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Cet article est issu du dossier «Sénégal : neuf mois pour convaincre»

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Sénégal : les parrainages de la discorde

Des enveloppes de bulletins de vote jetées au sol dans un bureau de Dakar, lors du scrutin présidentiel de 2012 au Sénégal. © Émilie Régnier pour Jeune Afrique

Un texte d'une « nécessité d’ordre public » pour certains, « dangereux pour la démocratie » pour d'autres... La loi sur les parrainages électoraux, adoptée mi-avril au Sénégal malgré la mobilisation de l’opposition, est loin de faire l'unanimité.

Censée « assainir la démocratie » (dixit le ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall), l’affaire a pourtant provoqué des cris d’orfraie dans les rangs de l’opposition. Le 19 avril, l’Assemblée nationale a entériné, à une large majorité, une réforme de la loi électorale présentée par le gouvernement. Celle-ci a notamment pour effet de durcir le quota des parrainages requis pour pouvoir concourir aux différentes élections.


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Jusque-là, un candidat à la présidentielle devait justifier de 10 000 signatures. En 2019, il devra pouvoir en présenter 52 000, réparties dans au moins sept des quatorze régions du pays (soit 0,8 % du corps électoral). Pour le gouvernement, la mesure répond à une nécessité d’ordre public : éviter la « pagaille », selon le ministre Ismaïla Madior Fall, et ne pas « dilapider l’argent du contribuable pour des partis qui n’ont aucune autre légitimité que leur caution financière », complète le porte-parole du gouvernement, Seydou Guèye.

À quelques mois de la présidentielle, la refonte de la loi sur les parrainages donne l’impression de dissimuler des arrière-pensées inavouables

Sur le principe, l’argument est recevable. L’inflation ininterrompue du nombre de partis au Sénégal aboutit en effet régulièrement à une aberration au moment du vote. En juillet 2017, 47 listes distinctes concouraient aux législatives. De quoi donner le tournis aux Sénégalais à l’heure de pénétrer dans l’isoloir.

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Inquiétudes

Mais en étant adoptée en urgence par l’Assemblée à quelques mois de la présidentielle, la refonte de la loi sur les parrainages donne l’impression de dissimuler des arrière-pensées inavouables. « Jusque-là, le pouvoir avait largement profité de la prolifération des candidats. Cela lui permettait de rendre inaudible le discours politique et de diluer à son profit les voix parmi une kyrielle de petits candidats », ironise le député de l’opposition Cheikh Bamba Dièye.


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Une chose est sûre : en matière d’éparpillement des candidatures, la présidentielle reste dans les limites du raisonnable. En 1993 comme en 2000, 8 concurrents s’affrontaient. Ils étaient certes 15, sept ans plus tard, mais plus « que » 14 en 2012. Par ailleurs, les opposants de fraîche date, qui ont lancé leur mouvement récemment, ne disposent pas forcément d’un réseau de militants à même de quadriller le territoire en vue de recueillir tant de signatures. C’est notamment la raison pour laquelle Cheikh Bamba Dièye ne voit dans la réforme qu’un « texte dangereux pour la démocratie ».

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