Dossier

Cet article est issu du dossier «Gestion des déchets : des opportunités pour le secteur privé»

Voir tout le sommaire
SUEZ
Environnement

Assainissement : des opportunités pour le secteur privé

Usine de la SDE, qui assure la production et la distribution d’eau dans les principales villes du Sénégal © Christian Dumont/REA

Faute de réelle volonté politique, la plupart des États peinent à améliorer les filières de recyclage. Qui présentent pourtant de nombreux débouchés industriels.

Peu de capitales africaines parviennent à collecter plus de 50 % des déchets qu’elles génèrent. La forte croissance des villes et l’évolution des modes de vie rendent la situation critique, avec comme conséquences le développement de maladies liées à l’insalubrité, des inondations provoquées par des égouts obstrués ou des accidents, à l’instar de celui ayant causé, en 2016 à Cotonou, la mort de 16 personnes qui tentaient de récupérer dans une décharge de la farine avariée sur laquelle de l’essence avait été versée.

S’ils en ont la volonté politique, les gouvernements peuvent mobiliser les ressources dont ils ont besoin

Alors que tous les États font de cette question un enjeu crucial depuis des décennies, les freins ne sont pas que d’ordre financier. « S’ils en ont la volonté politique, les gouvernements peuvent mobiliser les ressources dont ils ont besoin, assure Jean-Michel Ossete, coordinateur de la Facilité africaine de l’eau (FAE), qui dépend de la Banque africaine de développement (BAD). Le Sénégal obtient des résultats en matière d’eau et d’assainissement alors qu’il n’est pas mieux doté que certains pays qui disposent de pétrole, de minerais ou de bois, et qui ont des taux d’assainissement lamentablement bas. »

Les bons élèves

Cette volonté des pouvoirs publics existe au Maroc depuis une décennie. Avec le soutien financier de la Banque mondiale, les autorités ont investi depuis 2008 dans la création d’infrastructures lourdes tout en organisant les filières de précollecte et de collecte.

Résultat : le pays attire des prestataires privés internationaux et permet l’émergence de champions nationaux, tel le groupe Ozone, qui partent ensuite à la conquête de nouveaux marchés. Le gouvernement s’apprête par ailleurs à lancer la construction d’une cinquantaine de centres d’enfouissement et de valorisation des déchets de nouvelle génération, afin d’atteindre un taux de recyclage de 20 % en 2022, contre 5 % aujourd’hui.


>>> À LIRE – Dossier – Eau : comment l’Afrique peut rattraper son retard


De même, si les Algérois vont bientôt profiter de deux nouveaux parcs verdoyants construits sur les décharges à ciel ouvert d’Oued Smar et d’Ouled Fayet, mettant ainsi fin à leurs nuisances, c’est grâce non seulement aux ressources en hydrocarbures du pays, mais aussi à l’engagement de l’État.

Selon Fatma Zohra Zerouati, la ministre de l’Environnement et des Énergies renouvelables, plus de 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros) ont été investis entre 2001 et 2017 dans l’éradication de 2 000 décharges sauvages, la réhabilitation d’une dizaine de décharges publiques ainsi que la construction de 177 centres d’enfouissement technique (CET) et de 16 centres de tri d’ordures ménagères.

Sept des 13 millions de tonnes générées chaque année par l’Algérie seraient « valorisables »

Pour autant, le recyclage ne concerne encore que 5 % des déchets. Sept des 13 millions de tonnes générées chaque année par le pays seraient « valorisables », selon la ministre, qui en appelle à l’innovation et à l’esprit entrepreneurial des jeunes Algériens.

Réduire les risques

« Les partenaires financiers ont besoin de clarté institutionnelle et stratégique, ce qui est le cas au Sénégal, au Maroc, mais aussi de plus en plus au Burkina Faso, au Kenya et en Afrique du Sud, poursuit Jean-Michel Ossete. On s’est aperçu lors du bilan 2015 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) que beaucoup de pays sont loin du compte, car ils consacrent leurs efforts à mobiliser des financements auprès de leurs partenaires internationaux sans prendre en compte l’apport du secteur privé. Les opportunités d’affaires sont pourtant énormes, il ne faudrait plus parler de déchets mais de ressources. C’est cela que les bailleurs promeuvent en mettant en relation investisseurs et porteurs de projets. »

L’objectif de la FAE est de faire remonter les expériences concluantes puis de les partager

Des excreta transformés en fertilisants en Éthiopie grâce à un don de 1,5 million d’euros de la FAE, des boues de vidange qui fournissent de l’énergie au Ghana, des briquettes de papier qui remplacent le bois de chauffe au Burkina Faso, un système de collecte des déchets efficace dans les bidonvilles… L’objectif de la FAE est de faire remonter les expériences concluantes puis de les partager. L’Association africaine de l’eau (AAE) propose même à certaines villes, plus avancées sur la question, de faire du mentorat auprès d’autres municipalités.

Guillaume Molle pour Jeune Afrique

L’ambition est aussi de réduire les risques dans un secteur où les investissements peuvent être importants et les amortissements tardifs. Les changements de majorité dans les municipalités ne doivent ainsi plus être synonymes de valse des prestataires privés.

En mars, l’entreprise libanaise Averda, aussi présente à Casablanca et à Brazzaville, a par ailleurs dû cesser temporairement la collecte à Libreville en raison d’une dette publique de 16 milliards de F CFA (29,1 millions d’euros).

Au début de l’année, c’est le camerounais Hysacam, ex-filiale de la Lyonnaise des eaux également présente à Niamey, N’Djamena, Cotonou et Monrovia, qui a cessé le travail à Douala à cause d’impayés.

À l’inverse, le conseil de la ville de Casablanca a résilié en septembre dernier le contrat de Sita Blanca (Suez) et pourrait faire de même avec Averda afin d’améliorer un cahier des charges qu’il estimait par ailleurs peu respecté.


L’exemple burkinabè

Le Plan national de développement économique et social (PNDES) 2016-2020 du Burkina Faso, qui a obtenu 12,7 milliards d’euros de promesses d’engagements auprès de ses partenaires internationaux en décembre 2016, prévoit la construction de cinq centres d’enfouissement et de treize unités de recyclage de déchets plastiques à l’horizon 2020. Le pourcentage de communes disposant d’un système de gestion des déchets solides est déjà passé de 16,8 % en 2016 à 22,3 % en 2018.

Fermer

Je me connecte