Gabon : récit de l’exfiltration des trois pro-Gülen à destination d’Ankara

Par Jeune Afrique

Les trois ressortissants turcs le 19 avril, à Istanbul. © Anadolu Agency

Trois ressortissants turcs liés à Fethullah Gülen, accusés par Ankara d'« appartenance à une organisation terroriste », ont été renvoyés en Turquie dans la nuit du 7 au 8 avril, après avoir été arrêtés à Libreville par les autorités gabonaises. Retour sur cette exfiltration.

Trois ressortissants turcs qu’Ankara accuse d’être d’importants responsables du mouvement de Fethullah Gülen (qualifié d’organisation terroriste depuis le coup d’État manqué du 15 juillet 2016) ont été arrêtés à Libreville mi-mars. Et exfiltrés par les services secrets turcs dans la nuit du 7 au 8 avril, avec treize membres de leurs familles. Direction la Turquie, à bord d’un avion privé.

Tous trois travaillaient à l’École internationale La Lumière, dans la commune d’Akanda : Osman Özpinar, comme directeur, Ibrahim Akbas, comme numéro deux, et Adnan Demirönal, en tant qu’enseignant.

Ces « fetö » présumés étaient visés par un mandat d’arrêt de trois chambres criminelles (à Ankara, Seydisehir et Osmaniye), pour « appartenance à une organisation terroriste », Akbas étant en outre soupçonné d’avoir organisé des transferts d’argent de l’Europe vers l’Afrique pour le compte du mouvement. Selon des sources turques, ils utilisaient ByLock, un système de messagerie cryptée dont les gulénistes se sont servi pour communiquer durant le putsch.

Pas de rencontre avec leurs avocats

Interpellés par la police gabonaise, ils ont été questionnés par des enquêteurs de la Direction générale des recherches (DGR), puis, au ministère de la Défense, par trois hauts gradés, avant d’être remis aux agents turcs dans la soirée du 7 avril.

Leur avocat, le Français Richard Sédillot, précise que ni lui ni Anges Kevin Nzigou, son confrère gabonais, n’ont pu les rencontrer, et que le procureur de la République gabonaise n’a reçu « ni notification de charges ni demande d’extradition ».

Gérée par la SARL La Lumière internationale (réseau Gülen), l’école a été reprise le 13 juin 2017 par Mavna Cap, une société d’investissement française sise à Pantin – centre névralgique des associations gulénistes en France.

Erdogan s’est félicité de ces arrestations, qui portent à 80 le nombre de gulénistes ainsi « récupérés » dans 18 pays

Un changement de mains dont la légalité a été mise en doute par les enquêteurs gabonais : d’après Me Sédillot, il a été reproché à Mavna Cap « des actes non conformes au droit gabonais, alors qu’ils ont été faits en bonne et due forme par un cabinet d’avocats parisien », Fénéon Delabrière. Mavna Cap compte envoyer dans les prochains jours à Libreville un nouveau directeur d’école.


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Le 20 avril, les trois hommes ont été inculpés par le procureur en chef d’Istanbul chargé des affaires terroristes pour « gestion d’une organisation terroriste » et « espionnage international », puis incarcérés. Recep Tayyip Erdogan, le président turc, s’est, lui, félicité de ces arrestations, qui portent à 80 le nombre de gulénistes ainsi « récupérés » dans 18 pays.

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