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Cet article est issu du dossier «Présidentielle au Mali : dernière ligne droite»

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Politique

[Édito] Mali : Koutiala vs Tombouctou

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François Soudan est directeur de la rédaction de Jeune Afrique.

Ibrahim Boubacar Keïta, lorsqu'il était candidat à la présidentielle de 2013 au Mali. © Émilie Régnier pour Jeune Afrique

S moins 10. Dans dix semaines, un peu plus de 8 millions d’électeurs – sur une population de 18 millions d’habitants – seront appelés à se rendre aux urnes, sous le ciel gris de l’hivernage, pour ce qui ressemble à un remake de la présidentielle de 2013 : Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) vs Soumaïla Cissé.

Édito. Ce ne seront certes pas les seuls candidats, l’émiettement des postulants qui se réclament de l’opposition étant d’ailleurs l’un des déterminants de l’issue du scrutin des 29 juillet et – si second tour il y a – 12 août prochains.

Mais le chef de l’État sortant et l’ancien président de l’Uemoa, qui se présente pour la troisième fois, sont incontestablement les deux poids lourds de ce combat où chacun espère l’emporter par KO dès le premier round. Bilan contre promesses, socialiste contre libéral, Koutiala contre Tombouctou : l’affiche est alléchante, et l’enjeu – l’avenir d’un grand pays meurtri – considérable.


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Le coup de gong liminaire du compte à rebours a été donné le 12 mai par le challenger, à l’occasion d’un impressionnant rassemblement au stade du 26-Mars, à Bamako. Ne soyons pas naïfs : la présence d’artistes à ses côtés y a été pour quelque chose, et il n’est pas un seul meeting électoral, au Mali comme ailleurs, où les incitatifs divers ne jouent pas leur rôle pour drainer la foule. Il n’empêche : le discours particulièrement pugnace qu’a prononcé ce jour-là Soumaïla Cissé a fait de lui l’incarnation de l’alternance et du recours face à un pouvoir contraint, jusqu’ici, à la défensive.

Il faut dire que Cissé est le seul parmi les adversaires du chef de l’État (avec l’homme d’affaires Aliou Boubacar Diallo) à avoir réellement les moyens de son ambition – ne serait-ce que par les avantages financiers considérables que lui octroie son statut de chef de file de l’opposition, dont le décret d’application a été signé en mars 2015 par… IBK : 500 millions de F CFA (plus de 762 000 euros) par an, ce qui fait de lui, sur le papier, l’opposant le mieux rémunéré d’Afrique.

Donner à rêver

De quoi mener campagne donc, même si les accusations de captation des moyens de l’État à son profit ne manqueront pas d’être brandies par ses adversaires à l’encontre d’IBK. En attendant d’entrer à son tour véritablement en lice – pas avant la fin du mois de ramadan et vraisemblablement à partir du 7 juillet, si l’on en croit son entourage –, ce dernier observe, parle peu, laisse agir son Premier ministre de choc Soumeylou Boubèye Maïga, se délecte des emballements de ceux qui ont déjà vendu son boubou présidentiel, et peaufine son bilan.


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Sur les plans économique, social, administratif (retour de l’État à Kidal et à Ménaka), militaire (il n’y a plus de sanctuaire terroriste, même si la présence de katibas dans le Centre demeure préoccupante), comme sur celui du respect des libertés publiques, les comptes sont loin d’être dans le rouge. En dépit du bruit de fond pessimiste, culpabilisateur et volontiers condescendant distillé à longueur d’articles et de rapports, l’armée malienne, rééquipée, combat de mieux en mieux un ennemi si complexe à éradiquer que Soumaïla Cissé lui-même – pourtant peu avare de critiques sur la gestion de la crise sécuritaire – se donne cinq ans pour en venir à bout. Encore faut-il, pour ce président pudique, savoir se vendre, mieux communiquer et donner à rêver aux Maliens. On n’est jamais élu – a fortiori réélu – sans un zeste de démagogie.

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