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Cet article est issu du dossier «Emmanuel Macron et la Françafrique»

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Diplomatie

RDC : divergences « tactiques » entre Bruxelles et Paris

Le président congolais devant l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre 2017. © UN Photo/Cia Pak

Faire pression sur Kabila pour qu’il renonce au pouvoir ou persuader les pays de la région de s’en charger ? Belgique et France ne sont pas sur la même longueur d’onde.

Cet article est paru dans Jeune Afrique le 27 mai, dans le cadre du dossier « Macron va-t-il achever la Françafrique ? ». Depuis, Emmanuel Macron a pris position publiquement sur la crise en RDC et les présidents angolais João Lourenço et rwandais Paul Kagame se sont rendus en visite à Bruxelles.

La France s’est à ce jour bien gardée de toute prise de position pour dénoncer le maintien au pouvoir du président congolais Joseph Kabila, dont le dernier mandat aurait dû s’achever en décembre 2016 si la Constitution avait été respectée. Ce silence a longtemps exaspéré la diplomatie belge, dont l’approche en la matière est différente. Didier Reynders, le vice-Premier ministre chargé des Affaires étrangères, n’hésite pas à critiquer publiquement le gouvernement de l’ex-colonie et tente de convaincre l’Union européenne de lui imposer des sanctions. Certains diplomates vont jusqu’à suggérer que la France pourrait avoir bloqué l’adoption de plusieurs d’entre elles.

Autre grief : la poursuite des contacts entre les services de renseignements français et l’Agence nationale de renseignements (ANR) congolaise, qui joue souvent le rôle de police politique à Kinshasa. De fait, une délégation de l’ANR a de nouveau séjourné à Paris début avril… Emmanuel Macron lui-même a parlé au téléphone à deux reprises avec Kabila, le 3 mai 2017 et le 29 mars 2018. Et son conseiller Afrique, Franck Paris, l’a rencontré à Lubumbashi le 20 juin 2017.

Boycott des entreprises françaises

Certains Congolais crient donc au retour de la Françafrique. En janvier, une partie de la société civile a même appelé à boycotter les entreprises françaises comme Orange, Total ou Air France. Certains diplomates ont cru voir dans l’opération la main de la Belgique, ce qui a provoqué des tensions avec leurs collègues belges à Kinshasa.

Quoi qu’il en soit, le pouvoir congolais fait ce qu’il peut pour enfoncer un coin entre les deux pays. Il cajole la France (le permis d’exploration de Total sur le lac Albert a été reconduit) et sanctionne la Belgique : il a, en 2017, interrompu sa coopération militaire, puis, cette année, fermé son consulat à Anvers, réduit les vols de Brussels Airlines et fermé la Maison Schengen, à Kinshasa, où les diplomates belges étaient chargés de la délivrance des visas pour toute l’Europe, ou presque.

La France solidaire de Kinshasa

Mais, avec cette dernière décision, Kinshasa n’a semble-t-il pas atteint son objectif, la France manifestant une solidarité sans faille avec son voisin, ce qui a été très apprécié à Bruxelles. À Paris, on souligne le caractère « tactique » de ces divergences, la Belgique, qui compte une importante diaspora congolaise acquise à l’opposition, pouvant difficilement ne pas prendre publiquement position. Les responsables français sont pourtant convaincus de l’inefficacité des condamnations venues d’Occident.

Leur stratégie est plutôt de convaincre les pays de la région (Angola, Afrique du Sud, Rwanda, etc.) de faire conjointement pression pour que Kabila annonce son départ en juillet prochain, puis quitte effectivement le pouvoir après les élections du 23 décembre, conformément au calendrier électoral – ce qui est très loin d’être acquis. À Bruxelles, on insiste néanmoins sur une condition supplémentaire : il faut que ces élections soient crédibles.

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