de Paul Kagame dans la même ville, elle serait pure coïncidence : la délégation angolaise n’en avait pas été informée. Les deux dirigeants vont-ils se rencontrer ? « Tout est envisageable », dit-on côté angolais. « Ce serait souhaitable », confie le chef de l’État rwandais à JA.

Dès son retour au pays, Lourenço espère faire rapidement venir Joseph Kabila à Luanda – comme ce fut le cas lors d’un sommet extraordinaire de la SADC, en avril. Tous deux sont d’accord sur le principe d’une rencontre. Leurs ministres des Affaires étrangères, Manuel Domingos Augusto et Léonard She Okitundu, se concertent régulièrement par téléphone pour en fixer les moindres détails. Le leader angolais espérerait convaincre son voisin d’annoncer officiellement son retrait.

« Une fêlure au sein de la SADC »

Pourtant, dans l’entourage de Kabila, des voix s’élèvent pour réclamer la déprogrammation de cette rencontre. Pis, une frange de l’exécutif congolais voit dans ces démarches des autorités angolaises la volonté de court-circuiter le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, président de la SADC.

« La fêlure que l’on observe au sein de cette organisation est due à la course au leadership régional dans laquelle s’est lancé l’Angola, qui a pris position sans consulter le Tanzanien John Magufuli ni le Zambien Edgar Lungu. Cela traduit l’intention de briser la discipline de l’organisation », s’emporte notre source gouvernementale.

« Le président Lourenço ne fait que prendre ses responsabilités, en tant que président de la “troïka” politique de défense et de sécurité de la SADC », relativise-t-on côté angolais.

Qu’en pense Joseph Kabila ? « Le président ne partage pas ces considérations alarmistes, tempère Barnabé Kikaya Bin Karubi, son conseiller diplomatique, de passage à Lomé. Il ne pense pas que João Lourenço puisse tenir des propos inamicaux à son égard. » « Nous n’avons aucun problème avec Joseph Kabila, avec qui nous parlons en permanence », assure de son côté un membre de la délégation angolaise.

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