Mode

Mode : « Maison Château Rouge », du bricolage au conte de fées

La griffe revendique son quartier parisien d’origine. © ojoz/maison chateau rouge

Créée de façon artisanale, la ligne de vêtements Maison Château Rouge a connu en trois ans un succès fulgurant. Elle cherche désormais à se diversifier.

Une Japonaise pressée, sapée haute couture des talons au chignon, déboule dans le magasin Maison Château Rouge : « J’ai vu votre pantalon dans une publicité… vous l’avez encore ? » La scène se passe dans l’unique boutique de la marque, au 40 bis de la rue Myrha (Paris). Qui aurait pu penser que cette allée encombrée de petits magasins de tissus et de supérettes exotiques verrait défiler une clientèle huppée capable de se payer des tops à 110 euros et des jupes à 160 euros ? C’est l’effet Maison Château Rouge.

Une griffe distribuée dans 14 pays

Créée il y a seulement trois ans par les frères Fofana, Youssouf et Mamadou (29 et 30 ans), la marque spécialisée dans le streetwear féminin en wax n’en finit plus d’étendre sa griffe. De grands magasins, le Bon Marché et les Galeries Lafayette, l’ont rapidement mise en avant. Elle est aujourd’hui distribuée dans 14 pays. Et, en mai, Monoprix a donné aux patrons carte blanche pour créer une collection capsule de vêtements, de vaisselle, de papeterie, de linge, permettant à la jeune pousse de démocratiser et d’étoffer son offre.

Il nous fallait un financement… alors j’ai pensé à vendre une centaine de tee-shirts sur internet

« Avant, nous séduisions des influenceurs, une sphère un peu plus communautaire. Cette collaboration nous a permis d’accéder au grand public. Nous avons triplé nos ventes en magasin », révèle Youssouf, discret sur son chiffre d’affaires.

L’histoire de ce succès fulgurant tient du conte de fées. Et du bricolage. Au tout début de l’aventure, en 2014, les frères Fofana créent une association, Les Oiseaux migrateurs, pour accompagner des initiatives économiques africaines. Ils misent sur la production de bissap en bouteille, produit dans des coopératives sénégalaises des régions de Thiès et de Kaolack.

« Mais il nous fallait un financement… alors j’ai pensé à vendre une centaine de tee-shirts sur internet », sourit Youssouf Fofana. Le jeune homme achète des tissus rue Myrha et fait fabriquer ses vêtements dans des ateliers du Sentier. Il pense au nom de marque Maison Château Rouge, qui peut parler à un public parisien et africain, le dépose, crée un site et communique sur les réseaux. Le stock est épuisé en quelques semaines.

Dans les bagages de Macron

D’événements en salons spécialisés, dans un Paris gagné par la fièvre afro, les frères Fofana se font connaître et aimer. La réussite de ces enfants d’immigrés (père ouvrier chez PSA, mère femme de ménage) qui ont grandi en banlieue, à Villepinte, leur implication au Sénégal séduisent jusqu’à Emmanuel Macron, qui les invite à l’accompagner dans sa première tournée africaine en novembre 2017. « Nous partageons l’idée que le développement local passe d’abord par un soutien aux entrepreneurs qui vivent sur place », glisse Youssouf.

Alors que sa marque est plébiscitée et que sa boisson est de plus en plus décapsulée (10 000 bouteilles depuis le début de l’année), le jeune patron veut élargir son horizon. Il souhaite recruter à court terme une quinzaine de personnes et proposer, avec son Studio MCR, des conseils aux services communication de grandes entreprises. Petit à petit, Maison Château Rouge pourrait devenir un très grand domaine.

Fermer

Je me connecte