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Cet article est issu du dossier «Sénégal : neuf mois pour convaincre»

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Vie des partis

Sénégal : en attendant Karim Wade

Manifestation de l’opposition, le 9 février, à Dakar. © SEYLLOU/AFP

Depuis son exil au Qatar, le fils de l’ex-président assure qu’il entend « faire face » à Macky Sall en 2019. Mais entretient le mystère sur sa stratégie et son agenda.

Il aura remis au goût du jour la célèbre nouvelle d’Alphonse Daudet. Depuis la défaite de son père, en 2012, et plus encore depuis sa sortie de prison, en 2016, Karim Wade joue L’Arlésienne. Tandis qu’au Sénégal son nom est évoqué sans relâche, il n’est pas réapparu, pas plus qu’il ne s’est exprimé publiquement. Il est pourtant le candidat à la présidentielle du Parti démocratique sénégalais (PDS), la principale force d’opposition. Un statut hérité, en mars 2015, de son périple judiciaire et carcéral, à quelques jours de sa condamnation à six ans de prison pour enrichissement illicite.

La désignation avait été orchestrée par son père, Abdoulaye Wade. Et si quelques cadres du PDS avaient en privé exprimé des désapprobations, le statut de « prisonnier politique » conféré par l’opposition à l’intéressé les a incités à les garder pour eux.

Plus secret que jamais

Lorsqu’en juin 2016 Karim Wade bénéficie d’une grâce présidentielle, on pense venu le temps des explications. Mais au nom d’un deal occulte toujours pas éclairci, l’ex-prisonnier opte pour un exil au Qatar et fait vœu de silence.

En bientôt deux ans, s’il a multiplié les échanges (sur WhatsApp) avec de nombreux responsables politiques, il n’a jamais livré le moindre entretien aux médias ni la moindre déclaration publique. Plus secret que jamais, Karim Wade semble entretenir à dessein le mystère sur la date de son retour au Sénégal – auquel certains observateurs finissent par ne plus croire.

Au PDS, l’embarras est palpable. Car à la question fatidique, nul n’a de réponse autre qu’incantatoire

Au PDS, l’embarras est palpable. Car à la question fatidique, nul n’a de réponse autre qu’incantatoire. Les cadres du comité directeur pratiquent donc la méthode Coué : « Il sera parmi nous pour les prochaines échéances électorales », ressassent-ils en substance. À quelques mois des législatives de juin 2017, le refrain tournait en boucle.

Pourtant, Karim leur a fait faux bond. À un jet de pierre de la présidentielle, ses « frères » libéraux l’entonnent à nouveau, d’autant que l’intéressé lui-même a fini par assurer, dans un communiqué récent, qu’il entendait « faire face » à Macky Sall en 2019. Reclus dans le golfe Persique, l’ancien « ministre du Ciel et de la Terre » semble être devenu le metteur en scène d’une adaptation sénégalaise d’En attendant Godot, la pièce de Samuel Beckett. Comme Godot, il est très attendu. Fera-t-il son entrée avant que retombe le rideau de la présidentielle ?

Drôle de retour en grâce

Dans les médias, les fuites le concernant se déversent par wagons entiers, comme pour masquer cette évidence : de son agenda comme de sa stratégie, on ignore tout. Pour quelle raison n’a-t-il plus remis les pieds à Dakar ni à Paris depuis deux ans ? Pourquoi ce mutisme ? Quel engagement secret a-t-il contracté auprès de l’émir du Qatar, son hôte, qui joua les médiateurs pour obtenir sa libération ? A-t-il renoncé à sa nationalité française (qui lui interdit de se présenter au Sénégal) ? Sa demande d’inscription sur les listes électorales sera-t-elle refusée ? Parle-t-il couramment le wolof (si non, ce serait un handicap pour faire campagne) ? Etc.


> A lire: Sénégal: L’histoire secrète de la libération de Karim Wade


D’après plusieurs responsables politiques qui pourtant ne lui sont pas liés, le nom de Karim Wade reviendrait avec insistance lors d’enquêtes d’opinion officieuses – leur publication est interdite au Sénégal –, comme candidat le mieux placé pour espérer mettre Macky Sall en ballottage. Drôle de retour en grâce pour celui qui, de 2008 à 2012, était sans doute la personnalité la plus critiquée du pays. À l’époque du moins, il y résidait à plein temps.

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