Burundi : Pierre Nkurunziza, président tout-puissant

Pierre Nkurunziza, après avoir prêté serment pour un troisième mandat, le 20 août 2015. © AFP

Si le oui l’emporte lors du référendum du 17 mai, le chef de l’État burundais pourra rester au pouvoir jusqu’en 2034.

À la tête du Burundi comme au sein de son équipe de football du FC Alléluia, le très croyant Pierre Nkurunziza n’a toujours connu qu’un seul poste : celui d’attaquant. « C’est quelqu’un qui a un instinct de survie et de maintien au pouvoir très élevé, un homme calculateur qui s’est mis à travailler pour sa prochaine réélection dès qu’il est arrivé au sommet de l’État, en 2005 », résume Innocent Muhozi, président de l’Observatoire burundais de la presse.

Arusha « enterré », selon l’opposition

Trois ans après avoir brigué un troisième mandat « inconstitutionnel », écrasant par la même occasion la contestation de la rue, Pierre Nkurunziza s’apprête à tenir un référendum visant à amender la Constitution de 2005. Si l’ego (« oui » en kirundi) l’emporte le 17 mai, l’ancien maquisard pourra, à partir de 2020, briguer deux septennats et se maintenir au pouvoir jusqu’en 2034.

L’adoption du projet de Constitution marquera l’échec d’une tentative de solution négociée et enterrera de facto trois années de dialogue de sourds. Encadrée par une communauté est-africaine impuissante et divisée sur la stratégie à adopter, cette médiation visait à préserver les acquis de l’accord d’Arusha. Signé en 2000, ce dernier avait ouvert la voie à la fin de la guerre civile en garantissant un équilibre ethnique qui, à en croire Bujumbura, empêche le bon fonctionnement des institutions.

Il sera, selon l’opposition, rendu caduc par cette nouvelle Constitution. « Les chefs d’État de la région n’ont jamais été unanimes lors de la médiation. Nkurunziza était conscient des divisions et il en a habilement joué, estime Pancrace Cimpaye, porte-parole du Cnared, la plateforme de l’opposition en exil. Maintenant que cet accord est enterré, la porte d’une solution négociée va se fermer. »


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Climat de répression

Des Imbonerakure dans le quartier de Kinama, dans la capitale burundaise, le 25 mai 2015. © Berthier Mugiraneza/AP/SIPA

Rien ni personne ne semble aujourd’hui en mesure d’empêcher la modification de la loi fondamentale burundaise. L’appel au boycott d’une partie de l’opposition est tombé dans le vide. Les partisans du non sont quasi inaudibles à Bujumbura, malgré quelques meetings à l’initiative d’Amizero y’Abarundi (« L’Espoir des Burundais »), la coalition menée par Agathon Rwasa.

Pendant ce temps, le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, qui conduisait déjà depuis décembre une « campagne d’explication », occupe l’espace avec l’organisation de meetings. Depuis le 1er mai, jour officiel du lancement de la campagne pour le référendum, les cadres du parti sillonnent le pays pour prêcher le oui, n’hésitant pas à parler de « mobilisation sans précédent ».

L’Union européenne et les États-Unis ont successivement pris la parole ces derniers jours pour dénoncer une campagne d’« intimidation » menée dans un « climat de répression ».

L’Église catholique, restée jusque-là en marge du débat sur le référendum, a reconnu pour sa part que la modification de la Constitution n’était pas opportune. Critiquant un projet qui semble avoir « exacerbé les désaccords », l’épiscopat cible dans une déclaration ceux « qui usent de la violence et abusent de l’autorité qu’ils détiennent pour opprimer la liberté d’expression et d’opinion de leurs adversaires politiques ».

Nkurunziza inflexible

Pierre Nkurunziza, le président burundais, lors du lancement de la campagne pour le « Oui » au référendum constitutionnel lancé par le CNDD-FDD (au pouvoir), le 2 mai 2018 à Bugendana, dans la province de Gitega. © STR/AP/SIPA

Érigé au rang de « guide suprême éternel » de son pays par son parti, Nkurunziza semble poser les jalons du Burundi d’après-référendum

Mais qu’importent les critiques de la communauté internationale. Même devant le risque d’une démission du facilitateur de la médiation, l’ancien président tanzanien Benjamin Mkapa, Pierre Nkurunziza n’a jamais fléchi sur son projet de référendum.

Toujours à l’offensive, notamment par de légers ajustements législatifs, le président burundais a, comme souvent, choisi la fermeté. Le récent remaniement en atteste. Fin avril, à quelques jours d’un nouveau round du dialogue interburundais qui n’a jamais eu lieu, il a limogé son ministre des Affaires étrangères, Alain-Aimé Nyamitwe, frère de son très influent conseiller en communication, Willy Nyamitwe.


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En plaçant à la tête de sa diplomatie Ézechiel Nibigira, l’ancien chef des Imbonerakure, la ligue des jeunes du CNDD-FDD, qualifiée de « milice » par l’ONU, Pierre Nkurunziza a envoyé un signal clair. Des personnes accusées de défendre le non ont, selon l’opposition et des ONG, été arrêtées ces derniers mois. Le nouveau code pénal, adopté deux semaines avant le début de la campagne, autorise désormais, entre autres mesures, les perquisitions nocturnes sans mandat.

Érigé au rang de « guide suprême éternel » de son pays par son parti, Nkurunziza semble poser les jalons du Burundi d’après-référendum. En supprimant l’un des deux postes de vice-président, et en limitant les prérogatives de celui qui reste, le projet de Constitution permet d’accroître la marge de manœuvre du chef de l’État. Pierre Nkurunziza reste plus que jamais fidèle à la devise de son équipe de foot : « Nul ne peut déloger l’aigle ».

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