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Cet article est issu du dossier «Angola : João Lourenço tiendra-t-il ses promesses économiques ?»

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Politique économique

Angola : Lourenço face à ses promesses économiques

João Lourenço, le président angolais, en novembre 2017 à Abidjan. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Si le président Lourenço a su envoyer les bons signaux aux investisseurs dès son élection, il y a neuf mois, son pays, l'Angola, est loin d’être sorti de la crise. Bilan de santé d’une économie encore fragile.

« L’état de grâce est passé. Maintenant, on attend des résultats. » Carlos Rosado, le directeur de l’hebdomadaire Expansão, résume bien le sentiment qui prédomine en Angola. Après l’élection de João Lourenço en août dernier, un vent d’optimisme a soufflé dans le pays, deuxième producteur de pétrole du continent.

Un président sexagénaire succédait à l’homme fort du pays, José Eduardo dos Santos, 75 ans, à la tête du pays depuis trente-huit ans. Le nouveau champion du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), parti au pouvoir depuis l’indépendance, en 1975, promettait d’être « l’homme du miracle économique angolais ».

Bon signaux

Mais, après neuf mois, l’espoir retombe face à la réalité d’un pays en crise, touché de plein fouet par la baisse des cours du pétrole. Attirer les investissements étrangers, juguler l’endettement, diversifier l’économie et répondre aux attentes des 28 millions d’Angolais… La tâche qui attend João Lourenço, s’il veut tenir ses promesses, est colossale.

À son arrivée au pouvoir, « JLo » a envoyé de bons signaux. Il a mené une opération de nettoyage audacieuse en s’attaquant aux symboles du népotisme de l’ère dos Santos. Il a remercié la fille aînée de l’ex-président, Isabel, alors patronne de la compagnie nationale de pétrole Sonangol, limogé son demi-frère, José Filomeno, alors à la tête du fonds souverain angolais, et rompu des contrats impliquant deux autres enfants de la famille, Tchizé et Coréon Dú. Ce qui lui a valu le surnom de Terminator. En parallèle, des enquêtes pour fraude ont été ouvertes contre de hauts responsables, dont José Filomeno et l’ex-chef d’état-major de l’armée.

João Lourenço a également repris le contrôle d’instances clés : il a fait revenir à la tête de la Banque centrale José de Lima Massano, réputé pour son expertise mais évincé par dos Santos, et il a confié à José Manuel Ganga Júnior, ancien gestionnaire de l’une des plus importantes mines du pays, la direction de la société nationale de diamants, Endiama.

Deux eurobonds

Autre signal lancé, celui-ci en direction de l’étranger, l’exécutif a sollicité l’assistance technique du FMI pour l’aider à mettre en œuvre son programme de réformes, rompant avec la méfiance de José Eduardo dos Santos envers le Fonds. « Ces éléments ont été jugés très favorablement par la communauté internationale », note Daniel Ribant, consultant et bon connaisseur du pays. Résultat, l’Angola a finalisé l’emprunt de 3 milliards de dollars à travers l’émission de deux eurobonds, une bouffée d’oxygène financière.

Ce ménage s’est accompagné de mesures concrètes, unanimement saluées. Le régime de change fixe entre le kwanza et le dollar, qui laissait fleurir le marché noir de devises, a été remplacé en début d’année par un système de change flottant. Ce changement, qui entraîne une forte dévaluation de la monnaie nationale angolaise (– 32 % par rapport à l’euro depuis janvier), doit aussi enrayer la fonte des réserves de change et faciliter le rapatriement des recettes des entreprises étrangères.

 Il est plus facile d’être entrepreneur à Damas qu’à Luanda (selon le classement « Doing Business » 2018 de la Banque mondiale)

En avril, l’Assemblée nationale a adopté une nouvelle loi pour faciliter les investissements étrangers, qui supprime le montant minimal à engager (50 millions de kwanzas, environ 180 000 euros) ainsi que l’obligation de s’associer avec un partenaire local. Les parlementaires ont également voté une loi sur la concurrence visant à mettre fin aux monopoles. Enfin, des mesures répondant aux attentes des pétroliers ont été prises pour relancer leur secteur, qui représente 95 % des exportations du pays et assure 70 % de ses recettes fiscales.

Endettement colossal

Pour autant, ni l’Angola ni João Lourenço ne sont tirés d’affaire. Selon le classement « Doing Business » 2018 de la Banque mondiale, il est plus facile d’être entrepreneur à Damas qu’à Luanda. Malgré la récente remontée du prix du baril, autour de 70 dollars, et une prévision de croissance de 2,2 % pour cette année, selon le FMI, le pays reste en crise.

Depuis mi-2014, les compagnies pétrolières ont réduit leurs activités, gelé l’exploration, licencié pour compresser les coûts. Par ricochet, les recettes de l’État ont chuté : le budget, amputé d’un quart entre 2014 et 2015, plafonne à 45 milliards de dollars, conduisant les autorités à puiser dans les réserves et à s’endetter massivement.

Rien que cette année, l’Angola va emprunter 31 milliards de dollars, ce qui va porter son taux d’endettement à un pic de 70 % du PIB fin 2018, selon le gouvernement. Des emprunts qui pèsent sur les finances publiques. Le service de la dette extérieure va augmenter cette année à 5,9 % du PIB, contre 3,1 % en 2017. Fin avril, l’agence de notation Moody’s décidait en conséquence d’abaisser la note du pays. L’Angola risque de se trouver pris à la gorge s’il ne réussit pas à renégocier avec ses principaux créanciers, en particulier la Chine.

Mais l’État a aussi accumulé des dettes auprès de ses fournisseurs, nationaux comme étrangers. C’est le sujet de préoccupation numéro un des ambassadeurs à Luanda et un motif de plainte récurrent des chefs d’entreprise locaux. Ces derniers pâtissent aussi de l’absence de liquidités, de la lenteur des transferts bancaires et de la quasi-impossibilité d’obtenir un crédit.

Sans oublier le réveil des services fiscaux, qui « harcèlent l’entrepreneuriat national, à coups de pénalités et d’amendes astronomiques, impossibles à payer, provoquant la faillite de nombre de sociétés », dénonce Francisco Viana, le président de la nouvelle Confédération entrepreneuriale d’Angola.

Programme de privatisations

Pour lui comme pour nombre d’observateurs, les efforts déployés ne suffiront pas à sortir le pays de la crise. Il faut faire plus, et plus vite. « La libéralisation du système de change est positive mais, pour attirer les investisseurs, il faut leur assurer qu’ils pourront rapatrier sans problème leurs bénéfices. Or ce n’est pas le cas, en raison de la lourdeur des autorisations administratives », explique Carlos Rosado.

Dans le secteur pétrolier, la modernisation de la Sonangol, attendue de longue date, patine : l’entreprise nationale, soutenue par l’État avec une injection de 10 milliards de dollars entre 2015 et 2017, est au centre d’un règlement de comptes entre son ancienne patronne et son successeur, Carlos Saturnino, qui accuse Isabel dos Santos d’avoir rendu la société « malade » de ses frais de consultants et de ses conflits d’intérêts.

Joerg Boethling

Également en grande difficulté, la compagnie aérienne nationale Taag vient de demander une recapitalisation de plus de 900 millions de dollars… « Pour sortir du système actuel et aller vers plus d’efficacité et de transparence, il faut opérer un changement de mentalité, du haut au bas de l’échelle, c’est le plus difficile », commente un industriel.

La réponse pourrait venir du programme de privatisation dévoilé par le gouvernement lors de la préparation des eurobonds. Plus de 70 entreprises, dont Taag, la banque BCI ou l’assureur Ensa, devraient être concernés dans les prochaines années.

Agriculture, mines et café : l’importance de la diversification

Quant à la diversification, elle devient chaque jour plus urgente. « L’Angola pourrait exploiter 140 000 barils supplémentaires chaque jour sans dépasser les quotas de l’Opep, mais elle ne le fait pas en raison de l’épuisement de ses champs », souligne Daniel Ribant. Sans nouvelle découverte, la production déclinera inexorablement, d’où la nécessité de développer d’autres secteurs.

Les pistes sont connues depuis des années. Quatrième producteur mondial de café dans les années 1970, l’Angola dispose d’un potentiel agricole et agro-industriel énorme. Grand exportateur mondial de diamants, le pays recèle nombre d’autres minerais. Il y a aussi beaucoup à faire dans l’industrie et les services, alors que le gouvernement vient de lancer un plan pour encourager la pêche et annonce des privatisations.

Reste la question des moyens alloués à la diversification. Malgré les ambitions affichées, les dépenses publiques en faveur de l’agriculture ne représentent qu’entre 1 % et 3 % du budget national quand il faudrait y consacrer au moins 10 %… Ce qui fait dire à un chef d’entreprise installé depuis plus de vingt ans à Luanda : « Nous sommes entrés dans une nouvelle ère, mais il est trop tôt pour parler d’une nouvelle gouvernance. »


Le choix de la France

Pour l’Angola, qui cherche des partenaires pour diversifier son économie, la visite d’État de João Lourenço en France, les 28 et 29 mai, tombe à point nommé. Après un entretien avec Emmanuel Macron, il est allé parler agro-industrie, urbanisme et aéronautique à Toulouse.

Pour mettre de l’huile dans les rouages, le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a annoncé 250 millions d’euros d’investissements dans l’agriculture et l’eau potable lors d’une visite à Luanda en mars. C’est peu face aux 4 milliards de dollars promis par la Chine à Luanda cette année, mais c’est un début.

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